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N'AYEZ NI BOURSE, NI SAC

Am 7, 12-15 ; Ep 1, 3-14 ; Mc 6, 7-13
Quinzième dimanche du temps ordinaire – Année B (15 juillet 1979)
Homélie du Frère Jean-Miguel GARRIGUES


Eux ne sèment ni ne moissonnent …

L'homme qui réfléchit à son origine et à celle de notre monde porte en lui inconsciemment ce besoin de la paternité d'un être qui, après avoir lancé la vie ne peut s'en désintéresser, et celui d'un monde soutenu par Celui-là même qui en est l'initiateur. Et souvent la connaissance obscure d'un Dieu créateur, d'une intelligence créatrice de ce monde porte en filigrane le souhait secret que cette intelligence créatrice ne soit pas seulement un grand architecte lointain et indifférent mais qu'il ait un cœur de providence de bonté et d'amour paternel. Or c'est justement cette espérance qui semble à tout homme trop belle pour être vraie. Devant cette espérance, tout homme recule. Il n'ose pas en désirer autant, tellement c'est, au fond, le secret, le désir secret qu'il porte dans son cœur.

Et par rapport à cela nous nous trouvons vraiment missionnaires de paix, n'ayant que notre propre pauvreté. Car, annoncer que Dieu est Père, c'est nous reconnaître comme des créatures impuissantes et comme des serviteurs inutiles. Annoncer que Dieu est Père c'est reconnaître que c'est Lui qui mène son Royaume, que c'est Lui le maître de la vigne, le maître de la maison et que nous n'en sommes que les serviteurs. En cela les recommandations que Jésus donne à ses disciples qu'Il envoie en mission ont une valeur permanente, car elles nous rappellent que c'est justement en nous montrant pauvres devant Dieu, en manifestant que nous ne sommes rien par nous-mêmes, en proclamant que, quels que soient les moyens humains de l'existence de l'Église et de sa mission sur la terre, elle ne tiendrait pas un jour, un seul jour, sans le soutien permanent de la main paternelle. Et c'est justement à ce moment-là que les hommes croient, que vraiment il y a plus que de l'humain, que nous témoignons de quelque chose qui nous dépasse. Et c'est justement en montrant à quel point cela nous dépasse qu'il y a quelque chance que l'on puisse croire que cela existe vraiment.

Bien sûr l'Église a sans cesse à utiliser, et chacun d'entre nous aussi, les moyens qui sont à sa disposition, mais en laissant toujours percevoir l'infinie distance entre ces moyens qui sont humains et comme tels frappés irrésistiblement de fragilité, et la toute-puissance de Dieu qui, même quand elle agit à travers des moyens très faibles n'en triomphe que d'une manière plus éclatante. Nous tous, nous sommes l'Église et chacun pour sa part et tous ensemble envoyés en mission. Ce que le Christ nous demande aujourd'hui c'est d'oser proclamer à la face du monde le message de paix que tout homme attend obscurément dans le secret de son cœur. A savoir que l'humanité n'est pas abandonnée à son triste sort, que Dieu est Père, que ce monde n'est pas simplement une mécanique de hasard, un kaléidoscope tournant d'une manière imprévisible, que même si nous ne comprenons pas et ne pouvons pas comprendre le sens de l'histoire, Dieu, Lui, dans sa sagesse, nous mène à son Royaume et nous prépare "ce que l'œil n'a pas vu, ce que l'oreille n'a pas entendu" ce que son amour a préparé pour tous ceux qu'Il aime.

Devant cela, que valent nos bourses, nos bâtons et nos tuniques ? Le Christ nous l'a dit et répété : les hommes croiront qu'il y a vraiment une providence si nous osons vraiment nous réclamer de notre Père du ciel. Je voudrais vous laisser en image cette histoire de Saint François, au début de sa conversion. Son père refusait sa conversion et l'a traîné devant l'évêque d'Assise pour lui réclamer tout ce qu'il lui devait. Il lui a dit devant l'évêque : "Qu'as-tu qui soit à toi ? Rends-moi tout ce que tu as puisque je suis ton père et que je t'ai donné tout ce que tu as !" Alors, dans un geste audacieux, saint François se déshabilla et il se mit tout nu au point que l'évêque le couvrit de sa chape. Puis il dit : "Désormais je ne suis plus simplement le fils de Pierre Bernardone, je suis le fils de Notre Père qui est aux cieux !" Toute la vocation et son message de pauvreté doit directement être référée à cette reconnaissance du Père des cieux, celui qui habille les lis des champs qui ne filent pas des couleurs les plus éclatantes, celui qui prend soin des oiseaux du ciel.

La pauvreté à laquelle Jésus nous invite, quels que soient les moyens dont nous disposons, est là pour manifester au monde une richesse bien plus grande que toutes les richesses dont il peut user et tirer plaisir pour lui. C'est la richesse de n'être pas abandonné Il faut avoir touché la solitude le dénuement, la pauvreté pour découvrir la gratuité du Père qui est dans les cieux. C'est pour cela que c'est uniquement dans ce que nous avons de plus faible, de plus pauvre, de plus démuni que nous pouvons manifester au monde le visage de notre Père des cieux qui prend soin de ses enfants.

Prenons garde que si nous mettons trop notre confiance dans nos moyens humains, Dieu ne soit plus qu'une théorie générale et abstraite de notre comportement, de notre morale ou pire encore une simple idéologie. Dieu, le Dieu vivant, le Dieu Père est cet Etre infiniment personnel, plus personnel qu'aucune de nos personnes, devant la face duquel nous nous tenons. Et devant Dieu, nous sommes toujours nus, toujours sans besace, sans bourse. Nus nous sommes nés sur cette terre et nus nous repartirons. C'est cela que le monde attend des chrétiens : que nous vivions en osant miser sur Dieu pour montrer, comme le disait sainte Thérèse d'Avila, que "Dieu seul suffit !" que donc Il existe, que donc Il intervient dans nos vies, que donc nous ne sommes plus seuls, car nous avons un Père et que ce Père nous a été donné, pour toujours, en Notre Seigneur Jésus-Christ qui, dès maintenant, nous a ouvert l'accès à la miséricorde de Dieu.

Que cette eucharistie soit notre pain quotidien, le seul pain vraiment substantiel, celui qui nous donne de nous identifier au Christ et d'être enfant de Dieu, le seul pain qui nous donne la force d'être des enfants de Dieu et d'en témoigner devant les hommes.

 

AMEN

 
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