AU FIL DES HOMELIES

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UNE NAISSANCE QUI OUVRE L'AVENIR

Ml 3, 1-4 ; He 2, 14-18 ; Lc 2, 22-40
Quatrième dimanche du temps ordinaire – année C – (3 février 2019)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Frères et sœurs, que signifie pour nous, aujourd’hui, et dans toute l’histoire de l’humanité, la naissance d’un enfant ?

C’est assez difficile à dire, parce que généralement, on est tellement préoccupé devant ce chamboulement de la vie familiale, de la vie des parents, de toute la famille, qu’on ne prend pas le temps, et c’est bien légitime, de réfléchir exactement sur ce que cela veut dire. Pourtant, c’est cette signification profonde qui conditionne tout notre comportement, et c’est pourquoi je vous invite à y réfléchir ce matin.

Quand un enfant naît, c’est un avenir qui s’ouvre.

D’abord, évidemment, l’avenir de l’enfant. C’est-à-dire que lorsqu’on naît comme des enfants, s’ouvre à nous une histoire. C’est notre grande supériorité par rapport aux anges : quand les anges naissent, ils sont produits finis. Il n’y a plus rien à attendre d’eux, ils ont déjà toutes les caractéristiques, peut-être meilleures que les nôtres, mais les anges n’ont pas d’histoire. Tandis que nous, nous avons une histoire, parce que nous avons un avenir. Si nous naissons enfants, c’est parce que Dieu a voulu qu’au moment même où l’on naît, s’ouvre pour nous un espace de temps, de vie, de bonheur, d’événements, dont nous ne savons rien, mais qui est extraordinaire parce qu’on sait que c’est "notre" avenir.

Mais il y a aussi autre chose, peut-être plus conscient chez les parents, les grands-parents, les oncles, les tantes, les grands frères et les grandes sœurs, c’est que cet enfant ouvre non seulement un avenir pour lui, mais il ouvre aussi un avenir pour nous. Et cet avenir pour nous, ce n’est pas seulement que nous sentons que nous vieillissons (ça, c’est le moins bon côté de l’avenir), mais le véritable avenir, c’est de sentir qu’à travers la vie de cet enfant, il y a comme une sorte de renouvellement de la nôtre, et cet enfant nous dit quelque chose de très profond, qu’il ne dit pas avec des mots. Il nous dit simplement : « Sachez que votre avenir n’est jamais derrière vous, il est toujours devant vous ». Et je sais que c’est un peu difficile de le croire quand on est arrivé à des moments de grandes difficultés de mobilité, de perte de facultés intellectuelles… Non : ce que dit l’enfant, c’est que l’avenir reste vraiment devant nous.

Et c’est pour ça qu’une naissance nous comble toujours de joie. La toute première période de vie d’un nouveau-né nous dit simplement : « Vous êtes faits pour un avenir que vous ne maîtrisez pas, vous, les adultes ; vous ne maîtrisez pas non plus le mien parce que même si j’attends beaucoup de vous, moi le bébé, je sais très bien qu’un jour il faudra que je prenne mon avenir en main, mais cet avenir nous est ouvert, et vous est ouvert, et d’une certaine manière, il vous est ouvert à travers moi ». C’est pour cela que l’on tombe parfois dans le mythe de l’enfant-roi, "qu’est-ce qu’on ne ferait pas pour lui !", ce sont nos failles un peu "gâtisantes" de parents, grands-parents, admiratifs. Mais, sur le fond, c’est vrai : notre avenir, qui est voué à la mort, est comme renouvelé par le mystère de la vie qui surgit dans le cœur de cet enfant, par le mystère de la naissance.

Pourquoi vous dire cela ? Parce que c’est exactement le sens de la présentation de Jésus au temple. Matériellement, on a envie de se dire tout simplement : « C’est normal, les parents sont contents d’avoir un fils, ils vont le présenter au Temple, il y a un rituel prévu pour ça ; comme ils sont des juifs très observants, pieux et pratiquants, ils vont aller au Temple ». Et ils présentent l’enfant. Mais ils ne présentent pas que l’enfant : ils présentent l’enfant et son avenir. L’humanité du Christ – son avenir –, est présentée ce jour-là dans le cœur du Temple. Le plus étrange, c’est que le Temple, surtout dans la tradition juive, est le lieu des actions et des activités répétitives, où l’on offre les sacrifices, où l’on dit les prières, c’est ritualisé au maximum. Et là, ils viennent présenter l’enfant simplement pour son avenir.

