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NOTRE COEUR EST FAIT POUR L'IMMENSE !

Ez 17, 22-24 ; 2 Co 5, 6-10 ; Mc 4, 26-34
Onzième dimanche du temps ordinaire – Année B (17 juin 2012)
Homélie du Frère Benoît TISSOT


Une longue patience avant la moisson
Frères et sœurs, nous venons de l'entendre, Jésus utilise deux paraboles pour nous faire comprendre une réalité qui pour moi est assez énigmatique, cette réalité qu'est le Royaume de Dieu. Première parabole celle de cet homme qui jette le grain et ce grain pousse tout seul jusqu'à donner du fruit. Cet homme n'a pas besoin de s'en occuper. Deuxième parabole celle du grain de sénevé, de la graine de moutarde qui est la plus petite de toutes les graines et qui selon Jésus donne un arbre si grand que les oiseaux du ciel peuvent trouver abri dans ses branches.

Une parabole, c'est une histoire que Jésus raconte pour faire comprendre une réalité complexe comme tout ce que Jésus a voulu nous faire connaître. La parabole est ce détour par une histoire qui à priori n'a rien à voir avec ce que Jésus veut faire comprendre à ses disciples, pour nous faire mieux comprendre cette réalité du Royaume de Dieu. Vous l'avez compris le Royaume de Dieu n'a rien à voir avec l'agriculture, avec ce que l'on peut faire dans son jardin ou dans ses champs ! mais Jésus utilise ce détour pour que nous puissions comprendre cela et dans chaque parabole il y a une logique qui nous échappe, qui n'est pas tellement la logique de notre monde et c'est cela qui nous permet de comprendre ce qui vient de Dieu et qui dépasse notre monde.

Dans la première parabole, on a l'impression que cet homme qui a semé pour récolter, il sème puis après il ne s'occupe plus de rien, tout se passe très bien jusqu'à la moisson. Dans la deuxième pour ceux qui ont quelques connaissances en horticulture, en botanique ou en jardinage, vous savez bien que quand on sème une graine de moutarde elle ne monte pas très très haut, (elle peut cependant atteindre trois mètres de hauteur !), des branches n'apparaissent jamais et les oiseaux sont très peu nombreux pour venir se cacher au milieu d'elles. Jésus attire notre attention sur deux réalités qui à la fois nous sont proches et en même temps sont différentes de la logique de ce monde pour nous apprendre ce qu'est le Royaume de Dieu, un Royaume qui est bien là comme cette graine qui a été semée, c'est Jésus qui est là et qui inaugure ce Royaume. Un Royaume qui grandit tout seul indépendamment des événements du monde, un Royaume que rien ne peut arrêter, cette dynamique de croissance du Royaume qui est là. Ce Royaume qui est d'abord tout petit, presque invisible, presque inaperçu, comme cette graine toute petite dans la terre et qui peu à peu se déploie jusqu'à ce que sa manifestation devienne éclatante.

En réfléchissant sur cette réalité qu'est le Royaume de Dieu à partir de ces deux paraboles, je me dis que finalement la caractéristique de ce Royaume c'est sa démesure. Le Royaume je crois est ce surgissement au cœur de notre monde d'une réalité qui à la fois le dépasse complètement et qui en même temps le transforme, cette réalité qu'est la démesure de Dieu. Cette démesure qui est à la mesure de Dieu, cette démesure qui est aussi à la mesure de l'homme à la mesure de ce que nous sommes. Je voudrais vous raconter cette petite histoire qui m'est arrivée il y a quinze jours à un grand mariage près de Tours, dans ce beau pays de Touraine. Il y a eu la célébration et au cours du repas, il y avait divers discours comme d'habitude, adressés aux mariés et l'un des frères du marié expliquait que son frère avait aimé aller aux Etats-Unis y découvrir ces paysages immenses, gigantesques, une échelle totalement différente des paysages que nous pouvons trouver près de chez nous, et il a dit cette chose très belle : voilà mon frère, tu as aimé ces paysages, cette immensité parce que ton cœur est fait pour l'immense.

En réfléchissant à cette démesure du Royaume, je me disais que finalement, c'était bien cela, ce royaume c'est ce Dieu qui vient à notre rencontre pour combler, pour rassasier notre soif d'immensité. Notre cœur est fait pour l'immense, et je crois que cela nous donne une grande responsabilité, cela nous oblige vis-à-vis des autres : nous avons à être à la hauteur de ce que nous sommes, de ce que Dieu a voulu pour nous. Dieu est fait immense, qui nous a créés à son image, qui nous a faits pour lui, immensité. Tout homme quel qu'il soit, quelles que soient ses apparences est fait pour cette immensité. Aucun homme n'est fait pour la petitesse, pour ce qui est étroit, ce qui est mesquin, pour ce qui est tout petit.

