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LE SEMEUR SORTIT POUR SEMER

Is 55, 10-11 ; Rm 8, 18-23 ; Mt 13, 1-23
Quinzième dimanche du temps ordinaire – Année A (15 juillet 1984)
Homélie du Frère Michel MORIN

Je crois que le Semeur est vraiment sorti pour semer sa semence. Je crois que Dieu s'est vraiment manifesté à l'homme et qu'Il a déposé dans son cœur, la semence de sa parole éternelle. Je crois que la Parole de Dieu est un acte de Dieu, non pas un acte passager, limité, non pas un acte qui serait simplement une activité de Dieu, mais je crois que la Parole de Dieu est l'acte de toute sa personne, dans lequel Il s'engage totalement pour se faire connaître totalement à tous les hommes de toute la terre. Je crois que Dieu a manifesté le plus profond de son cœur en s'adressant aux hommes, qu'Il a laissé s'élancer, du plus profond de son être, ce que Lui-même est depuis toujours et pour toujours.

Je crois que dans cet acte de la Parole de Dieu, Il s'est manifesté tout entier, qu'Il n'a qu'une seule parole, qu'elle est première, qu'elle est dernière et qu'elle est définitive. Je crois que cette Parole de Dieu qui est un acte de Lui, est un acte d'amour pour nous. Un acte d'amour par lequel Il veut établir, entre son cœur et le cœur des hommes, un dialogue incessant dont sa Parole est le tissu profond. Dieu a parlé, Dieu a créé, car sa Parole est efficace et elle ne remonte pas au ciel sans avoir accompli son désir et de volonté.

Je crois que sa Parole, qui a créé le monde, s'est adressée, depuis le début des temps, au cœur de l'homme, qu'Il a parlé au cœur d'Adam, qu'Il a appelé le cœur d'Abraham, qu'Il a dit son Nom à celui de Moïse à qui Il a révélé sa gloire, qu'Il a versé sur la tête du roi David l'onction de l'Esprit Saint. Je crois que la Parole de Dieu s'est adressée au cœur des Sages pour leur faire connaître la droiture de sa volonté, et au cœur des prophètes pour appeler son peuple à l'incessante conversion, lui qui ne cessait de vivre dans l'infidélité. Mais je crois aussi que la Parole de Dieu sa Parole éternelle, sa Parole créatrice, sa Parole personnelle, sa Parole amoureuse s'est faite chair et que cette Parole, dans la chair de Jésus-Christ, a demeuré et demeure toujours parmi nous.

Oui, frères et sœurs, la Parole de Dieu est semence et le semeur qui est Dieu est sorti pour semer sa semence dans l'histoire de notre humanité. Le Christ est Parole de Dieu faite chair. Le Christ est homme et Il est Dieu. Il est cette personne unique, à l'intérieur de laquelle se noue, de façon mystérieuse et parfaite, le dialogue entre la Parole de Dieu qui s'adresse à un homme et la parole de l'homme, et le désir de l'homme qui cherche son Dieu. Dans le cœur de Jésus-Christ, Dieu fait homme, s'est instaurée la fécondité maximum, le cent pour cent de fruit, entre la Parole de Dieu qui est semence et la terre qui reçoit cette semence et qui doit en donner du fruit. La chair de Jésus-Christ, c'est l'incarnation, pour nous, de cet acte personnel de Dieu qui parle et qui crée, mais la chair de Jésus-Christ c'est notre chair humaine, c'est notre terre charnelle qui reçoit, au plus profond de son sillon, au plus profond de son cœur, cette semence éternelle afin qu'elle en soit fécondée et qu'elle en porte des fruits pour la vie du Royaume.

Jésus-Christ, la Parole éternelle de Dieu, est tombé dans la terre. Le grain de blé est mort, et parce qu'il est mort dans une bonne terre qui est celle de l'Église, il a donné un fruit merveilleux qui est la grâce qu'Il ne cesse de nous donner à nous, son Église. La bonne terre, celle qui donne selon le cœur de chacun trente, soixante pour un, c'est la terre de l'humanité sur laquelle ne cesse de ruisseler l'abondance de la grâce de Dieu, l'incarnation incessante de sa Parole, de son amour, de son appel, de son pardon et de sa tendresse. Oui, je crois que dans la chair de Jésus-Christ, la Parole éternelle de Dieu a été semée dans notre terre, et que désormais notre terre humaine, notre cœur porte du fruit, malgré les pierres, malgré les épines, malgré les ronces, malgré l'ivraie, car Lui seul est juge de la fructification, Lui seul est juge de la germination et de la mort, Lui seul est juge de la moisson, car Lui seul viendra moissonner, à la fin des temps, mais pour l'instant, Il laisse tout grandir, dans l'espérance que tout parviendra à donner des fruits.

Frères et sœurs, cet évangile du Semeur, c'est l'histoire de la façon dont Dieu agit pour nous, dans la discrétion des semailles, dans l'absence apparente de fruits, dans cette terre qui est nue, qui s'est dénudée de toute fausse consolation, qui s'est dénudée de toute fausse connaissance, qui ne cherche pas à cultiver des plantes qui ne durent qu'une jour et qui souvent ne portent qu'un fruit amer ou en tout cas qui ne nourrit pas ceux qui le consomment. L'Église est cette terre qui a accepté de s'appauvrir de tous les biens de ce monde, biens utiles parfois mais toujours passagers, pour se laisser ensemencer dans la lumière de Dieu, par la parole de Jésus-Christ faite chair en nous.

