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VIVE LA LIBERTÉ !

1 R 19, 16+19-21 ; Ga 5, 1+13-18 ; Lc 9, 51-62
Treizième dimanche du temps ordinaire – Année C (30 juin 2013)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS


Brisons nos chaînes !
"Si le Christ vous a libérés c'est pour que nous soyons vraiment libres".

Frères et sœurs, le texte que nous avons entendu tout à l'heure qu'on appelle l'épître aux Galates, est sans doute un texte qui a transformé profondément la conscience religieuse de l'humanité. Les Galates sont les Gaulois, car contrairement à ce que l'on pense, les Gaulois ne sont pas allés uniquement en Gaule, mais il y a des Galates Gaulois qui sont allés en Turquie et ces Galates qui devaient parler un langage comme notre celte ont été évangélisés par Paul. Dès qu'ils ont reçu l'évangile, ils ont commencé à dévier. C'est pour cela que Paul leur envoie une mercuriale assez sévère en leur disant qu'il faudrait peut-être corriger le tir et un peu mieux comprendre ce qu'il a voulu leur dire. La seule mention des Galates ou des Gaulois dans cette épître, je vous le signale, c'est :"O stupides Gaulois".

Que s'est-il donc passé chez ces stupides Gaulois ? Ils avaient été évangélisés et ils avaient cru à l'évangile annoncé par Paul et avaient trouvé cela très bien. Comme ils étaient des païens, Paul leur avait annoncé que toutes leurs observances cultuelles, les sacrifices à Zeus, à Apollon, Artémis, tout cela, c'est terminé. La religion n'est plus un ensemble de prescriptions, de codes, mais la vraie manière d'exister, c'est d'être libres pour Dieu.

Evidemment pour les Galates, c'était du pain béni parce qu'ils découvraient une religion qui libère de tous les carcans cultuels que vous impose le clergé, que vous imposent les écrits sacrés, enfin, la liberté ! Mais manque de chance, derrière saint Paul il y avait des gens qui leur disaient : Paul est un tout petit peu libéral, voire même libertaire, il ne faudrait pas exagérer quand même, la liberté, oui d'accord, oui, mais un petit peu de bon sens, un petit peu de mesure, un petit précepte par-ci par-là, et surtout comme des gens qui venaient travailler en sapant le travail de Paul, ils disaient qu'il faudrait obéir à un certain nombre de préceptes de la Loi juive, au risque de ne pas âtre sauvés. Ils commençaient à leur susurrer à l'oreille qu'il ne faut pas manger de sandwich au jambon beurre, il ne faut pas cuire la viande dans la crème, bref tous les principes de la cuisine juive. Et puis même, ils insinuaient qu'il faudrait peut-être se faire circoncire, deux sécurités valent mieux qu'une. D'accord, Paul a dit que la circoncision n'était rien, mais quand même, suivre un peu les préceptes fondamentaux de la Loi ne vous ferait pas de mal !

C'était un véritable travail de sape radical et Paul tout de suite a vu l'enjeu du problème. Il écrit donc à ces stupides Galates : de deux choses l'une, ou bien le Christ vous a sauvés et dans ce cas-là pas de circoncision, pas de règles spéciales de cuisine, pas de règles spéciales de comportement religieux. Vous êtes libres ! Si vous rajoutez quelque chose à mon évangile, c'est que ce n'est pas la mort et la résurrection du Christ qui vous a sauvés, c'est que vous réinventez une religion, avec la meilleure volonté du monde vous vous réinventez des lois, des codes, des normes pour essayer de vivre de manière à vous sécuriser vous-mêmes. Voilà bien ce que saint Paul ne supporte pas. Si nous sommes une religion de salut, ce n'est pas nous qui nous sauvons tout seul par nous-mêmes, par nos seuls efforts. Nous n'avons pas à suivre ou à nous imposer des normes supplémentaires comme si l'accueil gratuit, par la foi, du salut qui nous est donné par le Christ ne suffisait pas.

