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LE MYSTÈRE CACHÉ AVANT TOUS LES SIÈCLES

Jr 20, 10-13 ; Rm 5, 12-15 ; Mt 10, 26-33
Douzième  dimanche du temps ordinaire – Année A (22 juin 2008)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC

 

"Ne craignez pas les hommes, tout ce qui est voilé sera dévoilé, tout ce qui est caché sera connu. Ce que je vous dis dans l'ombre, dites-le au grand jour, ce que vous entendez dans le creux de l'oreille proclamez-le sur les toits".

Bien sûr, vous l'aurez compris, frères et sœurs, le texte de la liturgie d'aujourd'hui nous invite plus particulièrement à méditer sur la vérité. Nous pourrions reprendre à notre compte cette fameuse question de Pilate au moment du procès de Jésus : "Qu'est-ce que la vérité ?" Avant même de réfléchir sur cette question, je crois que les textes d'aujourd'hui nous renvoient au rapport un peu compliqué que nous entretenons avec la vérité. Nous voulons la vérité, nous cherchons la vérité, nous mettons en œuvre tous les moyens scientifiques pour comprendre la vérité de l'univers, nous mettons en place tous les moyens scientifiques pour découvrir le pourquoi et le comment des choses, de l'histoire, de la société, de la médecine, tout ce que vous voulez. En même temps, il faut bien le reconnaître, nous craignons la vérité. Nous la craignons pourquoi ? Parce que si nous sommes comme Jérémie, nous nous disons : j'ai une vérité à annoncer, et je vais souffrir à cause de cette vérité, car les autres non seulement vont refuser de m'entendre mais ils vont même me persécuter. La vérité ce n'est pas drôle pour celui qui doit l'annoncer. Le Christ lui-même en est mort sur la croix.

La vérité n'est pas seulement problématique pour celui qui doit l'annoncer, c'est tout aussi problématique pour ceux qui la reçoivent. C'est le fait même de ce que Jérémie vit à Jérusalem quand les habitants de Jérusalem refusent d'entendre ce que Jérémie annonçait dans ce moment de difficulté, dans ce moment où peut-être Jérusalem va tomber sous les coups des armées ennemies. Cette population préfère garder un voile devant les yeux, aller droit dans le mur plutôt que d'écouter cette parole terrible de Jérémie, cette parole qui est une annonce de conversion, de demande instante de conversion de la part de Dieu pour son peuple par l'intermédiaire de Jérémie.

Nous n'aimons pas toujours la vérité. C'est la raison pour laquelle nous nous calfeutrons dans notre corps, dans notre cœur, que nous tirons souvent les volets, et que nous nous inventons des masques en espérant ne pas se faire gauler. Car pourquoi avons-nous peur de la vérité ? Très souvent, la vérité et peut-être l'avez-vous ressenti quand vous avez entendu cette parole de Jésus que j'ai repris tout exprès au début de mon homélie : "Tout ce qui est voilé sera dévoilé". Ce qui est dommage, c'est que très souvent, cette phrase, nous l'entendons comme une menace. Pourquoi ? parce que très souvent nous-mêmes, nous l'utilisons comme une menace vis-à-vis des autres, l'air de dire : tout ce qui est voilé sera dévoilé, attention, il va t'arriver telle ou telle chose, ne crois pas que cela va continuer comme cela. Dans ce cas-là, la vérité, qu'est-ce que c'est ? C'est la calomnie et la dénonciation. Or, la vérité ce n'est pas dénonciation. Faire la vérité, montrer la vérité au grand jour, la dévoiler, dévoiler ce qui était caché, ce n'est pas de l'ordre de la dénonciation. C'est de l'ordre de la raison pour laquelle Dieu s'est incarné, est venu sur terre et est mort sur la croix.

