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 JE ME GLORIFIERAI DE MES FAIBLESSES

Ez 2, 2-5 ; 2 Co 12, 7-10 ; Mc 6, 1-6

(3 juillet 1988???)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Humilité de l'Incarnation

N

 

ous venons d'entendre cet admirable texte de saint Paul. Obligé de défendre ses droits d'apôtre devant certains chrétiens de Corinthe qui contestaient son autorité, Paul a été contraint d'énumérer toutes les raisons de se présenter en envoyé du Christ. Il en est arrivé à faire allusion aux visions et révélations qu'il a eues dans sa vie de prière et son intimité profonde avec le Christ et dans une géniale intuition évangélique, il s'écrie : "Pourtant, ce n'est pas de ces révélations, de ces visions que je me glorifierai, mais c'est de mes faiblesses que je veux me glorifier." Et faisant allusion à quelque chose de très intime dont nous ne saurons jamais exactement de quoi il s'agit : "Il m'a été donné une écharde dans ma chair, un ange de Satan qui vient me souffleter." S'agit-il d'une infirmité ? S'agit-il d'un péché que Paul essaie sans succès de maîtriser, d'une lutte dans son cœur et dans sa chair contre le mal ? Peu importe. Mais Paul ajoute : "Par trois fois" c'est-à-dire un nombre incalculable de fois, "j'ai demandé à Dieu d'en être délivré, mais Dieu m'a répondu : "Ma grâce te suffit ! Car ma force se déploie dans la faiblesse !"

Nous sommes là au cœur de la révélation chrétienne. Si nous comprenons cette phrase, alors nous sommes déjà aux portes du royaume, nous commençons déjà d'être sauvés. Humainement parlant, nous avons toujours tendance à penser que c'est l'accumulation de nos mérites de nos succès spirituels, de notre force d'âme, de nos efforts, de nos vertus qui nous permet d'entrer dans l'intimité de Dieu et dans la récompense du ciel. Et bien, par la voix de Paul, le Christ nous dit le contraire. "Ma grâce te suffit ! Ma force se déploie dans la faiblesse !" Ce n'est pas à la force des poignets, ce n'est pas par la vertu qu'on entre dans le royaume des cieux, mais uniquement par la grâce de Dieu. C'est peut-être la tentation la plus subtile, la plus dangereuse que de croire que nous serons sauvés par nos bonnes actions, comme si le salut était une récompense que Dieu donnait à la constatation de nos mérites et de nos bonnes oeuvres. Le salut n'est pas une comptabilité par laquelle Dieu dirait : "Tu as mal agi, je te punis, tu as bien agi, je te récompense !" Le salut n'a rien à voir avec cette comptabilité. Dieu n'est pas là en train d'épier nos actions pour nous reprocher ce que nous faisons de mal ou pour nous glorifier de ce que nous avons fait de bien. Cela n'a rien à voir avec le mystère de l'évangile car le mystère de l'évangile c'est celui de l'amour de Dieu pour nous.

Dieu nous aime ! Dieu nous aime parce qu'Il est notre Père, parce qu'Il est notre ami. A plusieurs reprises, dans la Bible, Il nous révèle qu'Il est comme une mère avec son enfant ou comme un époux avec son épouse, un amant avec celle dont Il est amoureux. Oui, Dieu est amoureux de nous, et c'est pour cela qu'Il nous sauve. Il nous sauve parce qu'Il nous aime, parce qu'Il veut que nous soyons heureux, parce qu'Il veut nous arracher à toutes ces forces de mal qui nous dissolvent et nous détruisent. Et c'est cela la seule et unique raison pour laquelle nous sommes sauvés. Si nous y réfléchissions avec un peu d'objectivité, si nous savions dépasser les apparences, nous verrions bien que toutes ces vertus que nous essayons d'accumuler, tous ces efforts dont nous sommes tentés de nous glorifier ne sont finalement que peu de choses au regard de la sainteté de Dieu. Nous sommes foncièrement et irrémédiablement médiocres et nous ne devons pas nous faire illusion. Ce n'est pas ceci ou cela que nous avons acquis qui changeront la situation. Il y a en nous une faiblesse, une lâcheté, une pauvreté, une misère, il y a en nous des forces d'indifférence et d'égoïsme qui sont telles que nous pouvons à peine nous en détacher un tout petit peu pour essayer de faire légèrement moins mal. Nous ne nous faisons aucune illusion sur nos vertus, elles sont dérisoires, il faut le savoir. Et si c'était seulement à la mesure objective des actes que nous accomplissons que nous serions récompensés ou punis, nous n'aurions pas grand espoir d'aller très loin, car nous sommes très fondamentalement pauvres.

Mais là n'est pas le problème. Dieu nous aime ! Dieu nous aime dans notre misère, dans notre pauvreté, dans notre faiblesse. Non pas qu'Il se complaise de notre misère et de notre péché, mais pour nous en sortir, et nous en sortir non pas à la force de nos poignets mais par l'effusion de sa miséricorde. Il faut comprendre que l'amour est un don gratuit, un don qui jaillit du cœur dans la spontanéité de celui qui aime. Quand on aime quelqu'un, on ne l'aime pas parce qu'il est plus beau ou plus doué que les autres, on l'aime parce qu'on l'aime, parce qu'il y a une sorte de pacte secret, profond, d'alliance entre notre cœur et le sien. Et bien il en va ainsi pour Dieu. Dieu nous aime ! Dieu nous aime fondamentalement, radicalement et pour cela son amour est parfaitement gratuit. Et Il nous aime pour nous apporter le bonheur. Quand on aime quelqu'un, on n'a pas d'autre désir que de lui donner tout ce qui peut le rendre heureux.