C'était quand même une révolution. Pour le monde antique, la religion consiste à faire tout comme il faut, au moment où il faut, avec les normes qu'il faut. C'est tellement prégnant que de temps en temps l'Église a un peu succombé au système. Mais là-dessus Paul est absolument intransigeant. Si vous rajoutez quoique ce soit à la foi au Christ qui vous a sauvés, qui est le seul à vous faire entrer dans la vie nouvelle, qui est le seul à pouvoir vous donner les véritables points de repères pour vivre, c'est que vous vous fabriquez des suppléments religieux pour vous sécuriser, pour vous faire croire que vous pouvez ajouter quelque chose à votre salut, et dans ce cas-là, la gratuité de l'amour de Dieu, la gratuité de l'amour du Christ, la gratuité de sa résurrection et de sa vie dans la grâce, tout cela est perdu. C'est la première fois que l'on posait les choses dans une alternative aussi radicale et aussi serrée.

Frères et sœurs, je crois que c'est quelque chose qui se pose encore aujourd'hui pour nous. Paul ne dit pas qu'il faut faire n'importe quoi. Mais il dit qui est la mesure de votre liberté désormais c'est Dieu et son amour. Cela ne veut pas dire qu'on va faire n'importe quoi dans sa liberté, qu'on devient libertaire en disant, vous pouvez vous éclater, à votre mesure, à votre manière, car c'est vous qui deviendriez votre mesure de la vie religieuse. C'est la tentation moderne, mais ce n'est pas ce qu'a dit Paul. Lui il dit : ne rajoutez pas les observances humaines pour essayer de vous assurer un salut par vous-même, acceptez au contraire que le salut soit radicalement et gratuitement donné par Dieu.

Dans quelques instants, on va baptiser Baptiste, Margaux et Jules. On ne s'en rend pas compte, parce la plupart du temps, le baptême pour nous est un rite. Mais ce n'est pas un rite, c'est que ces trois enfants, accompagnés par leurs parents, leurs parrains et marraines, vont être plongés littéralement dans la liberté des enfants de Dieu. Ce qu'ils reçoivent aujourd'hui c'est une liberté qui vient désormais de Dieu et dont la mesure est Dieu. C'est cela que Paul disait et c'est cela que nous continuons à assumer par ce geste du baptême. Nous voulons dire que ces trois enfants et que chacun d'entre nous dans la mesure où nous avons été baptisés nous sommes plongés dans un bain de liberté qui est le bain de la liberté de Dieu. Cela ne veut pas dire que nous ferons n'importe quoi, cela ne veut pas dire que nous n'aurons pas de points de repères, mais le seul vrai point de repère qui existera désormais pour nous face à Dieu, c'est la liberté que Dieu nous donne.

Si aujourd'hui l'Église a à témoigner de quelque chose de grand et de vital pour le monde actuel, c'est précisément cela. Car à l'époque de Paul ce qui menaçait la société c'était des codes religieux extérieurs. Maintenant, ce ne sont pas les codes religieux qui menacent la société moderne. Aujourd'hui, ce qui est peut-être plus délicat c'est ce courant de notre société qui pense que désormais puisqu'il n'y a plus de codes religieux, chacun est à lui-même le code de sa liberté. Et l'illusion, c'est de croire qu'à ce moment-là, si je deviens à moi-même la norme, le principe de ma liberté, je me sauve. C'est beaucoup plus subtil que la tentation à laquelle étaient affrontés les Galates, c'est une tentation que nous vivons tous les jours et qui nous dit que nous pourrions nous construire notre liberté. Ce n'est pas ce que dit saint Paul. Ce que dit saint Paul c'est que si vous voulez vivre libres, si vous voulez découvrir la vraie liberté, il faut que vous acceptiez que ce soit l'amour absolu de Dieu, la vie de l'Esprit qui soient les normes profondes. Ce n'est pas inscriptible sur un carnet ou dans des normes, mais que ce soit le code profond de votre vie pour Dieu, et là, vous découvrirez la gratuité de l'amour de Dieu et du salut.

Maintenant, lorsque nous baptisons ces trois enfants, que ce soit pour chacun d'entre nous l'occasion de nous remettre en face de ce don de la liberté que nous avons tous reçu, et que dans le mystère de l'Église nous devons nous aider à vivre en plénitude, ce sera la seule manière pour nous et pour l'Église aujourd'hui de témoigner de cette vraie liberté qui est notre don le plus précieux, non seulement pour nous mais aussi pour toute l'humanité.

 

 

AMEN

 

 

 

 
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