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 SEUL L'AMOUR DE DIEU PEUT SAUVER CE QUI ÉTAIT PERDU

2 S 12, 7-10+13 ; Ga 2, 16 - 21 ; Lc 7, 36 – 8, 3
Onzième dimanche du temps ordinaire – Année C (13 juin 2010)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL


Le repas chez Simon
Frères et sœurs, c'est dimanche, il fait soleil, il fait beau. Nous allons aller à la campagne, prendre le repas de midi et nous avons invité Monsieur le Curé à venir avec nous. Il s'agit d'ailleurs de parler avec lui du baptême du petit dernier et nous avons besoin de préparer ce baptême avec monsieur le curé pour qu'il nous dise quel est le sens profond, le sens chrétien de cette célébration que nous allons accomplir.

Nous voilà à table, et comme il fait beau, la porte-fenêtre de la salle à manger qui donne sur la véranda est ouverte. Et tout à coup, pendant le repas, une femme du village, connue pour sa vie plutôt légère, une pécheresse, comme on dit, entre dans la maison. Elle n'a pas frappé à la porte, elle n'a pas sonné, elle entre comme si elle était chez elle, cela fait étrange, et jette un froid. Elle s'approche de Monsieur le Curé, elle saisit ses pieds, les déchausse, et elle pleure sur les pieds de Monsieur le Curé, elle lui essuie les pieds avec ses cheveux. Elle remplit de baisers cette personne adorée et verse du parfum sur ses pieds. Evidemment, ce n'est pas très discret comme entrée en matière, cela manque un peu de décence et le père de famille qui avait invité Monsieur le Curé pour parler du baptême est un peu choqué, toute la famille d'ailleurs est choquée. Le père de famille se dit que Monsieur le Curé devrait comprendre qu'on ne fréquente pas une femme de mauvaise vie de cette manière, qu'on ne peut pas lui laisser donner ces démonstrations d'amour et de tendresse, ce n'est ni le lieu ni le moment.

Et Jésus se retourne vers le pharisien qui l'a invité, et lui dit : "Tu vois, tu ne m'as pas donné de baiser quand je suis entré chez toi, tu ne m'as pas versé de l'eau sur les pieds (c'était la coutume ancienne : on versait de l'eau sur les pieds qui étaient fatigués par la route), tu ne m'as pas donné de parfum. Mais que penses-tu de ceci ? Si un créditeur remet leurs dettes à ses serviteurs, l'un qui lui devait cinq cents deniers et l'autre cinquante, quel est celui qui lui sera le plus reconnaissant ? Sans doute celui à qui il a remis davantage de dette, répond Simon. Et Jésus dit : cette femme a manifesté plus d'amour que toi parce qu'elle a beaucoup péché, mais ses nombreux péchés sont pardonnés parce qu'elle a beaucoup aimé".

Jésus donc ne tient pas compte de la bienséance, ne tient pas compte de ce qui doit se faire ou ne pas se faire, il est attentif à ce qui se passe dans le cœur. D'ailleurs, Jésus est coutumier du fait car le jour où il est arrivé à Jéricho, comme le jour où Benoît XVI est arrivé à Aix-en-Provence pour visiter notre ville et où une grande procession s'est organisée dans la ville pour que le pape puisse être acclamé par tout le monde, on avait, bien entendu, préparé un appartement à l'évêché pour le recevoir. Et voilà que sur le cours Mirabeau, au milieu de la foule, il y a un homme qui n'est pas spécialement remarquable. Cet homme, pour ceux qui sont au courant, c'est le chef de la maffia. C'est lui qui ramasse l'argent dans les différents cafés, dans les restaurants et les autres établissements qu'il rackette avec beaucoup de dureté. Quand il passe à sa hauteur, le pape Benoît XVI dit à cet homme : "Viens, c'est chez toi que je veux habiter aujourd'hui" (Luc 19, 5). Ce jour-là, nous serons complètement désorientés. Nous nous demanderons à juste titre si Benoît XVI a perdu la raison pour agir de cette manière.

