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QUE NOUS DIT NOTRE CŒUR ?

Is 55, 10-11 ; Rm 8, 18-23 ; Mt 13, 1-23
Quinzième dimanche du temps ordinaire – Année A (10 juillet 2005)
Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

"Ecoutez, vous, la parole du semeur, et essayez de la comprendre". Voilà ce que dit Jésus aux apôtres.

Que rajouter de plus ? Que dire à propos de cette parabole ? Jésus a donné la parabole, puis, Il en donne l'explication : il a fait l'homélie ! Ecoutez la parabole du semeur et comprenez. Il y a la parole qui est tombée sur le bord du chemin, il y a la parole qui est tombée sur le sol pierreux, il y a la parole qui est tombée dans les épines, et il y a la parole qui est tombée dans la bonne terre. On se souvient assez rapidement de ces quatre cas de figure, et si l'on est chrétien, si l'on pratique, si on a la foi, si on essaie de faire le bien dans sa vie, on peut estimer, calcul vite fait, qu'on se situe, ou qu'on aimerait se situer dans le quatrième cas de figure, quand la parole tombe dans la bonne terre.

Cela dit, est-ce que nous avons conscience d'être toujours la bonne terre où la parole vient s'enfoncer et porter du fruit. La question mérite peut-être d'être posée, tout simplement parce que nous, pouvons avoir l'impression que quelquefois le terrain que nous sommes ressemble beaucoup plus à un bord du chemin, à un terrain rempli de ronces, ou encore à un sol pierreux. Ne nous sommes-nous pas retrouvés quelquefois devant cette parole aussi secs qu'un sol pierreux, et en se disant finalement, au bout de plusieurs années d'écoute de la Parole de Dieu, et ma vie en est toujours au même stade. Je n'ai pas beaucoup avancé, je n'ai pas vraiment pris racine, j'ai l'impression du moins, dans cette parole de Dieu. Et puis, on peut avoir l'impression d'être un terrain rempli d'épines. C'est plutôt ceux qui se disent chrétiens, mais de temps en temps, éventuellement pour des baptêmes ou des mariages à l'église, le reste de la vie les emporte tout le temps par les soucis, les angoisses, les choses à faire, oh! quatre-vingt dix pour cent des gens qui demandent le baptême d'un enfant ou un mariage disent : oh ! vous savez, je ne peux pas pratiquer, il y a çi, il y a ça, il y a tellement de choses à faire, mais ils se disent malgré tout chrétiens. Ils ne veulent pas être rejetés en-dehors de l'Église, ils ne veulent pas être forcément à l'extérieur de la communauté, même si cela ne les empêche pas de dormir sur leurs deux oreilles, de ne pas faire partie d'une communauté chrétienne. Mais voilà, les soucis du monde encombrent la vie, les épines, les ronces empêchent peut-être la parole de venir. Et puis, il y a ceux qui s'estiment tellement loin de Dieu, tellement loin de toute parole, il y a ceux qui font une espèce de syncrétisme de tous les courants qui passent actuellement, puisque Dieu est un peu partout, et puis, Dieu n'est pas aussi caractérisé que les religions veulent bien le dire. On se retrouve sur le bord du chemin, c'est-à-dire un peu exposé à tout vent de doctrine, ou au vent d'aucune doctrine d'ailleurs, loin de tout, loin de cette parole, car le grain n'arrive pas beaucoup sur le bord du chemin, le semeur en principe sème, mais il en jette toujours un peu sur le bord du chemin, ce n'est pas l'idéal non plus.

Alors voilà. Sommes-nous toujours la bonne terre pour accueillir la Parole de Dieu. Je disais que la question méritait d'être posée. Aujourd'hui, j'ai le sentiment que lorsque Jésus dit cette parabole, je ne sais pas si vous l'avez entendu, le contexte est assez long, il y a beaucoup de monde, et ils s'assoient, et puis Jésus parle en paraboles. Il leur donne cette parabole du semeur et après, Il leur cite un oracle du prophète Isaïe assez dur : "vous pourrez beau essayer d'entendre, mais vous n'écoutez pas la voix, vous avez beau voir, vous ne voyez pas". Cette parole du prophète Isaïe est presque un petit peu désespérée. Jésus, un peu après prenant à part ses disciples leur dit: "écoutez, comprenez la parabole du semeur".

En relisant ce texte, j'ai eu l'impression que finalement, Jésus était totalement investi dans cette parabole qu'Il donnait. On dirait qu'il vaut mieux qu'Il soit investi dans la parole qu'Il donne, c'est vrai, mais un aussi long passage pour caractériser cette parabole du semeur, me semble accentuer l'importance de ce qu'Il dit.

