AU FIL DES HOMELIES

La part de Dieu

Dimanche 4 septembre 2016 (23ème du temps ordinaire)
Ex 32, 7-11+13-14, I Tm 1, 12-17, Lc 15, 1-32
Homélie du frère Daniel Bourgeois

Frères et Sœurs, je suis persuadé qu’en écoutant les deux paraboles, celle du monsieur qui doit bâtir une tour et celle du général qui hésite à déclencher la bataille, vous vous êtes dit en vous-mêmes : « Voilà enfin une parabole sensée, très importante pour nous. C’est la parabole de l’assurance tous risques, du parapluie, de la protection sociale et de l’État-providence ». Autrement dit, on ne fait rien qui ne soit garanti d’avance. Pas d’audace ! Calcul, calcul, et statistiques ! Si j’ai assez d’argent sur mon compte en banque, je change de voiture. Si je viens d’hériter de ma grand’mère, j’achète une nouvelle maison. Cette parabole signifie pour nous la sécurité. C’est même, pourrait-on dire une parabole sécurisante et sécuritaire.
C’est terrible ! Est-ce que la vie chrétienne consiste à tout faire pour assurer ses arrières ? Combien ont cru que, quand on était croyants, il suffisait d’aller à la messe, d’accumuler les bons points, de semaine en semaine, de faire tout ce qui est nécessaire, faire ses pâques, la première communion, le catéchisme etc. ? Ensuite, c’est le jackpot, ça tombe quand on arrive là-haut, on est décoré de la légion d’honneur ...
Eh bien non ! Cette parabole ne dit pas cela. Pratiquement, elle veut dire l’inverse. De quoi s’a-git-il ? Il s’agit de mettre les hommes devant leurs responsabilités à travers deux images, deux comportements, deux projets humains presque “naturels” : bâtir une tour, et partir en guerre. Souvent, quand on prend une décision, quand on s’engage dans une direction, il est impossible d’être certain d’atteindre le résultat prévu. Tout peut arriver. Nous ne maîtrisons jamais la totalité de ce qui va se passer, de notre avenir. Un exemple très simple : quand on donne la vie à un enfant, c’est sûr, il sera polytechnicien, elle sera star de cinéma, elle aura de la fortune, elle épousera un prince charmant, il épousera une fille absolument adorable ! Ça, c’est le rêve, et on croit que ça devrait fonctionner ainsi. Mais l’histoire n’est jamais comme on avait prévu. Cela signifie qu’au moment où on prend une décision, il est impossible de savoir comment ça se passera. On peut bien, comme le recommande le Christ, estimer ce qui est en notre pouvoir, on peut bien essayer de prendre quelques assurances humaines en de faire la part des choses. Mais il ne suffit pas de faire la part des choses. Il reste toujours comme une inconnue, la part de Dieu.
Telle est la signification de la parabole. En réalité, on ne maîtrise pas. Quand on va au supermarché, on sait le prix comparatif des articles qu’on va acheter et on calcule pour décider si on achètera les fournitures scolaires à telle ou telle enseigne. Mais sur les choses fondamentales, le jour où on se marie, le jour où on donne la vie à un enfant, le jour où on fait une rencontre décisive dans sa vie, où on prend une orientation professionnelle, reconnaissons-le honnêtement, on ne sait pas de quoi demain sera fait ! La parabole consiste à dire : « Quoi que vous fassiez, quand c’est important, décisif, quand ça engage votre vie devant Dieu, réfléchissez à ce qui est votre part à vous, et réfléchissez sur ce qui est la part de Dieu ». Finalement, s’il n’y a pas à la base la confiance, si vous n’êtes pas assez lucide pour voir vos limites et comprendre la nécessité de faire confiance à Dieu, vous allez “droit dans le mur”. C’est donc une parabole qui nous met devant nos limites humaines et qui nous dit : « Laissez aussi dans votre vie agir la responsabilité de Dieu, sachez que vous, pour ce qui est de votre pouvoir, il vous faire la part des choses. Essayez de mesurer le mieux possible, mais sachez toujours que ce projet, si beau, si grand soit-il, sera toujours porté par autre chose ou par un autre, par quelqu’un, et donc tout ne dépendra pas de votre seul vouloir et de votre seul pouvoir ».
Voilà le sens de ces paraboles : faire la part des choses pour ce qui est humain, et faire la part de Dieu. Par conséquent, quand on demande à un enfant d’être baptisé, c’est très simple, le geste même du baptême est de dire de la part des parents : « Nous avons donné la vie à cet enfant, nous avons beaucoup réfléchi avant, et nous allons maintenant faire tout ce qui est en notre pouvoir pour que cet enfant devienne tout ce qu’il porte en lui de potentialités ». Mais quand on y réfléchit bien, sa vie désormais n’est plus simplement entre nos mains, elle est déjà entre les mains de Dieu.

 
Copyright © 2017 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public