Pourtant, vous le voyez, frères, c'est ce que Jésus a fait. Nous avons l'habitude de ces textes, nous les avons entendus cent fois, nous les connaissons presque par cœur, et nous ne nous rendons plus compte à quel point ils nous remettent en question. Cependant, lorsque Jésus agit ainsi, que ce soit avec Zachée, que ce soit avec la femme pécheresse, quand Jésus agit ainsi, on pourrait dire d'une certaine manière qu'il nous invite au cœur même de son mystère, au cœur de sa miséricorde, car il vient "pour sauver ce qui était perdu" (Luc 19, 10). Il vient pour que ce maffieux renonce à voler l'argent des autres, qu'il rende l'argent qu'il a détourné malhonnêtement. Il vient pour que cette femme ne soit plus une pécheresse dans la ville. Et si je me permets, je résumerais ces épisodes de l'évangile en disant : la préférence de Jésus pour les pécheurs.

Oui, Jésus a une préférence pour les pécheurs. Autant il manifeste de miséricorde, de tendresse même pour ces pécheurs, autant il est sévère pour les justes. Alors, Dieu préfèrerait-il le péché à la vertu ? Non certes, Jésus ne nous demande pas d'être des femmes de mauvaise vie. Jésus ne nous demande pas de ramasser illégalement de l'argent sur le dos des autres. Mais ce que Jésus aime chez le pécheur, c'est le fait que celui-là sait pertinemment que ses actions ne peuvent pas le sauver. Le pécheur, c'est celui qui sait que ce qu'il a fait est mal. C'est celui qui sait qu'on ne peut pas être sauvé par les simples forces de sa volonté. Le danger du juste, le danger du père de famille qui avait invité Monsieur le Curé pour discuter du baptême, ou de tout autre bon chrétien, le danger c'est de croire qu'en accomplissant la Loi, on est sauvé. En faisant ceci et cela, tel et tel commandement, on acquiert des mérites, et l'on a le droit d'exiger de Dieu qu'il nous récompense. Or, il n'y a pas de récompense. Dieu n'est pas là pour distribuer des bons points. Dieu n'est pas là pour dire : toi tu es juste, viens, je te fais entrer dans mon royaume ; toi tu as péché et je te rejette, je te condamne. Ce n'est absolument pas cela. Tout l'évangile nous dit le contraire. Jésus est venu pour dire au bandit crucifié près de lui : "Aujourd'hui, tu seras avec moi en Paradis" (Luc 23, 43). Jésus est venu pour que soient sauvés ceux qui savent qu'ils ne peuvent être sauvés que par l'amour infini de Dieu, qu'il n'y a que la tendresse de Dieu qui puisse être victorieuse de nos fautes, de nos péchés et que par conséquent, nous n'avons aucun droit au salut. Le salut est gratuit. L'amour est gratuit, nous le savons bien, même l'amour humain est gratuit. Quand nous nous aimons ce n'est pas pour telle ou telle raison, nous aimons parce que nous donnons notre cœur. De la même manière la femme, la pécheresse a donné son cœur et c'est pour cela qu'elle n'a pas craint de pleurer sur les pieds de Jésus, de les parfumer et de les embrasser. Elle n'a pas craint de faire ces démonstrations de tendresse à l'égard de Jésus parce qu'elle savait que seule cette miséricorde qu'il y a dans le cœur de Dieu pouvait la délivrer du mal.

C'est ce que saint Paul nous dit dans l'épître que nous avons écouté. Ce n'est pas la Loi qui nous sauve, ce n'est pas d'être en règle, ce n'est pas d'avoir accompli tous les préceptes, ce n'est pas de nous glorifier d'avoir tout fait ce qu'il faut faire. Ce n'est pas le fait d'être en règle qui va nous sauver, c'est seulement la découverte que nous sommes entièrement entre les mains de la miséricorde de Dieu et que seule, sa grâce peut nous sauver.

Frères et sœurs, que cette attitude de Jésus nous invite à découvrir d'abord que nous sommes pécheurs. Si nous nous prenons pour des justes, nous nous faisons illusion. Regardons-nous de plus près. Nous ne sommes peut-être pas des femmes de mauvaise vie, nous ne sommes peut-être pas des maffieux, mais nous avons beaucoup d'autres fautes à nous reprocher. Combien d'indifférences, d'égoïsme, de jalousies, combien d'injustices, combien de manques de charité, combien d'inattentions aux autres ? Notre vie est remplie de fautes, de mal, et nous avons aussi besoin que la femme pécheresse, aussi besoin que Zachée, nous avons besoin d'être pardonnés, nous avons besoin qu'une miséricorde prenne notre cœur, que Dieu vienne sauver ce qui était perdu.

 

AMEN

 

 

 
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