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DIEU N'A PAS CRÉÉ LA MORT

Sg 1, 13-15 et 2, 23-24 ; 2 Co 8, 7-9 +13-15 ; Mc 5, 21-43
Treizième  dimanche du temps ordinaire – Année B (1er juillet 2012)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC


Lève-toi ! (Saint Flour)
Frères et sœurs, l'évangile que nous venons d'entendre a une particularité, vous aurez remarqué qu'il y a un récit dans le récit. Pour les amoureux de la littérature, des gens comme Stefan Zweig ont l'habitude de mettre en place des récits enchâssés. Le récit commence aujourd'hui, à l'occasion d'une rencontre et le contemporain découvre un autre récit et à la fin du récit, on revient au récit primitif.

Là, c'est autre chose : dans les récits enchâssés, on découvre la logique apparaître et se déployer. Cette femme vient comme bouleverser le plan de Jésus, la raison pour laquelle il venait, appelé par un homme dont la petite fille était très mal. L'évangile d'aujourd'hui nous invite plus précisément à réfléchir sur le plan de Dieu, le plan du salut. Quand on commence à aborder ce sujet, se pose toujours la question : quelle est la part de l'homme et quelle est la part de Dieu dans le déploiement du plan divin ? En écoutant cet évangile me revenait en mémoire une réflexion des palestiniens résumant la place de l'homme dans le plan de Dieu à travers le signe d'une entreprise d'informatique bien connue IBM : I comme Inch Allah, B comme boukra, c'est-à-dire demain, et M comme malesch, ce qui veut dire tant pis !

Peut-être d'ailleurs que dans ce récit le chef de synagogue révèle ses racines orientales et sémites parce qu'à la fois il appelle Jésus et en même temps que se passe cet épisode avec l'hémorroïsse, des gens viennent lui dire : à quoi bon, tant pis, ta petite fille est morte ! Or ce récit nous invite à réfléchir sur le comportement des hommes au cœur même du déploiement du plan de Dieu et sur la réactivité de Dieu dans son plan et aussi (on l'oublie trop souvent), à réfléchir sur les témoins de cette guérison et de cette résurrection. Les deux épisodes enchâssés ont pour avantage de nous révéler les grands comportements humains par rapport à la maladie, à la finitude, à la menace de mort. Soit l'homme va se livrer entièrement entre les mains d'une tierce personne, soit l'homme va décider de prendre son destin en main.

L'hémorroïsse à la fois est habitée par un grand sentiment d'humilité, et en même temps par une prise de décision totale et complète. Elle ne sait pas ce que cela va donner, elle a peur, mais au milieu de son désespoir elle croit que même en touchant ne serait-ce que la frange du manteau de Jésus, même pas son corps, uniquement son vêtement, elle peut être sauvée. On a ici décrite la détresse de beaucoup de personnes qui sont seules, qui ne font pas partie de communautés de croyants, et qui se retrouvent face à leur destin, à leur vie, leur maladie, et se disent que tant pis, d'une manière ou d'une autre, ils peuvent saisir quelque chose de la divinité de Dieu. L'action arrive en premier et c'est ensuite que Jésus oblige cette femme à découvrir le geste qu'elle vient de poser. Le résultat de ce geste et ce dialogue se font devant toute la foule. Tout le monde est témoin de ce qui vient de se passer, tout le monde est témoin d'une guérison.

Maintenant, en ce qui concerne le chef de la synagogue, le modèle est complètement différent. Il n'est pas seul, il vient devant Jésus, il lui parle avec déférence, il lui confie que sa petite fille est à toute extrémité. Et des hommes viennent lui dire que ce n'est pas la peine, que sa petite fille est morte. Autant dans le premier récit c'est la femme avec humilité qui porte son projet et son désir, autant dans l'autre, le projet est porté par Jésus. L'homme ne croit plus que sa petite fille peut guérir, ceux qui l'entourent lui disent, tant pis elle est morte ! C'est Jésus, alors qu'il obligeait cette femme il y a un instant à parler et à dialoguer avec lui, qui coupe court à tout dialogue en disant : aie confiance.

Dans le premier récit la guérison est parfaitement publique alors que là, Jésus ne prend que quelques personnes : les parents, trois apôtres ceux qui sont là aux moments clés dans les évangiles, et cette résurrection se fait dans l'aspect le plus privé et secret possible. Cela m'amène à vous parler ce matin de la dimension privée - publique de l'action de Dieu. Nous sommes souvent focalisés dans ces récits sur la résurrection et nous y voyons comme l'annonce de la résurrection de Jésus nous y voyons aussi comme la promesse que Dieu fait à chacun d'entre nous de la vie éternelle. Mais il y a aussi le plan du témoignage. Si nous désespérons dans notre vie c'est parce que nous pensons ne pas être assez témoins du plan de Dieu, de son déploiement et surtout de sa réussite. On ne voit que les trains qui arrivent en retard, que les trains qui restent bloqués sur la voie, on ne voit que ce qui va mal. Et Jésus prend comme à plaisir que nous ne voyons que les trains qui sont en retard, puisqu'une guérison c'est peut-être simplement une cause médicale, mais la résurrection il ne veut pas qu'elle soit rendue publique. C'est une leçon aussi que Dieu nous donne pour le déploiement de son plan, au cœur même de l'humanité et aussi sur la manière dont nous avons à regarder. Le problème n'est pas de demander à Dieu qu'il nous donne des preuves visibles, mais c'est aussi la manière dont nous regardons.

Quand les hommes viennent annoncer que la petite fille est morte, Jésus dit : non elle dort. Là où nous voyons la mort, Dieu voit la vie. Là où nous voyons comme une barrière qui nous empêche d'avancer, Dieu voit un avenir possible qui se dessine. Une des problématiques du plan du salut n'est pas toujours de se demander quelle est la part de Dieu et quelle est la part de l'homme, c'est toute la réflexion sur la grâce et la liberté. Cependant, c'est aussi notre contemplation et notre manière de regarder le monde.

Qu'à travers cet évangile, nous apprenions à regarder ce monde avec le regard même de Dieu. A sa suite, voyons la vie là où il pourrait y avoir de la mort, voir l'espérance là où il y a du désespoir. Voir du futur là où nous pensons qu'il n'y a plus que du passé afin que la parole de Dieu mais aussi cette eucharistie que nous vivons régulièrement nous ouvrent des horizons pour que nous découvrions que malgré tous nos doutes et nos faiblesses, la vie est plus forte que la mort car Dieu n'a pas créé la mort mais la vie.

 

AMEN

 

 

 
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