Je ne sais pas si cette image vous est venue à l'esprit, mais en lisant l'évangile je ne pouvais pas m'empêcher de penser à cette fameuse scène à laquelle nous revenons toujours, qui est la scène du péché originel. Nous sommes d'autant plus invités à méditer sur le péché originel que saint Paul lui-même dans la deuxième lecture en fait mention : "Ce qui est voilé sera dévoilé, tout ce qui est caché sera connu". Il faut reconnaître que dans cette phrase, nous vient à l'esprit Adam le fautif, qui se cache derrière un arbre et Dieu qui serait presque comme le chasseur en train de traquer la faute et le fautif et qui vient le débusquer. Ce n'est pas ce qui est dans cette scène du péché originel, et ce n'est absolument pas au cœur de la phrase du Christ, c'est même exactement l'inverse. Il ne s'agit pas tant dans la Parole du Christ de la faute cachée, mais de la grâce révélée. Le Christ lui-même au moment où il commence à s'adresser à ses disciples leur dit : "N'ayez pas peur"; ne croyez pas que la vérité a pour but de vous mettre la tête sous l'eau, de vous humilier, de vous détruire, de vous rapetisser. Ne croyez pas que ce que je vous dis : ce qui est caché sera révélé, est là pour pointer là où cela fait mal, au contraire. Quand le Christ dit cela, qu'est-ce qui revient à la surface, c'est ce Dieu aimant, ce Dieu de bonté qui marche dans le jardin du Paradis et qui n'a qu'un seul désir : débusquer Adam non pas pour pointer sa faute, mais lui signifier qu'au cœur de ses ténèbres, il est là et il aime Adam, et il ne veut jamais l'abandonner. Malheureusement, ce n'est pas ce que pense Adam et ce n'est pas ce qu'il croit.

Ce que le Christ nous dit dans son évangile est une parole d'espérance et qui nous invite à témoigner de cette espérance, de ce Dieu aimant qui nous parle dans nos ténèbres, parce que là aussi, il ne faut pas se raconter des histoires. Si nous aimons si peu prier, si nous aimons si peu nous retrouver face à Dieu, c'est parce que très souvent, quand nous nous retrouvons face à nous-mêmes et face à Dieu, ce qui ressurgit au premier abord, ce sont nos propres ténèbres. Ce que dit le Seigneur, c'est ce qu'il dit à ses disciples : "Ne craignez pas les hommes. Tout ce qui est voilé sera dévoilé". Ce qui est voilé, c'est ce Dieu caché dans notre monde qui se dévoile le jour de Noël quand il vient parmi les hommes. C'est cela Noël et c'est ce que dit le Christ dans ce passage. Ce qui est voilé sera dévoilé, cette grâce de Dieu qui peut nous paraître voilée sera dévoilée par l'évangile et par l'Incarnation. "Ce que je vous dis dans l'ombre (et effectivement, nous avons souvent le sentiment de vivre dans l'ombre et les ténèbres), ce que je vous dis dans l'ombre, dites-le au grand jour".

Frères et sœurs, cet évangile ne nous invite pas uniquement à vivre de cette espérance, de cette grâce que Dieu donne à chacun d'entre nous, cet évangile nous invite à témoigner de ce que le Christ dit dans ce passage: au cœur de vos ténèbres, je suis là et la seule chose que je vous demande c'est de témoigner à vos frères et sœurs de cette espérance, de cette grâce que vous recevez dans votre vie. Ne la gardez pas pour vous-mêmes mais allez, et criez-là sur les toits. Ce que vous entendez dans le creux de l'oreille, proclamez-le sur les toits. Là aussi frères et sœurs, cet évangile nous invite à témoigner de cet amour que le Seigneur a pour chacun d'entre nous.

Essayons vraiment pour une fois de lire avec des yeux neufs cet évangile. Essayons c'écouter cette parole avec des oreilles neuves pour y retrouver non pas une sorte de culpabilité, non pas pour croire que cette vérité que Dieu veut c'est la dénonciation (des autres et non pas de moi bien sûr), mais que cette phrase soit pour nous non pas ce péché qui serait caché, mais ce Dieu d'amour qui vient lui-même chercher Adam qui se cache pour lui révéler cette grâce et cet amour qu'il veut lui donner.

Nous vivons de cette grâce, même si nous avons parfois le sentiment qu'elle est cachée derrière ces ténèbres. La vie chrétienne, cette vie baptismale que nous avons reçue, c'est exactement de témoigner de cette lumière qui est plus forte que les ténèbres et que le Seigneur veut faire jaillir dans le cœur de chacun des croyants.

Je crois que nous pouvons aussi reprendre à notre compte ce chant que nous chantons ici : "Mystère caché avant tous les siècles". Frères et soeurs, ce qui est caché, ce n'est pas le péché, ce n'est pas le mal, c'est avant tout l'amour de Dieu qui était caché et qui un jour est venu s'incarner dans le corps d'un homme.

A travers notre témoignage pour les hommes, nous sommes invités aussi à incarner cette grâce, ce mystère caché avant tous les siècles, ce mystère qui n'a qu'un seul désir, c'est de jaillir dans le cœur de chacun d'entre nous.

 

AMEN

 

 

 

 
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