TEMOINS DE LA PAROLE DE DIEU

Jr 20, 10-13 ; Rm 5, 12-15 ; Mt 10, 26-33
Douzième  dimanche du temps ordinaire – Année A (25 juin 2017)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

« Il n’y a rien de secret qui ne sera un jour dévoilé ».

Frères et Sœurs,

Vous connaissez tous cette définition du secret, surtout dans le sud de la France : c’est une information que l’on ne communique qu’à une seule personne à la fois. Les secrets se diffusent ainsi, et finissent toujours par être dévoilés d’une façon ou d’une autre. Quand on lit cette page de l’Evangile, on pense fréquemment que Jésus aurait fait une théologie des ragots, de tout ce qui se raconte sous le manteau. A un moment ou à un autre, il y a toujours un journaliste qui traîne l’oreille et qui est capable d’insérer ce secret dans les colonnes de son journal. Jésus se serait inspiré de cette prétendue sagesse populaire en considérant que si au plan humain, on ne pouvait jamais tenir un secret de façon rigoureuse, à plus forte raison aux plans spirituel et religieux, un secret finissait toujours par être dévoilé. En fait, si Jésus s’était inspiré de la sagesse populaire, Il n’aurait rien fait d’autre que ce que disait Voltaire par ailleurs, mais en mauvaise part, alors que Lui le dit en bonne part : « Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose ». On veut ainsi évoquer une sorte de volatilité de la communication, source de bonheur lorsqu’elle apporte de bonnes nouvelles mais qui, à d’autres moments, devient insupportable. Aujourd’hui, on n’est pas tellement content qu’il n’y ait rien de caché qui ne soit dévoilé, et même du « néant » qui sort tout d’un coup sur les réseaux sociaux. Cela fait du bruit, ne sert à rien et finalement gâche la vie.

De quel côté Jésus s’est-Il rangé ? A-t-Il pensé que la bonne nouvelle se répandrait d’une façon ou d’une autre, par de bons messagers ou bien par de mauvais qui le critiqueraient ? Comme dirait l’autre : « Peu importe comment on en parle pourvu qu’on en parle ». Il y a là un malentendu total sur la parole de Jésus. Il n’est venu ni pour donner un label à certains proverbes populaires, ni pour répandre des bruits. Il n’est pas venu non plus pour demander à ses disciples de répandre la bonne nouvelle comme un bruit.

En réalité, Jésus est venu pour expliquer le statut original et unique de sa parole. Il a apporté une parole d’une nouveauté absolue. Personne n’avait dit avant Lui ce qu’Il avait à nous dire. La révélation chrétienne est pour nous celle de la nouveauté au sens le plus profond et radical du terme. Comme le dit saint Paul : « Ce qui n’avait jamais été dit, ce qui n’avait jamais été entendu, ce qui n’est jamais monté au cœur de l’homme, nous vous l’annonçons ». Les premières communautés chrétiennes ont été pleinement conscientes de cela. Elles annonçaient un message nouveau à la différence des bruits qui sont des choses ressassées, réaménagées, recomposées, tel un repas qui ne serait fait que de restes. Ici, la parole de Jésus qu’Il confie à ses disciples est une parole nouvelle. On ne l’a jamais entendue auparavant. Dimanche après dimanche, nous avons eu l’occasion de découvrir au cours de notre méditation combien cette parole de l’Evangile n’était jamais banale. Elle dit quelque chose que nous n’entendions pas. C’est souvent notre paresse d’esprit, notre paresse spirituelle qui banalise une parole qui reste et veut rester toujours nouvelle.

La particularité de cette parole est qu’elle va se dévoiler elle-même. Jésus ne demande pas à ce moment-là de répandre la parole. Il le dira plus tard, mais Il dit : « Il n’y a rien de caché qui ne sera découvert ». Ce qui est caché, c’est précisément la parole, le message de la foi et de la révélation qui doit se manifester. Par conséquent, il ne s’agit en aucun cas d’être le service publicitaire de Jésus. Il nous demande de laisser la parole se manifester à travers nous dans notre existence et de ne pas l’empêcher d’apparaître au grand jour. Ce qui fait l’originalité de la parole de l’Evangile, bonne nouvelle, est qu’elle s’autoproclame à travers les hommes : cette parole nous est livrée au fond de nous-mêmes pour qu’elle se révèle au monde du fond de nous-mêmes. C’est pour cela que la plupart du temps, nous ne percevons pas la façon dont la parole se révèle ; parfois des personnes peuvent nous dire que ce que nous leur avons dit un jour a beaucoup bouleversé leur vie. Vous-même ne vous en êtes pas rendu compte car c’était caché dans votre cœur, les autres l’ont vu mais vous ne l’avez pas vu. Ceci est un bon exercice pour le prédicateur qui n’a pas envie de s’attribuer à lui-même la puissance de la parole de Dieu. Chacun d’entre nous est de fait un dépositaire de cette parole et nous avons comme but premier de la laisser s’épanouir et prendre place sur les toits, la laissant crier à travers nous.

Jésus ajoute aussi : « N’ayez pas peur si l’on vous menace à cause de cette parole, même si l’on vous menace de mort ». L’extraordinaire apparaît alors. Si on persécute un témoin de la parole, si on l’empêche de parler, si on le tue, sa mort même devient parole d’Evangile. C’est la première perception du martyre qu’ont eue les chrétiens : quand ils voyaient dans l’arène leurs frères dévorés par les lions, ils ne pensaient pas au mal qu’ils supportaient mais plutôt à la proclamation de la parole de Dieu qui se rendait visible aux yeux de tous les spectateurs présents dans l’arène.

Jésus a voulu dire à ses disciples : « N’ayez pas peur de ce qui tue le corps car la parole que vous portez en vous sera la seule raison, la seule force qui se manifestera en vous et par vous à ce moment-là. Comme vous deviendrez les dépositaires de cette parole, rien ne pourra vous empêcher de la laisser apparaître au grand jour ».

Je voudrais terminer par un petit exemple : celui des poètes et des musiciens. On dit souvent des poètes et des musiciens qu’ils sont inspirés. En effet, à la différence des journalistes, des essayistes ou même de tous ceux qui ont des idées sur tout, ils ne peuvent pas contenir la parole poétique ou la musique qui les habite : ça fait littéralement exploser le cœur. C’est pour cela qu’en écoutant de la très belle musique, on sent que le musicien fait éclater son cœur, qu’il est envahi par la musique qu’il cherche à nous communiquer. Il en est de même pour le poète dont la parole peut être si forte et irrésistible parce qu’elle sort du cœur de l’homme.

C’est un peu ce que Jésus veut nous dire à propos de l’annonce de l’Evangile. La parole qu’Il nous confie est cachée, elle est comme un secret, comme les premières notes qui commencent à se murmurer dans le cœur du musicien au moment où il va composer ou interpréter et où il est saisi, envahi par la puissance de la musique qui l’anime.

Frères et Sœurs, même si nous ne sommes pas de grands musiciens, soyons les musiciens de la Révélation et de la Parole de Dieu en Jésus-Christ. Amen.

 
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