Imprimer

 LE BAPTÊME, SOURCE DE TOUTE VOCATION

Am 7, 12-15 ; Ep 1, 3-14 ; Mc 6, 7-13
Quinzième dimanche du temps ordinaire – Année B (12 juillet 2009)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Frères et sœurs, les textes que la liturgie nous propose nous parlent tous de vocation. Vocation vient d'un mot latin qui veut dire "appelés". La vocation, c'est un appel. Nous venons d'entendre l'évangile, il y est écrit : "Jésus appela les douze et les envoya pour prêcher". Il appelle les douze et se met à les envoyer. Ce groupe des douze, quelques pages auparavant, l'évangile nous a montré leur constitution : "Jésus gravit la montagne et appela à lui ceux qu'il voulait". Par conséquent, l'appel, la vocation c'est une initiative de Dieu à laquelle nous n'avons aucun droit, aucun mérite, nous ne sommes en aucune manière  propriétaires des qualités voulues pour la vocation.

       Dans le texte du prophète Amos, cela apparaît de façon tout à fait claire. Quand Amazias veut renvoyer Amos pour qu'il prêche à Jérusalem plutôt que dans le sanctuaire de Béthel, qui est alors celui du roi d'Israël déjà séparé du roi de Juda, il dit : "Va-t-en, voyant, fuis au pays de Juda mange ton pain là-bas et là-bas prophétise. Mais à Béthel cesse désormais de prophétiser". Amos répond : "Je ne suis pas prophète, je n'étais pas prophète, je ne suis pas un fils de prophète. J'étais bouvier et je cultivais les sycomores, mais le Seigneur m'a pris derrière le troupeau et il m'a dit : va prophétise à mon peuple Israël". Il est clair qu'Amos n'a pas choisi la vocation de prophète, il ne s'est pas senti capable d'être prophète, Dieu l'a pris au milieu de ses sycomores, Dieu l'a pris derrière son troupeau, et il l'a envoyé gratuitement pour prêcher.

       Nous avons d'ailleurs une scène semblable dans le livre de Jérémie car Dieu appelle Jérémie pour qu'il soit son prophète, mais Jérémie refuse cet appel de Dieu : "Ah ! vraiment Seigneur je ne sais pas parler, je ne suis qu'un enfant. Mais le Seigneur lui dit : ne dis pas "je suis un enfant", car tu iras vers ceux à qui je t'enverrai et tout ce que je t'ordonnerai, tu le diras". Jérémie aura une vocation prophétique terrifiante, puisque c'est le moment où Juda va être envoyé en exil et il ne cesse d'annoncer malheur sur malheur, défaite sur défaite, captivité sur captivité. Devant cette charge qu'il reçoit, Jérémie voudrait cesser : "Je suis la fable de tout le monde, un prétexte continuel à opposition. Chaque fois que j'ai à parler, je dois crier et proclamer violence et dévastation. La parole du Seigneur est pour moi source d'opprobre et de moquerie tout le jour. Je me disais, je ne penserai plus à Lui, je ne parlerai plus". Mais voilà que le Seigneur reprend l'initiative : "Je ne parlerai plus en son nom, mais c'était en mon cœur comme un feu dévorant enfermé dans mes os. Je m'épuisais à le contenir mais je n'ai pas pu".

       Voilà donc une première découverte concernant la vocation que nous offrent les textes d'aujourd'hui : elle vient de Dieu seul, nous n'en avons pas l'initiative, ce n'est pas nous qui choisissons et décidons, ce n'est pas une voix intérieure qui nous conduit à telle ou telle vocation, seul le Seigneur est le maître de la vocation.