C’est pour cela d’ailleurs que Syméon est envoyé pour dire : « Son avenir ? Lumière des nations et gloire du peuple d’Israël ». Son avenir dépasse infiniment tout ce qu’on pourrait mesurer à travers l’enfant qui est tenu dans les bras de Marie, puis de Syméon. Son avenir englobe l’histoire de l’humanité depuis les origines, jusqu’à la fin des temps. C’est pour cela qu’il dit ensuite à la Vierge Marie : « Son avenir à Lui passera aussi, il influera sur ton propre avenir à toi, car tu verras ton enfant au moment où tu seras au pied de la croix. Et tu auras peut-être du mal à croire que là, ce jour aussi, Il est l’avenir de l’humanité ».

Mais la prophétie demeure. L’enfant est accueilli parce qu’Il est là pour que son avenir soit présent non seulement dans le cœur de Marie et de Joseph, et renouvelle leur avenir, mais qu’Il soit aussi présent dans le cœur de Syméon et d’Anne. C’est pour cela que Syméon dit : « Maintenant que j’ai vu l’avenir de l’humanité, je peux partir. Je peux partir parce que je sais que mon propre avenir à moi, Syméon, est ouvert vers le Royaume de Dieu, lumière des nations, et gloire du peuple d’Israël. Je l’ai attendu, et maintenant j’ai vu de mes yeux mon avenir ».

C’est ça la fête que nous célébrons aujourd’hui. Et ce qui est peut-être le plus beau dans l’affaire, c’est que le Christ ne va pas donner une prophétie éclatante de Lui-même, qui dépasserait tout ce qu’on peut imaginer, se mettant tout à coup l’enfant à parler : « Attention, je suis la gloire d’Israël, la lumière du monde pour éclairer les nations, tel est mon programme… » Non ! Comment fait-Il ? Il se laisse emmener dans le Temple, le lieu des rites religieux habituels, et Il se laisse saisir, prendre dans les bras, par Syméon et Anne, qui jouent ici le rôle de Papy et de Mamy, Il se laisse porter par la Vierge Marie, et Il veut que cet avenir passe par cette petite famille improvisée des quatre personnes qui accompagnent Jésus.

En fait, c’est pour nous dire que la vie quotidienne, la vie la plus simple que nous menons, s’ouvre toujours sur un avenir, mais par les gestes les plus simples, les plus ordinaires : Syméon prit l’enfant dans ses bras. C’est pour ça que la liturgie, quand elle chante cet événement, dit cette chose merveilleuse que je vous laisse méditer pour la vie de chacun d’entre nous : « Le vieillard portait l’enfant, mais c’est l’enfant qui portait le vieillard ». C’est l’enfant qui porte la vie de ses parents, non seulement par la CSG, mais d’abord par le fait qu’il aime ses parents, et qu’il leur ouvre tous les jours un avenir. Mais surtout Syméon, par le geste très simple d’ouvrir les bras, dit : « J’accueille l’avenir que me donne aujourd’hui dans la lumière cet enfant qui vient vers nous ».

Frères et sœurs, je crois qu’une des grandes caractéristiques de la foi chrétienne, et de la vie chrétienne, ce n’est pas de faire des miracles ni des choses éblouissantes. C’est de savoir que l’avenir de l’humanité naît dans le cadre le plus familier, celui précisément de la famille, celui des amis, celui de tous ceux et celles que nos fréquentons ; et c’est chaque fois, les uns pour les autres, l’occasion d’ouvrir un avenir. Ici, quand on accueillera, comme Syméon, tout à l’heure à la communion, quand on tendra les mains, le Corps du Christ : oui ! C’est notre avenir qui nous est offert.

Alors qu’à travers ce baptême de Jean nous redécouvrions à quel point l’avenir nous est ouvert par la beauté et les gestes de confiance d’un enfant, comme Jésus a dû les faire le jour où Il a été porté dans les bras par Syméon et sa mère vers le Temple de Dieu. Amen.

 
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