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 ÉGLISE SAINTE

Am 7, 12-15 ; Ep 1, 3-14 ; Mc 6, 7-13

(14 juillet 1985???)

Homélie du Frère Michel MORIN

Sinaï montagne sainte

A

 

vant-hier matin, avec une quinzaine de jeunes de la paroisse, je gravissais au soleil levant le pic Carlitte qui domine les Pyrénées Orientales de ses quelques 3000 mètres. Le temps était absolument merveilleux, calme, paisible et nous circulions de lac en lac, de bois en bois, de vallée en vallée. Les massifs de rhododendrons en fleurs se succédaient donnant aux couleurs vertes des prairies cette nuance mauve qui est celle de l'espérance. Et en gravissant ce pic, je pensais, je méditais sur la sainteté de l'Église,"l'Église sainte, bâtie sur la montagne, la Jérusalem Nouvelle qui a ses assises dans les cieux." Et, en arrivant au sommet, nous avons découvert dans un éblouissement de lumière et de beauté un paysage magnifique puisque sur 360° d'horizon il y avait une pureté de lignes, une pureté d'atmosphère, une beauté extraordinaire. Pas un nuage, pas un bruit, le silence ce silence plein, cette lumière qui vient du ciel. Oui, je pensais à l'Église sainte.

Nous affirmons chaque dimanche : "Je crois en l'Église sainte", mais il nous faudrait peut-être méditer un instant sur cette sainteté de l'Église, et vue non pas du fond de la vallée qui est un fond de vallée rocailleux, difficile, parfois ardu, pas toujours cultivable, ce fond de vallée où nous, les humains, nous vaquons tout au long de notre vie, ce fond de vallée qui est fait de beauté mais qui est aussi fait de nos limites de notre péché, de nos ténèbres. Et la sainteté de l'Église, ce n'est pas d'abord notre sainteté à nous qui est mélangée de péché et de mal. La sainteté de l'Église, ce n'est pas non plus ou pas d'abord son avenir lorsqu'elle sera entièrement construite sur la montagne de Dieu, baignée de sa lumière, à la fin des temps, Jérusalem nouvelle, dans laquelle entreront pour se rassembler tous les hommes qui, difficilement mais vaillamment, grimpent sur cette montagne que Dieu nous a préparée. La sainteté de l'Église, elle est non pas d'abord dans l'aujourd'hui, non plus et essentiellement dans le demain, la sainteté de l'Église, elle est avant tout dans le cœur de Dieu.

Et ce cœur de Dieu, le passage de l'épître aux Ephésiens que nous avons lu tout à l'heure, nous le fait découvrir comme étant le cœur de la Trinité. "Depuis toujours le Père nous a bénis dans le Christ". Dans ce Christ, nous avons été choisis, nous avons et aimés, nous avons été "comblés de toutes sortes de bénédictions" spirituelles. Dans le cœur de la Trinité, déjà, le Père nous destinait, destinait l'Église à être l'Épouse de son Fils, destinait l'Église à être le corps de son Fils qui en est la tête. Dans le cœur de la Trinité, déjà l'Esprit donnait cette croissance, achevait cette perfection de ce que devait être l'Église à la fin des temps. Oui, avant que l'Église n'existe dans la chair, dans notre chair, sur notre terre, elle a préexisté dans le cœur de Dieu, dans le dessein de Dieu, dans l'amour de Dieu. Avant que l'Église ne demeure dans le temps et sur la terre, elle demeure depuis toujours dans l'amour même de la Trinité La Trinité est la demeure de l'Église. Cette Trinité est sainte, et c'est de la sainteté de la Trinité que vient la sainteté de l'Église que nous sommes, la sainteté de l'Église de tous les temps, la sainteté de l'Église de tous les lieux, la sainteté de l'Église dans tous ses membres. Nous avons été choisis, aimés dans le Christ. Lorsque le Père, avant l'Incarnation, aimait son Fils, Il aimait tous les frères de son Fils, Lui qui devait être le premier-né d'une multitude de frères. Lorsque le Père contemplait dans son Fils l'Époux, Il contemplait déjà l'Épouse, car là où est l'Époux, là est l'Épouse. Lorsque le Père contemplait dans son Fils celui qui allait devenir chef, celui qui allait être la tête d'un monde nouveau, Il contemplait et Il aimait le corps de ce monde nouveau, car là où il y a la tête, là aussi est le corps.

Ainsi, dans ce mystère profond de l'amour trinitaire du Père et du Fils, dans cette communion de l'Esprit Saint, depuis toute éternité, jaillit la sainteté de l'Église, avant même qu'elle ne prenne chair. Et a d'abord pris chair dans le Christ Jésus, l'Époux de l'Église, la tête de l'Église," le Premier-né d'entre les morts". Puis, elle prend chair désormais, en chacun d'entre nous et dans la communauté chrétienne qui se rassemble pour célébrer ce mystère de la bénédiction de l'Église, de l'humanité nouvelle dans le cœur de la vie trinitaire. Il faut comprendre ce que nous sommes à partir de mystère même de Dieu et non pas d'abord à partir des conditions ou des conditionnements terrestres, socioculturels ou autres de l'Église d'aujourd'hui. Avant de saisir son apparen ce, il faut aimer son mystère. Et le mystère de l'Église est en connexion profonde, essentielle, primordiale, éternelle, avec le mystère même de la Trinité. Depuis toujours, nous existons, chacun personnellement et tous ensemble, dans l'amour trinitaire. Depuis toujours nous avons été comblés de bénédictions. Et cette Église spirituelle, cette Église d'avant l'Église, nous en sommes maintenant la chair, nous en sommes maintenant l'incarnation, nous en sommes maintenant le corps. Nous sommes cette construction que Dieu bâtit sur le sommet de la montagne.