Il en va ainsi de Dieu. Dieu essaie de toutes manières de nous rendre heureux. Et si Dieu veut que nous fassions quelques efforts pour nous sortir de notre misère, de notre péché et de notre pauvreté, c'est parce que ce péché est contradictoire avec l'épanouissement de notre cœur et que nous avons à apprendre à aimer, à nous sacrifier, à nous donner car c'est cela seulement qui nous rendra heureux.C'est pourquoi Dieu ne cesse de nous exhorter à cet effort, à cette sortie de nous-mêmes pour que, par ces efforts, nous nous ouvrions un petit peu à cette grâce par laquelle Il veut envahir notre cœur.

Aussi saint Paul a-t-il raison de s'écrier : "C'est de mes faiblesses que je me glorifierai !" parce que mes faiblesses sont la manifestation de l'infinie tendresse de Dieu. Dieu nous aime infiniment et cette pauvreté qui est la nôtre manifeste à quel point nous sommes aimés, manifeste avec quelle folie Dieu est amoureux de nous. Dieu est venu nous dire : "Je t'aime !" Je veux ton bonheur, Je veux ta joie. Je veux partager ma joie avec toi. Je ne peux pas être pleinement heureux sans toi. J'ai besoin d'être avec toi et de t'avoir avec moi pour que nous puissions partager cette joie qui est la mienne et qui ne peut exister que si elle est aussi la tienne.

A cause de cela, Dieu vient nous chercher là où nous sommes, dans notre pauvreté. Et au lieu de nous regarder de loin et de haut, au lieu de nous dispenser quelques faveurs, Dieu vient à notre mesure, à notre niveau. Dieu s'est abaissé à notre mesure et à notre niveau. Dieu s'est fait homme, Dieu s'est fait pauvre. Jésus-Christ c'est Dieu qui s'est fait l'un de nous, qui s'est mis à notre portée, à notre niveau. "Jésus n'a pas gardé jalousement le rang qui l'égalait à Dieu, mais Il s'est anéanti Lui-même pour devenir semblable à l'homme et plus encore pour s'humilier jusqu'à la mort de la croix " nous dit aussi saint Paul. C'est toute la logique de l'amour. Dieu s'est abaissé parce que nous étions pauvres. Dieu s'est fait tout petit parce que nous n'avions pas de forces. Dieu est venu au niveau de notre faiblesse, et c'est là qu'Il nous a saisis, c'est là qu'Il nous étreint, c'est là qu'Il nous prend dans ses bras pour nous élever vers Lui, à une grandeur qui n'est pas une grandeur de force ou de vertu mais qui est une grandeur d'amour infini. C'est cela que Dieu veut partager avec nous en nous tenant dans ses bras.

Et pour résumer, voici ce que dit saint Augustin au moment où pécheur et pauvre il commence à découvrir Dieu à travers des philosophes qui lui parlent de Dieu de façon magnifique qui le transportent d'extase et de splendeur mais il se rend compte qu'il n'est pas encore guéri, qu'il n'est pas encore capable de s'approcher de Dieu. Et pourquoi ? "Je cherchais le chemin pour acquérir la vigueur qui me rendrait capable d'être heureux de toi et je ne trouvais pas parce que je n'avais pas embrassé Jésus-Christ. Jésus-Christ, l'humble Jésus, car je n'étais pas assez humble moi-même pour posséder mon Dieu. Et je ne savais pas quel enseignement me donne sa faiblesse, car ton Verbe, égal à toi, Père très bon, s'est bâti une humble demeure avec notre chair, pour faire passer jusqu'à toi ceux qu'Il vient aimer, en les guérissant de leur orgueil, de leur enflure, et en nourrissant leur amour.Et pour que la confiance en eux-mêmes, cette fausse confiance, ne les fasse pas s'écarter davantage de toi, mais que plutôt ils acceptent de devenir faibles, Il leur a donné de voir, à leurs pieds, Dieu Lui-même, affaibli, prenant en partage la faiblesse de notre chair, afin que, harassés, ils se prosternent devant ce Dieu qui s'est mis à leurs pieds, afin que Dieu, se dressant, les ressuscite et les relève."

Dieu s'est mis à nos pieds pour que, harassés, nous puissions nous mettre à genoux avec Lui, afin d'être relevés de notre faiblesse, par la force de son amour. Que ce mystère s'ouvre maintenant pour Rémi. Rémi, dans la faiblesse de son enfance, va être plongé dans le mystère de l'amour de Dieu. Il va ressusciter avec le Christ, remonter vivant de la pauvreté de notre condition humaine, parce que Dieu nous assez aimés pour venir jusqu'à nous.

 

AMEN


 

 

 

 
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