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LA NOUVELLE CREATION

 Is 66, 10-14 ; Ga 6, 14-18 ; Lc 10, 1-12+17-20
Quatorzième dimanche du temps ordinaire – Année C (8 juillet 2007)
Homélie du Frère Bernard MAITTE


Saint Jean de Malte : Le sang de l'Alliance nouvelle

"Ce qui compte, ce n'est pas la circoncision, c'est la création nouvelle". Ainsi s'adresse l'apôtre saint Paul à la communauté chrétienne des Galates dont il dit d'ailleurs qu'ils ont la nuque raide. J'aimerais m'arrêter quelques instants avec vous sur cette phrase qui m'apparaît très importante, car saint Paul lui-même sait de quoi il parle quand il dit cela. Pour nous qui avons eu l'habitude de l'entendre, nous n'y avons peut-être pas fait vraiment attention. Quand saint Paul dit que ce n'est pas la circoncision qui compte, il fait bien sûr référence au peuple juif qui se considère comme le peuple de Dieu qui depuis Abraham marche en la présence de Dieu, cette présence que le Seigneur a voulu marquer tout au long de l'histoire de ce peuple par des signes, tout particulièrement, par les Alliances successives. Ce peuple aussi nombreux que les étoiles dans le ciel ou que le sable sur le rivage des mers, a l'habitude de marquer son appartenance à Dieu par la circoncision. C'est le signe que Dieu lui-même a donné a Abraham : il fallait que tout mâle soit circoncis dès le huitième jour.

Bien sûr, aujourd'hui, les sociologues du religieux vous expliqueront que dans les peuples qui vivent sous une très grande chaleur c'est une pratique assez courante pour éviter les infections du prépuce. Ainsi, on fait passer sous forme d'hygiène cette habitude de circoncire les garçons. C'est peut-être vrai, la science en discute encore aujourd'hui. Mais Israël en faisant ce geste l'a lu comme une volonté de Dieu, pour une raison importante, forte et déterminante. Marquer son corps, sa chair, c'est en même temps marquer la limite de son propre corps, et en même temps c'est un signe ou une relation, puisque le corps est fait pour une relation, le corps devenant ainsi langage par un signe inscrit ou porté sur lui. On peut être effrayé par des générations entières de gens tatoués sur leur peau, ou encore par des piercings que l'on met dans tous les endroits impossibles et inimaginables du corps, il n'empêche que c'est certainement une des manières les plus anciennes de prendre conscience de la limite corporelle, de ce corps pourtant appelé à entrer en relation. Car un signe sur un corps, c'est pour être vu, dit, et c'est donc pour donner du sens, même si je vous le concède, ceux qui se font tatouer ou percer n'ont pas forcément analysé ce qu'ils étaient en train de faire.

Ainsi, lorsque Israël coupe le prépuce de tous ses garçons, qu'est-ce qu'il veut signifier ? C'est que Dieu s'inscrit non seulement dans la chair, mais à l'endroit le plus intime de la chair, à ce que les psychanalistes encore considèrent comme l'organe le plus viril et le plus machiste certainement du corps humain, du moins pour l'homme, qui touche à la sexualité et à la génitalité, endroit que l'on ne montre pas ou que si l'on montre beaucoup, on finit par ne plus le voir ! C'est donc dans l'intimité qu'Israël veut marquer sa relation avec Dieu.

C'est important et cela change quelque chose de fondamental dans cette relation avec Dieu. Pourquoi ? Tout simplement parce qu'il n'existe pas à l'époque d'Israël une religion qui considère que Dieu puisse se faire aussi intime à moi-même qu'il puisse en marquer par un signe, l'intimité de ma chair. L'on comprendra dès lors que si Dieu dit à Abraham de faire circoncire ses mâles, c'est pour marquer que Dieu ne veut pas être un Dieu extérieur à l'homme. Il n'y a aucune religion à cette époque d'un Dieu qui se fasse si proche qu'il touche à l'intimité de l'être. Et Dieu ne va plus cesser d'agir avec logique imperturbable, donnant son Alliance à Moïse, il veut que ses paroles transformées hélas en commandements, puisque ce sont les dix "dabar", c'est-à-dire en hébreu, une parole créatrice, sont faites pour être vie, c'est-à-dire dans le cœur. Paroles de cœur, parce que paroles de Dieu, paroles de vie, parce que l'homme en vivant de cette parole est transformé au plus profond de lui-même : "Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur".

Logique imperturbable qui conduit un jour Jésus, Fils de Dieu, à prendre du pain et du vin, et à dire de ce vin : "Ceci est mon sang, le sang de l'Alliance nouvelle et éternelle qui sera versé pour vous et pour la multitude en rémission des péchés. Vous ferez cela en mémoire de moi". Le signe nouveau de l'Alliance, c'est le sang qui coule dans les veines du Christ, ce sang dont nous nous abreuvons et qui coule dans nos propres veines. Nous avons le même sang avec Dieu, la même réalité. Ce n'est plus un précepte simplement marqué sur mon corps, dans mon intimité, mais marqué à l'intérieur même de mon corps, dans le plus profond de moi-même ce qui est absolument inatteignable. Dieu y met sa présence, il y met sa proximité, Dieu fait de nous le signe même de notre Alliance avec lui et qu'il nous propose.

On comprend pourquoi saint Paul dit que ce qui compte ce n'est plus la circoncision. On pensait pouvoir appartenir au peuple de Dieu uniquement en coupant un bout de sa chair. Or là, ce qui compte, c'est la création nouvelle. Toute la création et tout ce que je suis dans l'ordre même de cette création, devient signe, relation, ou mieux, Alliance avec le Créateur. Ce qu'Israël visait en lavant les écuelles, en purifiant les vases, en se lavant, en récitant de multiples bénédictions pour le repas ou le travail, en offrant les sacrifices au temple, ou en allant prier à la synagogue, Israël visait à ce que l'ensemble du quotidien et de la création soit marqué par la présence de Dieu. Saint Paul dit que ce qui compte, c'est la création nouvelle. Cette création nouvelle c'est de considérer qu'il n'y a pas simplement une chose à faire, un précepte à accomplir, une circoncision à réaliser, pour entrer en relation avec Dieu, mais se rendre compte, et c'est le propre de l'action de grâces, que Dieu est déjà présent partout et remplit ma vie.

Oui, Dieu remplit ma vie jusqu'à ce à quoi je n'avais pas pensé et qui pourtant donne le salut, mon existence entière. C'est pourquoi saint Paul, dans ce même texte nous dit que la croix du Seigneur Jésus-Christ est sa seule fierté, ce n'est pas d'avoir accompli, lui qui était pharisien, lui qui avait les moyens de vivre, lui qui était citoyen romain, quelqu'un de bien établi, irréprochable, à la morale parfaite, il finit par dire : la croix est ma seule fierté. Il a certainement vécu ce qu'il y a de plus crucifiant en l'homme, le fait que Dieu est présent, là où d'habitude on ne l'attend pas, dans la souffrance, dans le mal, dans le péché, dans la limite de la chair. Aussi rajoute-t-il : "Dès lors, que personne ne vienne me tourmenter, car moi, je porte dans mon corps la marque des souffrances de Jésus". C'était ce signe de la croix, la seule et vraie circoncision. Etre atteint par Dieu jusque-là. C'est cela le salut et la création nouvelle.

 

AMEN

 

 

 

 
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