Frères et sœurs, cette Parole nous la recevons et je crois que nous la recevons peut-être plus que nous ne le savons, parce que nous ne savons pas quand la terre est ensemencée, nous ne voyons pas quand le grain de blé est en train de mourir pour germer et porter du fruit, car l'herbe qui pousse, les fleurs qui s'épanouissent et les fruits qui sont donnés ne sont pas pour ce monde et ne tombent pas sous les analyses de ce monde. C'est Jésus-Christ Lui-même qui porte ce regard sur notre terre et sur notre cœur et qui y fait jaillir, Lui-même, dans sa lumière et dans sa chaleur, tous les fruits qu'Il en attend, tous les fruits qu'Il y a déposés. Oui, je crois que la Parole de Dieu aujourd'hui est en germination et en fructification profonde dans le cœur de l'Église. Mais pour cela il faut qu'ensemble nous puissions ouvrir nos yeux pour adorer cette oeuvre de Dieu en nous, pour adorer cette Parole de Dieu dans une attitude profonde de foi, qui ne se contente pas uniquement de ce qu'elle voit ou de ce qu'elle sait, ou de ce qu'elle désire pour l'Église, mais qui cherche à connaître le plus profond de son mystère, son enracinement dans le cœur même de Dieu, puisque c'est de là que jaillit sa Parole éternelle pour venir vers nous. Mais je crois aussi qu'il faut que nous puissions ouvrir nos oreilles : "Bienheureuses les oreilles qui sont ouvertes et qui entendent !" qu'il faut ouvrir nos yeux : "Bienheureux ceux qui voient et qui comprennent ce qu'ils voient !" dans un regard d'adoration, dans un regard d'obéissance à cette Parole de Dieu qui agit en nous, dans votre cœur, pour porter du fruit.

Cette parabole du semeur, en définitive, est un appel à reconnaître que la Parole de Dieu est en nous, que son Royaume fructifie et que déjà nous en sommes nourris par ses fruits. Car le fruit de la moisson c'est le pain et le Christ est venu nous donner le pain de son corps, ce corps qui, comme un grain est mort dans la terre et qui, comme un arbre qui porte du fruit, est ressuscité au matin de Pâques. C'est vrai qu'Il est peut-être dans l'histoire la plus petite graine, ce Royaume qui n'est pas visible, ce royaume qui est imperceptible, et pourtant, il est destiné, dès aujourd'hui, à grandir et à devenir cet arbre immense, sous l'ombrage duquel tous les hommes assoiffés de fraîcheur et de nourriture pourront venir se réconforter, se consoler et se restaurer.

Nous allons recevoir, aujourd'hui, le cent pour cent de la fécondité de la Parole de Dieu faite chair en Jésus-Christ, le pain livré pour nous, le pain de son corps mort et ressuscité, le vin de son sang qui a été pressé au pressoir de la croix pour jaillir de son cœur transpercé et nous enivrer. Oui, c'est cela qu'il faut croire, à travers cette parabole, que le cent pour cent nous est donné, que le corps du Christ, que ce froment, que ce levain dans notre pâte nous est donné, que ce vin nouveau, qui nous enivre et qui nous réjouit, nous est déjà donné, et qu'en le recevant aujourd'hui dans l'eucharistie de l'Église, nous puissions laisser s'accomplir en nous l'œuvre de la Parole de Dieu, cette oeuvre recréatrice, cette oeuvre d'amour, cette oeuvre de pardon, cette oeuvre qui est le Royaume de Dieu, déjà présent en nous, au plus profond de notre terre. Dans cette attitude profonde de foi adorante, devant le corps et le sang du Christ, froment et boisson de la vie éternelle, dans une attitude de foi obéissante pour recevoir, accueillir et nous laisser transformer, et nous laisser transfigurer par cet acte amoureux de la Parole de Dieu, célébrons maintenant la moisson du Christ, célébrons maintenant sa Pâque, célébrons maintenant son eucharistie, puisque le pain est levé, puisque le pain est cuit à la souffrance de sa mort, puisque le vin est servi dans l'abondance de son Royaume.

Oui, je crois qu'aujourd'hui encore le semeur, Dieu est sorti, est sorti de Lui-même, de son éternité, de sa divinité, qu'Il est venu prendre l'aspect d'un grain, l'aspect d'une semence l'aspect d'un esclave qui est jeté en terre.. Je crois que la Parole de Dieu est semence pour nous et qu'elle grandit aujourd'hui dans la mesure où, de tout notre cœur, cette terre qu'Il est venu renouveler, nous puissions l'accueillir, nous puissions nous en nourrir et la partager à la table de l'eucharistie, avec Lui et avec tous ceux pour qui Il est venu donner son corps, avec tous ces hommes dont les terres, encore imparfaites, encore non suffisamment purifiées, ne donnent pas suffisamment pour que cette abondance puisse les nourrir.

 

AMEN

 
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