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LES NOUVEAUX MISSIONNAIRES

Is 66, 10-14 ; Ga 6, 14-18 ; Lc 10, 1-12+17-20
Quatorzième dimanche du temps ordinaire – Année C (4 juillet 2010)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC


Un nouveau missionnaire !

 

Frères et sœurs, c'est un évangile extrêmement familier que nous venons d'entendre : la moisson est abondante, les ouvriers peu nombreux, évangile type pour appeler les vocations. Partez sur la route, deux par deux, sans besace, sans biens. C'est un évangile qui est utilisé, j'ai regardé : pour la fête de saint Norbert, pour la fête de saint Luc, pour la fête de saint Trophime, et j'en oublie certainement, de Cyrille et Méthode, missionnaires. A la fin, c'est un peu l'évangile fourre-tout.

Pour revisiter cet évangile avec vous, j'aurais voulu partir de deux petits extraits de cet évangile. Le premier extrait c'est à la fin de la première partie, quand Jésus dit : "Le règne de Dieu est tout proche de vous".  Nous avons l'habitude que le terme de "mission" soit utilisé d'une manière consciente pour expliquer un certain type de relation. La mission, c'est d'une part celui qui ne sait pas et d'autre part, quelqu'un qui sait. Le missionnaire est celui qui apporte quelque chose, le missionnaire est celui qui apporte une nouvelle, et dans l'état actuel des choses, avec l'évangile, le missionnaire est celui qui apporte la bonne nouvelle à quelqu'un qui ne la connaît pas. La relation est très simple, je le répète, d'un côté, il y a celui qui vient avec quelque chose et de l'autre côté, il y a celui qui reçoit tout.

Mais, si on lit attentivement l'évangile que nous venons d'entendre, nous découvrons que la véritable mission c'est exactement l'inverse. En fait, dans cet évangile, il nous est dit que le missionnaire part avec rien. Il part peut-être avec la paix, mais cette paix ne lui appartient même pas, elle appartient à Dieu. Les rapports sont inversés, puisque ce sont les personnes chez qui il va qui nourrissent le missionnaire. C'est cela qui est très intéressant. En sortant de ce débat habituel, on découvre que la véritable mission, c'est de provoquer. Le dénuement dont il est question ce n'est pas pour montrer qu'on est mieux que les autres, qu'on se promène les pieds nus, mais en fait, le dénuement du missionnaire, sert à instaurer un autre type de relation, à renverser la relation avec l'autre. C'est de lui dire : j'ai besoin de toi. Je suis quelqu'un, je suis sur la route, j'arrive, et j'ai besoin de toi.

En fait, d'une manière très paradoxale, pour les deux familles que nous accueillons plus particulièrement en ce jour, la famille de Charlotte, et la famille de Charles, là, vous savez que les missionnaires on les voit un peu âgés, avec la soutane, la barbe blanche, pleins de sagesse. Aujourd'hui, je vous annonce que les missionnaires, c'est Charles et c'est Charlotte. Justement, ils vous font entrer dans une autre dynamique, une dynamique inversée. Ce sont vos enfants qui vous obligent à être missionnaires, à sortir de vous-même, à découvrir les dons qui sont les vôtres pour que vous puissiez vous mettre à leur service, au service de votre famille et de la communauté.

En fait le missionnaire ne se définit pas par ce qu'il apporte, vous l'aurez bien compris maintenant, mais par l'effet qu'il provoque. La véritable mission, elle se voit à la fin quand on voit qu'elle a réussi à provoquer chez l'homme ou chez la femme un élan et que finalement, on réussit à dire : oui, comme je le disais il y a un instant avec le passage que je vous proposais : "le règne de Dieu est tout proche de vous". Le règne de Dieu est tout proche de vous quand d'une manière paradoxale, des hommes sont entrés dans la maison d'autres hommes. C'est ce qui se passe pour vous aujourd'hui. Charlotte et Charles, à la fois par leur naissance physique sont entrés dans votre maison, sont venus vous investir, sont venus chambouler votre vie, et aujourd'hui, Charlotte et Charles investissent la maison de Dieu et viennent ainsi provoquer Dieu et viennent appeler sur eux à la fois la grâce de Dieu et l'attention, la miséricorde et l'amour de la communauté paroissiale qui vous accompagne et vous accueille.

La deuxième chose, c'est la phrase qui est tout à la fin de l'évangile que nous avons entendu. Les apôtres disent, on a réussi, on a tué le serpent, les scorpions, et voilà ce que dit Jésus tout à la fin : "Ne vous réjouissez pas parce que les esprits vous sont soumis, mais réjouissez-vous parce que vos noms sont inscrits dans les cieux". Là aussi on pourrait se tromper en imaginant que la mission c'est la capacité d'une personne à imposer ce qu'il croit ou ce qu'il pense d'une autre personne et même pour les meilleures raisons du monde. Ce que dit Jésus, c'est que la mission n'est pas là pour imposer une autorité, ou un pouvoir, elle est là pour inscrire dans le ciel le nom.

Je voudrais rapidement finir par une petite anecdote que j'ai trouvé délicieuse. Le Frère Daniel et moi, sommes allés le lundi de Pentecôte à Sylvanès, pour célébrer les quarante ans de la Liturgie Chorale du Peuple de Dieu, cette liturgie qu nous chantons tous les jours ici. Avant de repartir, nous sommes montés à la chapelle russe, à 450 mètres du petit monastère du Frère André, nous avons croisé une grand-mère, la maman et une petite fille. La petite fille en voyant André a eu sur son visage un sourire éclatant. André connaît beaucoup de monde et au bout d'un moment on a du mal à se souvenir de tout le monde, André s'est arrêté, et la dame a dit : je travaille à la boulangerie, et la petite vous l'y avez rencontré, etc … En repartant, André nous a dit : en fait, la pastorale, on passe beaucoup de temps à faire des réunions, on passe beaucoup de temps à tirer des plans sur la comète, on passe beaucoup de temps à faire des cadres, des projets, mai la mission, c'est cela. La mission, c'est simplement de rencontrer l'autre et de montrer à l'autre qu'il est capable de nous donner le meilleur de lui-même. J'ai envie de dire, frères et sœurs, que quand j'ai entendu la fin de cet évangile : "Vos noms seront inscrits dans les cieux", pour moi, c'est ce qui s'est passé. Le nom d'André s'est inscrit dans les cieux au moment où cette petite fille l'a croisé, lui a souri. C'était le nom d'André qui était gravé dans les cieux à travers cette petite fille.

Frères et sœurs, que cette célébration et que ces deux baptêmes que nous allons célébrer ensemble soient pour nous l'occasion de mieux découvrir la véritable signification de la mission. La mission a été trop longtemps l'apanage d'un petit groupe de professionnels, comme je le disais tout à l'heure, ces messieurs barbus, habillés tout en blanc, ces jeunes religieuses qui partaient avec une petite valise sans rien dedans. La mission, c'est l'affaire de chaque chrétien. La mission, c'est de découvrir que nous avons à faire surgir dans le cœur de l'autre, le désir de se donner entièrement et de faire sortir les fruits et les qualités qui sont dans le cœur de chacun. La mission et les missionnaires nous les accueillons et nous allons les baptiser dans quelques minutes, c'est Charlotte et Charles.

 

 

AMEN