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UNE PROFESSION D'AVENIR

Za 12, 10-11 ; Ga 3, 26-29 ; Lc 9, 18-24
Douzième dimanche du temps ordinaire – Année C (20 juin 2010)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC


Boire à la source d'eau vive

 

Frères et sœurs, à l'écoute de ces trois textes de la liturgie d'aujourd'hui, il y a bien sûr une thématique qui s'impose à nous et qui en plus est d'une actualité brûlante, c'est la fameuse question de l'identité. L'identité ethnique, politique, culturelle … comment se fait-il que nous appartenions à tel ou tel groupe plutôt qu'à un autre ? Comment se fait-il que même quelquefois il y a des groupes qui puissent se chevaucher selon les cultures et les religions différentes ?

"Au dire des foules, qui suis-je ?" question posée d'une part dans l'évangile. Saint Paul dans l'épître aux Galates nous parle des grecs, des païens, il nous parle des juifs, il nos parle des hommes, il nous parle des femmes. Et pour faire bref, on peut résumer ce problème à travers deux tendances qu'on a pu observer depuis des siècles dans notre monde. La première tendance s'est imposée avant tout dans l'Antiquité, l'identité se définit par les racines. Je suis telle et telle personne à cause de ce que je suis, d'où je viens, de ma famille, de mon village, de ma culture. L'identité, c'est recevoir un patrimoine. L'Antiquité a énormément glosé là-dessus, et chez les anciens, la perfection de l'identité était comme une sorte de retour dans l'Antiquité qui était ce lieu parfait, idyllique, où tout était extraordinaire.

Et je passe aux temps modernes où là, d'une manière plus accrue, avec la question du progrès, les hommes n'ont plus voulu se définir par rapport à leurs racines, mais par rapport à leur potentialité. On a fait fi des racines, on a tout jeté, et on s'est dit que l'espoir, c'était l'avenir, c'était le progrès, c'était là que nous allions devenir enfin ce que nous devions être. Et il faut le dire très clairement, le summum de tout cela, c'est le vingtième siècle, déchiré, mis à feu et à sang par les idéologies qui ont voulu faire croire que l'homme par lui-même était capable de se construire un avenir. Et comme par un retour de bâton, voilà maintenant à la fin de ce vingtième siècle et le début du vingt-et-unième siècle, marqués par un retour, et dans certains endroits, par une sorte de crispation vis-à-vis de nos racines. Puisque cela n'a pas marché, l'avenir est bouché, il est si difficile à envisager, autant se réfugier dans les valeurs sûres, en plus avec la crise maintenant, ce qui marche le mieux, c'est l'or. On revient aux vieilles valeurs, l'or" monnaie sonnante et trébuchante. Pour le problème de l'identité, qu'elle soit culturelle, politique ou religieuse, c'est pareil. La grande tendance actuellement est de se réfugier dans le passé, essayer de se réfugier dans ces valeurs que nous appelons "sûres".

Aujourd'hui, et plus particulièrement saint Paul, nous dit quelque chose à ce sujet. Saint Paul vous le savez est un homme libre, c'est un homme qu'on a toujours du mal à définir. Il est juif, il connaît très bien la Thora, c'est un grand talmudiste, mais en même temps, il est grec jusqu'au bout des ongles, il est juif mais il est citoyen romain. Cet homme libre nous dit : "Et si vous, vous appartenez au Christ, c'est vous qui êtes la descendance d'Abraham". Autrement dit, la chose la plus essentielle quand on est chrétien, ce n'est pas d'essayer de se fabriquer une identité à partir d'un passé, ou à partir d'un futur, l'identité du chrétien, c'est d'appartenir au Christ. La référence que fait saint Paul est extrêmement intéressante : appartenir au Christ nous fait entrer dans la descendance d'Abraham. Cela veut dire que lorsque je suis dans la descendance d'Abraham, j'appartiens au Christ.

Mais que veut dire : descendance d'Abraham ? Je ne sais pas si vous l'avez remarqué, mais dans les différents textes que nous avons entendu, il y a une sorte de constance, un sorte de poids et de déterminisme que l'on retrouve dans les trois textes. Premier texte : Zacharie, regarder vers Celui qui a été transpercé. C'est le poids de la mort qui nous frappe tous, et en même temps, c'est le poids de la violence que nous subissons ou que nous faisons subir aussi aux autres. C'est la première chose : être victime ou être bourreau. Et il faut bien convenir frères et sœurs, que quelquefois il est bien difficile d'envisager une troisième solution.