Alors, je renverse la proposition. Si c'était chacun d'entre nous qui disait cette parabole à quelques personnes autour de lui ? Donc, vous prenez la parole, vous parlez en paraboles et vous dites : je suis un semeur, je sors, je sème, et puis je dis que ma parole tombe souvent sur le bord du chemin, dans les ronces, sur un sol pierreux. Quelquefois, heureusement, il y a quelqu'un qui m'écoute, il y a quelqu'un qui m'entend, et je sens que cette parole, du coup, elle me revient, elle porte du fruit. Quand vous parlez à vos enfants, quand vos enfants vous parlent, quand vous parlez à votre milieu de travail, quand vous dites des choses pas simplement superficielles, mais un peu profondes sur vous, des choses importantes, de ce que vous êtes, de ce que vous vivez, de ce qui vous anime. Quand vous donnez une parole, combien c'est désespérant quand cette parole n'est pas accueillie, quand vous avez l'impression de parler à un mur, que ce que vous dites c'est toujours mal pris, quand ce que vous dites, finalement, n'a aucun écho, aucune résonance.

Vous voyez qu'à notre simple niveau, une parole peut être frustrante, Combien il peut être frustrant que notre parole ne porte pas, que notre parole ne puisse pas aider l'autre, que notre parole ne puisse pas porter du fruit.

Maintenant, revenons à Jésus. Jésus, c'est encore plus difficile pour lui. Pourquoi ? Parce que nous, dans le premier cas, ayant fait notre examen de conscience, sommes-nous la bonne terre, sommes-nous les ronces, sommes-nous le sol pierreux ? Nous avons encore par rapport à la parole une sorte de distance, j'analyse comment par rapport à une parole donnée celle de l'évangile, celle de ma foi, je me situe. C'est une attitude fondamentale, c'est une attitude morale. Mais cette attitude morale, c'est encore une attitude extérieure. Nous quand nous parlons, nous sentons qu'il n'y a pas forcément de résonance, mais, nous ne sommes pas notre parole, notre parole est un médium si on veut, un signe, un moyen de dire un peu du quelque chose qui nous anime, de ce que nous sommes. Mais en Jésus, Il est la Parole. Il est lui-même ce qu'Il dit. Il n'y a pas de distance entre la Parole du Royaume annoncé et le roi de ce Royaume, Jésus. C'est une parole que les savants appelleront performative, c'est-à-dire qu'elle réalise exactement au moment où elle est prononcée, ce qu'elle est, ce qui est dit, comme si quand vous disiez votre parole, tout votre état est tellement engagé, que ce que vous êtes et ce que vous dites est semblable, et l'autre vous possède entièrement et vous ne pouvez plus vous reprendre, vous ne pouvez plus vous cacher dans ces cas-là, derrière des mots.

Jésus, c'est cela. C'est le Verbe fait chair, c'est la Parole de toute éternité, Parole créatrice qui dit et qui fait: "Dieu dit, que la lumière soit, et la lumière est". C'est ce qui atteint l'autre au plus profond. L'épître aux Hébreux le dit : elle est plus incisive que le glaive cette Parole, elle va jusqu'à la moelle. Vous le voyez, Jésus est totalement investi et Il se donne totalement dans la Parole qu'Il proclame et qu'Il annonce.

C'est ce que dit le Concile Vatican II dans la Constitution sur la sainte liturgie, parlant de la liturgie de la parole, le Concile dit : "c'est Lui qui parle tandis que l'on proclame les Écritures dans l'assemblée". Certes, Il se sert des médias, des lecteurs qui ont lu, du prédicateur que je suis, de l'assemblée qui écoute et qui répond en chantant, mais c'est Lui. Il n'y a pas de distance, Il n'est pas extérieur à ce qu'Il dit. Il est totalement lui-même dans cette Parole.

Vous voyez, du coup comme les choses changent. Pourquoi Jésus dit-Il : ils auront beau voir, ils ne verront pas, ils auront beau entendre, ils n'entendent pas. Pourquoi ? Parce que la Parole de Dieu est encore prise trop souvent comme extérieure à moi-même. La Parole de Dieu, au risque de vous choquer est encore prise pour la Bible. La Parole de Dieu n'est pas la Bible, ce n'est pas un livre écrit, c'est une Parole. Nous croyons en un Dieu qui se révèle, qui se transmet dans l'acte de l'annonce, et c'est d'ailleurs le secret de la mission de Jésus. Il est le message parce qu'Il est le messager, Il est le contenu du message qu'Il annonce lui-même. Il n'est pas des signes imprimés sur une page blanche, il y a encore trop de distance. Il est le Verbe fait chair. Alors peut-être que cela nous invite à comprendre cette parole non plus d'abord comme une parole interpellatrice, qui m'appelle à faire des actes moraux, même pas comme une parole où je considérerais que comme elle vient de Dieu, elle a en elle-même toute force et puissance de vérité, mais j'aimerais dire je ne crois pas tant "à" la parole que je crois "dans" la parole. C'est la Parole de Dieu qui m'envahit et qui est pleinement en moi. Je crois dans la Parole, et cette Parole qu'est le Christ, comme dit saint Paul est en Dieu, et Dieu est tout en tous.

 

 

AMEN

 

 
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