Et lorsque nous arrivons au sommet d'une montagne, à ce moment-là, nous avons l'impression de voir comme Dieu. En bas, nous avons un regard limité à ce qui existe proche de nous, mais au fur et à mesure qu'on prend de l'altitude notre regard s'étend, notre regard englobe tout depuis un horizon jusqu'à l'autre. Et si chaque chose prend sa place, ce n'est pas pour disparaître, c'est pour servir la complémentarité du paysage d'un endroit à un autre et surtout de son étendue. Depuis toujours, Dieu contemple cette Église, cette Église de la plaine, cette Église des sentiers rocailleux, cette Église des hommes assoiffés, cette Église de ceux qui marchent, cette caravane qui s'avance dans la montagne, dans la plaine ou dans les vallées. Dieu contemple cela depuis toujours et Il s'en réjouit car nous sommes fils de sa bénédiction, de sa contemplation et de son amour. Regarder l'Église en altitude, au-delà des circonstances immédiates de sa vie, c'est en retrouver la profondeur et l'intériorité. C'est retrouver que, avant d'exister socialement, nous existons spirituellement, et d'une existence beaucoup plus réelle, car elle ne passe pas, celle-là, puisqu'elle tient au cœur et à la réalité éternelle de Dieu.

Je vous invite à reprendre ces premiers versets du chapitre un de l'épître aux Ephésiens, pour que vous puissiez saisir le mystère de ce que vous êtes, l'Église non pas d'abord de votre point de vue, non pas d'abord du point de vue de ce qu'on en dit, mais du point de vue du cœur de Dieu, du mystère de l'amour de Dieu qui contemple le Christ, Époux de l'Église, tête de l'Église, dans la force de cet Esprit qui est le premier don fait aux hommes pour que cette Église constitue, aujourd'hui, le corps réel du Christ, l'incarnation de ce mystère de bénédiction donnée aux hommes depuis toute éternité. Oui, en ces temps où quelques groupes d'agités voudraient réduire l'Église à un mouvement d'évolution sociologique, à une sorte d'organisation de choses religieuses sur la terre, nous avons le devoir express, pour comprendre les va-et-vient de l'Église, les allées et venues de l'humanité nouvelle sur la terre, pour bien en saisir le sens, il nous faut prendre de l'altitude, c'est-à-dire de la profondeur, c'est la même chose, c'est la même dimension. Ne restons pas à la surface des évènements, ne restons pas à la surface de nos sentiments sur l'Église, mais essayons d'en retrouver le sens profond qui ne vient pas de nous, qui ne vient pas de ce que nous en pensons, qui ne vient pas de ce que nous en avons appris, qui ne vient pas de ce que nous voudrions qu'elle soit, mais qui vient du mystère même qui est inscrit depuis toujours dans le cœur de la Trinité.

En dehors de cette perspective-là, nous nous réduisons à une sorte de groupe socio-religieux qui n'est plus l'incarnation de ce mystère éternel pour les hommes d'aujourd'hui. Relisez ce texte, méditez-le, contemplez du haut du mystère de Dieu dans lequel nous sommes au centre, car si nous sommes l'Église qui est au cœur du mystère de Dieu, c'est que nous sommes au cœur du mystère de Dieu, et c'est de ce cœur-là, de cette profondeur, de cette altitude qu'il nous faut retrouver ce sens profond de ce que nous sommes vraiment : "comblés de bénédictions depuis toujours, destinés à être le corps du Christ, dans la force de l'Esprit Saint." Nous sommes bien là au cœur de la vie trinitaire. Nous existions depuis toujours au cœur de la Trinité et dans l'Église, aujourd'hui, la Trinité demeure, car nous sommes comblés par le Père, car nous sommes l'Épouse du Fils et nous sommes dans la mouvance de l'Esprit Saint. Et il n'y a pas d'Église catholique sans le mystère de la Trinité. Il n'y a pas d'Église catholique et universelle il n'y a pas d'Église sainte et apostolique en dehors de ce mystère-là qui est un mystère qui a précédé toute la création. Et les Pères de l'Église l'ont toujours cru, les Pères de l'Église l'ont prêché. Je vous cite à témoin ces quelques lignes d'Origène. "Ne croyez pas que l'Épouse ou l'Église n'existe que depuis la venue du Sauveur dans la chair. Elle existe depuis le commencement du genre humain et même depuis la création du monde, même, je prends ici saint Paul comme garant, dès avant la création du monde, car l'apôtre a dit : "Il nous a bénis, par toutes sortes de bénédiction spirituelles aux cieux, dans le Christ, c'est ainsi qu'Il nous a élus en Lui, dès avant la création du monde, pour être saints et immaculés en sa présence, dans l'amour."

Que cette eucharistie, célébration de l'action de grâces, célébration de la bénédiction éternelle de Dieu pour nous, nous fasse entrer plus profondément dans le mystère de cette Église, dans le mystère que nous sommes nous-mêmes, que nous formons, Église demeure de la Trinité, Église qui est pour le monde d'aujourd'hui demeure de la Trinité, manifestation de la Trinité, don que le Père ne cesse de faire à tous les hommes afin que se construise, sur sa montagne, dans sa lumière, la Jérusalem nouvelle, la Jérusalem céleste, la Jérusalem éternelle où tous les hommes se rassembleront pour être comblés de l'amour de Dieu dans le cœur même de la vie trinitaire.

 

AMEN

 

 

 
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