        Nous pouvons aller plus loin en écoutant avec attention le texte de saint Paul. Au milieu de cette hymne qui commence l'épître aux Éphésiens, saint Paul va nous parler de façon très profonde de notre vocation. "Béni soit le Dieu et Père de Notre Seigneur Jésus-Christ qui nous a bénis par toutes sortes de bénédictions spirituelles dans le Christ. Il nous a élus, il nous a choisis, il nous a appelés, il nous a élus dès avant la fondation du monde". Avant la création du monde, avant même que nous existions, avant que nous ayons telle ou telle qualité, Dieu nous a choisis. Nous sommes appelés et remarquez-le, ceci s'adresse à la communauté tout entière, il ne s'agit plus d'un prophète comme Jérémie ou Amos, il ne s'agit plus des douze comme dans l'évangile, il s'agit de tous les chrétiens. Le Père nous a élus dans le Christ dès avant la fondation du monde. Et pourquoi nous a-t-il élus ? Pourquoi nous a-t-il choisis ? "Déterminant d'avance que nous serions pour lui des fils adoptifs dans le Christ Jésus". Voilà la vocation fondamentale qui est à la racine de notre vie spirituelle, de notre vie chrétienne, c'est que Dieu nous a appelés à être ses fils, à devenir ses enfants.

        Cette vocation fondamentale, bien antérieure à toute vocation prophétique, toute vocation apostolique, toute vocation sacerdotale, c'est la vocation baptismale. Le baptême est le cœur et le centre de notre vie et Dieu a pris l'initiative de faire de nous ses enfants, comme Jésus est son Fils, de nous faire entrer dans le mystère de la filiation de Jésus à partir du jaillissement d'amour du cœur du Père, Dieu a pris cette initiative avant que nous existions, avant que le monde existe. Depuis toujours, c'est le secret de son cœur. C'est le vrai sens du mot "prédestination", qu'on utilise quelquefois à tort pour essayer de dire que Dieu choisirait d'envoyer les uns au ciel et les autres en enfer. Il ne s'agit pas de cela. La prédestination, c'est ce choix de Dieu qui veut que nous soyons ses enfants, ses fils. C'est nous ensuite qui pouvons annuler cette prédestination divine si nous refusons le dessein de Dieu mais Dieu de toute éternité a voulu cela pour chacun de nous.

        Nous sommes donc tous appelés. Tout appel particulier, comme l'appel prophétique d'Amos ou de Jérémie ou des autres prophètes, tout appel particulier comme l'appel apostolique adressé par Jésus aux douze qu'il envoie pour prêcher la Bonne  Nouvelle, tout appel particulier que nous pouvons recevoir, que ce soit la vocation du mariage, ou la vocation du sacerdoce, ou la vocation monastique, tout appel particulier se greffe sur l'appel baptismal. C'est parce que Dieu nous veut ses enfants qu'il va ensuite nous confier  telle ou telle mission.

       Vous le voyez, ce n'est pas notre sentiment, ce n'est pas notre désir, notre inclination, ce n'est pas notre envie qui nous donne vocation à ceci ou cela mais c'est l'appel de Dieu, un appel gratuit. Cet appel nous l'entendons soit par nos frères qui nous entourent, soit dans le secret de la prière, soit par l'Église elle-même. Cet appel, il nous prend pour une mission donnée, qui est fondamentalement la mission d'enfant de Dieu, la mission baptismale, la mission de fils dans le Fils.

      Sentons-nous tous appelés, nous ne sommes pas simplement des chrétiens à l'intérieur d'une foule, d'une masse dont se détacheraient seulement quelques ministres. Nous sommes tous appelés, l'appel s'adresse à chacun d'entre nous. Ce n'est pas d'abord un appel pour faire ceci ou cela, c'est d'abord un appel pour entrer dans le dessein de Dieu, pour réaliser en nous et par nous, ce dessein d'amour que Dieu a manifesté en nous créant et ceci dès avant la création du monde.

       Frères et sœurs, laissons-nous pénétrer par cet appel qui s'adresse à chacun d'entre nous, laissons-nous envahir par cet appel qu'il nous plaise ou pas, là n'est pas la question. C'est le désir de Dieu, c'est la volonté de Dieu qui compte. Laissons-nous interroger au plus profond de nous-mêmes.

 

      AMEN