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LES ACTRICES DE LA MÉTÉO

Is 55, 10-11

(14 juillet 2002???)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

 

Servoz : nature ouatée 

C

'est vrai que la nature n'en finit pas de nous éblouir par ses beautés, par le soleil, les montagnes, les arbres, la pluie, la tempête, la neige. C'est vrai aussi que nous sommes attirés par les éléments les plus visibles. Je dirais que pour la météo, les actrices principales de la nature sont surtout la pluie, la neige, et surtout pour nous, le soleil. Pour Isaïe, c'est la neige et la pluie qui sont les éléments qui fécondent le plus. C'est vrai qu'en entendant le texte d'Isaïe, on a l'impression d'avoir un cours de météo, qui nous explique comment la pluie est recyclée, elle descend du ciel, pénètre la terre, féconde et puis remonte. C'est vrai aussi que nous avons tendance à nous attacher justement à ces éléments extérieurs, parce que nous sommes certainement plus sensibles à cette pluie qui coule sur nos têtes, à cette pluie qui change complètement notre paysage, à cette neige aussi, qui lorsqu'elle tombe nous bouche l'horizon et donne une atmosphère un peu ouatée dans ce silence dont on n'a pas tellement l'habitude. 

       On oublie une autre actrice, beaucoup plus discrète, beaucoup plus secrète qui est la terre. La terre, on y marche dessus et l'on ne sait pas toujours ce qui se passe en dessous. En lisant ce texte d'Isaïe je ne pouvais pas m'empêcher de penser à certains zoos, ou des jardins botaniques qui, par exemple pour mieux expliquer la vie des fourmis, donnent la possibilité dans une cage de verre d'observer toutes les petites galeries et la vie intérieure de la terre. Je trouve cela absolument fascinant, de découvrir un monde enfoui, un monde que nous connaissons très peu et auquel nous ne sommes pas habitués, qui ne nous est pas familier, et de pouvoir le découvrir et de comprendre son fonctionnement. 

       Dans l'ordre de notre cœur, je pense que celui-ci est très proche de l'humus de la terre. Nous vivons de multiples expériences, heureuses ou moins heureuses dans notre vie, qui semblent nous tomber sur la tête comme un orage imprévu, nous surprendre, nous laissant pantois, ne sachant pas comment réagir, cherchant vite une porte cochère pour nous protéger. De même pour la neige et pour d'autres réalités naturelles. Ces évènements nous pénètrent, quelquefois, nous n'en laissons rien voir aux autres, nous les enfouissons dans notre cœur, nous n'en parlons pas, nous les gardons secrets, et comme les petites fourmis, ces expériences et ces évènements nous travaillent, creusent des galeries profondément, vont peut-être chercher des graines à certains endroits, des petits morceaux de bois, des choses qui ont pourri et dont on ne sait ce qu'on va en faire, et les choses poursuivent leur cours, parfois au long d'un hiver très rude qui nous paraît sans fin et dont on aimerait qu'il finisse et qu'enfin le printemps arrive. 

       Il faut alors dans notre cœur, accepter ce travail, beaucoup plus en profondeur, discret et humble, moins médiatique que la neige, le soleil, ou certains rêves héroïques que nous aimerions vivre. Mais, enfin, accepter de rendre à Dieu, aux hommes, tout ce que nous reçu. C'est vrai que c'est plus discret, que cela se voit moins, mais personnellement, je trouve bien plus de goût et de bonheur de respirer le parfum de cette eau qui part en fumée, très discrète du sol pour remonter vers le ciel. Je crois que c'est cela que nous avons à offrir en premier à Dieu. Non pas des grandes choses qui vont défrayer la chronique, mais au contraire laisser les choses se faire en nous, les laisser mûrir, accepter ce mûrissement, et accepter aussi que notre terre, que notre cœur s'ouvre pour laisser échapper ce qui s'est construit en nous. Non pas en réaction égoïste qui se dit qu'il faut garder tout ce travail pour soi, tel un jardin secret, et qu'on n'en dira jamais rien (c'est vrai qu'il ne faut pas toujours tout dire), mais certainement accepter de laisser s'échapper de temps en temps, comme cela, un peu d'eau qui part en fumée, qui monte vers le ciel, qui est très agréable à Dieu et à ceux qui nous entourent. 

       Justement en ce jour où le ciel rencontre la terre, en ce jour où l'eau rencontre la terre (il pleut !), acceptons de recevoir cette eau, acceptons de nous en laisser pétrir, de la recevoir dans notre cœur, surtout à travers le don que Dieu nous fait du corps et du sang de son Christ, pour que nous sachions par la suite dans un sacrifice pas aussi parfait que celui du Christ, mais dans un sacrifice chrétien, accepter de laisser repartir dans le monde, dans l'univers auprès de nos frères, auprès de Dieu, toute cette eau pour qu'elle remonte auprès de Dieu. 

 

       AMEN 

 

 
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