Ce déterminisme se retrouve encore dans la lecture aux Galates quand saint Paul dit : "Il n'y a ni juifs ni païens, ni hommes ni femmes", il fait mention d'une société antique, mais la nôtre n'est pas tellement mieux, dans laquelle quand vous naissez païen, vous êtes païen, quand vous êtes juif vous êtes juif, et quand vous êtes femme, vous êtes femme et s'en suit tout le reste. Il n'y a pas moyen de changer.

Et l'évangile aussi : "Pour les foules, qui suis-je demande Jésus à ses apôtres ?" Ils répondent : "Pour les uns tu es Élie, pour les autres, tu es Jean-Baptiste". Qu'est-ce que cela veut dire ? cela signifie que nous sommes bien souvent prisonniers de l'image que les autres construisent sur nous-même. Combien d'entre nous vivent pendant des années et des années à partir d'un schéma subliminal quelquefois, mais un schéma existant et construit par la société, la famille, tel groupe religieux, etc … Jusqu'au jour où le modèle éclate et la personne a enfin l'impression d'être elle-même.

En fait, nous sommes confrontés à cela. Et ce que nous propose le Christ, c'est un tout autre modèle. Configurés au Christ et par rapport à saint Pierre qui a trouvé la bonne réponse : "Tu es le Christ de Dieu", qu'est-ce que cela veut dire ? Cela veut dire en fait que le noyau de l'identité chrétienne c'est de reconnaître que nous sommes au Christ et à personne d'autre, et que surtout être chrétien c'est une profession d'avenir à un moment où dans le monde on nous fait croire que la religion est la crispation identitaire du passé. Etre chrétien aujourd'hui, c'est une profession d'avenir. Pourquoi ? Parce que par rapport à tout ce que je viens de dire tout à l'heure, le destin de la mort qui nous frappe, la violence dont nous avons quelquefois du mal à sortir, la difficulté de sortir des images qui nous sont imposées par une tierce personne, le fait que nous répondons aussi à un schéma sociologique, tout cela, le Christ vient le bouleverser.

Etre chrétien et faire profession d'avenir, c'est reconnaître que là où nous avons le sentiment que la porte est fermée une bonne fois pour toutes, il y a un avenir qui nous est ouvert, il y a une espérance à vivre. Cette espérance vient se nicher dans les endroits les plus sombres et les plus violents de notre existence. Qui pourrait dire en voyant un homme transpercé comme le dit Zacharie, qu'à partir de cet homme va couler un fleuve d'eau vive ? Qui pourrait imaginer qu'un homme âgé avec une femme âgée, il y ait un Dieu qui vienne lui dire : "Je vais te donner une descendance plus nombreuse que les étoiles" ? Qui pourrait imaginer dans l'Antiquité, je le redis encore maintenant dans notre société, où quand on est femme on le reste, quand on est homme, on le reste, où quand on est païen on le reste, quand on des parents qui sont profs, etc … tout est déjà déterminé à l'avance, tout cela ce sont des schémas qui éclatent comme on le dit aujourd'hui.

Etre chrétien, frères et sœurs, c'est cela. C'est non seulement croire que le Christ est celui qui nous libère de tout cela, mais c'est aussi de croire que par notre baptême nous sommes aussi invités à libérer nos frères et nos sœurs de ce même destin. Frères et sœurs, ce sang qui coule du côté du Christ et qui est source d'espérance, qui est source de vie, ce sang, il peut aussi couler de notre côté. C'est le moment où nous faisons don de ce que nous sommes, quand nous faisons don de notre vie, pas nécessairement en donnant physiquement notre vie, mais en nous donnant à nos frères et à nos sœurs.

C'est ma prière en tant que frère, que votre vie chrétienne vous puissiez l'envisager pas simplement à travers des liens et des rapports avec une culture, avec des idées, avec une morale, mais que fondamentalement, être chrétien, c'est faire profession d'avenir, c'est découvrir qu'au cœur même du péché, au cœur même de la mort, coule une source d'eau vive.

 

 

AMEN

 

 

 
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