Je m'interroge et je vous invite à le faire, comment dans ma vie je laisse de la place à cette immensité qui surgit, nous en avons fait tous l'expérience à travers diverses réalités, comment je prends en compte cette responsabilité que j'ai de considérer cette immensité de Dieu peut-être cachée mais qui veut se révéler, et c'est là toute la dynamique du Royaume, cette tension entre ce Royaume à la fois caché et révélé, comment je prends en compte cette réalité de cette immensité de Dieu qui est là parmi nous, parfois difficile à trouver, cette soif d'immense que j'ai et qui habite chacun d'entre nous.

Je ne vais pas vous raconter ma vie à Paris, mais à Paris, c'est un peu spécial, j'espère qu'il n'y a pas de parisiens parmi vous, tout est un peu démesuré. Je crois que c'est une réalité que nous vivons un peu partout dans notre société occidentale, mais à Paris, c'est flagrant, nous vivons chacun pour nous-même, et surtout nous sommes, c'est la règle de vie là-bas, nous essayons d'être le plus possible indifférent les uns aux autres. Si l'on croise quelqu'un et qu'on essaie de lui sourire ou de lui dire bonjour, on vous regarde avec des gros yeux, c'est vrai aussi à Istres, et c'est vrai aussi ici.

L'autre jour je revenais d'une ordination presbytérale à Saint Louis des Invalides pour le diocèse aux armées, j'étais habillé en costume, col romain et tout ce qu'il faut. Je croise sur mon chemin, il y en a beaucoup, des personnes qui sont dans la rue, des personnes qui n'ont rien, ni famille, ni logement ni de quoi subvenir à leur quotidien, et je me rappelais cette phrase de ce marié, et je me disais, que lui aussi son cœur est fait pour l'immense et qu'est-ce que je fais moi pour le lui manifester ? C'est une des grandes tensions qui existe en moi depuis que je vis à Paris, encore plus qu'avant, que faire vis-à-vis d'une telle personne, j'aurais envie de venir parler avec elle, de lui dire bonjour, de m'intéresser à elle et je me dis que peut-être c'est difficile et pour moi et pour elle. Autre exemple toujours en rentrant de Saint Louis des Invalides, le col romain fait que soit, on en vous regarde pas, on détourne son regard, soit au contraire on essaie de capter votre regard et votre attention pour vous faire un sourire et une personne qui très aimablement m'a dit bonjour au moment où l'on s'est croisé. Je me suis dit : là, tu as raté quelque chose, tu aurais dû t'arrêter, saluer gentiment la personne et peut-être qu'une discussion aurait surgi. Tout autant de gestes peut-être anodins mais je crois à notre portée, et qui sont capables de manifester que nous vivons ensemble, nous sommes tous faits, appelés à cette vocation de l'immense, que nous sommes tous faits selon cette démesure de Dieu et que notre attitude jour après jour, au quotidien, est capable de transformer notre vie, d'aider Dieu à faire grandir ce Royaume.

Pour conclure, si notre cœur est fait pour l'immense, il faut être patient. L'immensité de Dieu, l'immensité dont nous avons soif ne nous est pas donnée tout de suite, cet immense est là au milieu de nous, proche, mais nous ne pouvons pas l'embrasser immédiatement et il faut commencer par ce tout petit don à offrir qui manifeste ce surgissement de l'immensité de Dieu dans notre vie. Ce petit, comme cette graine de moutarde, qui peu à peu avec la grâce de Dieu va grandir, se développer, et manifester au cœur de ce monde cette présence du Royaume.

Frères et sœurs, nous sentons bien comment dans l'avènement de ce Royaume nous avons une responsabilité, et en même temps nous sentons bien que ce Royaume, comme Jésus l'explique dans les paraboles, vient de lui-même parce que c'est le dessein de Dieu et que Dieu est suffisamment puissant pour faire advenir son Royaume même si nous-même nous préférons rester à côté, en marge. Mais nous avons cette responsabilité comme chrétiens au cœur de ce monde, dans tous les domaines de la vie publique, comme de la vie privée, à travers le moindre des gestes qui peut le signifier, nous avons à manifester cette présence du Royaume, cette présence de l'immensité de Dieu qui vient combler ce vide immense.

Nous sommes là à l'eucharistie, c'est cela même que nous faisons, nous offrons ce tout petit peu de notre vie, de notre travail, ce pain et ce vin, le fruit de votre travail que vous offrirez aussi à la quête, nous offrons ce que nous sommes, nous offrons les personnes que nous portons dans notre cœur, avec leurs petitesses, leurs mesquineries, leurs misères, tout ce qui fait notre vie. Ce petit nous l'offrons à Dieu pour que comme cette petite graine de moutarde le Seigneur en fasse quelque chose de grand.

 

AMEN

 

 

 

 

 

 

 
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