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INVITATION AU VOYAGE INTÉRIEUR

Dt 30, 10-14 ; Col 1, 15-20 ; Lc 10, 25-37
Quinzième dimanche du temps ordinaire – Année C (15 juillet 2007)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC

 

Peut-être au risque de vous décevoir, frères et sœurs, je ne vais pas essayer de décrypter la parabole que nous venons d'entendre, celle du bon samaritain pour savoir si Dieu est le bon samaritain, et l'homme blessé sur le bord de la route l'humanité, ou à l'inverse, si cet homme qui vient secourir c'est l'humanité et que celui qui est au bord de la route, c'est le Christ. Je ne vais pas essayer de décrypter cette parabole, mais je vais plutôt essayer de réfléchir avec vous sur ce qui se passe entre ce légiste et Jésus il ne faut pas oublier que si Jésus raconte cette parabole, c'est parce qu'il a rencontré un légiste qui, comme le dit le texte "a voulu l'embarrasser". Ce moment-là, nous tressautons, car ce n'est pas bien d'avoir cherché à mettre Jésus dans l'embarras. Mais si nous réfléchissons un petit instant sur cette question difficile posée par le légiste, on peut en convenir que nous posons des questions similaires à Dieu face à face dans l'intimité de notre prière. En somme nous nous posons devant Dieu et nous lui disons : que faut-il que je fasse pour avoir la vie éternelle ? C'est-à-dire : pourtant, je suis la Loi, je fais bien attention, j'essaie de suivre les préceptes, j'essaie d'être un bon chrétien, j'essaie d'aller régulièrement à la messe, j'essaie d'aider mon prochain, etc … et je n'y arrive pas, je n'avance pas, et d'ailleurs, qu'est-ce qui me garantit que j'aurai vraiment la vie éternelle après avoir fait tout cela ? D'autant plus que j'ai en tête la livre de la Sagesse que nous avons écouté tout au long des lectures de semaines, dans lequel il y a ce passage qui doit nous interpeller : comment se fait-il qu'il y a des gens qui ne suivent pas la Loi et qui sont heureux, riches et qui meurent tranquillement dans leur lit, et qu'il y a des gens qui font tout comme il faut qui sont malheureux, pauvres, et meurent assassinés ? Moi, je crois que derrière la question du légiste, il y a aussi tout cela. Ce n'est pas uniquement une question d'école pour bloquer Jésus, c'est quand même une question importante : qu'est-ce que je dois faire pour avoir la vie éternelle ? Soit nous n'y arriverons pas, soit d'ailleurs nous n'arrivons pas à maîtriser notre destin.

Jésus va en fait proposer à ce légiste, ce que j'appellerai une sorte de voyage intérieur. Je ne sais pas si vous avez fait attention à la réponse de Jésus qui d'ailleurs est une autre question ! "Jésus lui dit : dans la Loi qu'y a-t-il d'écrit ? Comment le lis-tu ?" Ce n'est pas une redondance. Dans la Loi qu'y a-t-il d'écrit et ensuite, comment lis-tu ? Cela ne veut pas dire la même chose. Dans la première question, qu'y a-t-il d'écrit ? en fait, Jésus est à la lettre : il y a une Parole qui est écrite, invariable, que nous avons dans la Bible depuis des centaines d'années.il faut bien reconnaître que la tentation de l'homme est de penser un instant que cette parole est totalement objective et qu'elle vaut partout, pour tout le monde et toujours dans tous les cas. L'invitation au voyage de Jésus c'est le basculement dans sa deuxième question où il lui dit qu'en fait le plus important ce n'est pas ce qui est écrit, mais c'est la façon dont il lit la Parole, c'est-à-dire : que vas-tu faire de cette Parole ? Est-ce que tu vas te contenter de l'appliquer à la lettre en étant bien satisfait le soir en te couchant d'avoir bien suivi toutes les prescriptions, ou est-ce que tu vas faire preuve d'inventivité ? Je ne sais pas si vous l'avez remarqué, mais le légiste fait preuve d'inventivité. Il va coller deux morceaux de la Loi ensemble qui au départ, ne sont pas liés : "Tu aimeras ton Dieu (Deutéronome 6), et puis, tu aimeras ton prochain", qui n'est pas une invention de l'évangile, mais qui se trouve déjà dans le Lévitique au chapitre dix-huitième. Comment lis-tu, c'est-à-dire : ne crois pas que la Parole est lettre morte et qu'il suffit de la suivre à la lettre pour avoir la vie éternelle. Mais pour avoir la vie éternelle, il faut prendre cette Écriture et l'inventer. Et le légiste, je le répète, va prendre ces deux morceaux et il va les lier ensemble.

C'est là qu'il y a l'étincelle qui arrive, c'est là ce qu'il y a dans l'Apocalypse quand on parle du glaive qui vient séparer la Parole de Dieu qui est dans notre cœur. C'est là qu'on fait preuve de nouveauté et qu'on part en voyage, parce qu'à ce moment-là, l'Écriture n'est pas une sorte de répétition qu'on entend tous les dimanches à la messe, mais l'Écriture nous surprend à chaque instant. C'est la première chose.

Dans un deuxième temps, Jésus va encore inviter cet homme à un autre basculement qui est du même type. C'est la parabole du bon samaritain. Au début de la péricope on dit : "Le légiste voulant se justifier dit à Jésus : Qui est mon prochain ?" Et comme pour la première péricope, Jésus ne répond pas, il répond par une parabole, autrement dit, par une autre question, parce que la parole pose question. Jésus déroule toute son histoire, et il fait basculer de la première question : qui est mon prochain à une deuxième question : de qui suis-je capable d'être mon prochain ? Là, ce n'est pas pareil. Qui est mon prochain ? Tout le monde est mon prochain, c'est évident, mais en même temps on sait très bien que tous les gens qui nous entourent ne sont pas mes prochains. La question de Jésus c'est : est-ce que je suis capable de me montrer le prochain de ceux que je vais rencontrer. Ce n'est pas la même chose.

La deuxième question que nous dit-elle ? Elle nous montre que nous croisons la vie de beaucoup de personnes, et on rencontre très peu de personnes. Vous voyez la différence ? Mon prochain c'est tout le monde, mais est-ce que je suis capable de me montrer prochain vis-à-vis de l'autre ? C'est très différent, parce que accepter de me montrer le prochain vis-à-vis de l'autre c'est accepter de chambouler ma vie, c'est accepter d'être dérangé, c'est accepter que le projet que j'avais initialement préparé ne soit pas réalisé au pied de la lettre. C'est ce qui se passe dans la parabole. Nous sommes tous comme le prêtre et le lévite, nous avons tous nos projets, et tant mieux, et en même temps en voulant absolument mettre en place nos projets, nous allons sur la route et nous ne nous arrêtons pas. Le bon samaritain, c'est celui qui à un moment donné sur sa route reconnaît que son histoire peut croiser l'histoire de quelqu'un d'autre, et que cette histoire peut vraiment se rencontrer, et qu'il peut y avoir une histoire qui va surgir de cette rencontre.

Frères et sœurs, à la fois pour Albane, et à la fois pour beaucoup d'entre nous, même si nous ne sommes pas tous ici "en vacances" comme on le dit, je crois que la Parole du légiste et le bon samaritain, qu'est-ce que c'est ? C'est l'évangile qui nous invite à être disponible. C'est l'évangile qui nous rappelle que l'évangile est en puissance dans notre cœur, c'est-à-dire l'évangile nous a été donné, mais l'évangile ne pourra être mis en actes que si à un moment donné, je reconnais que c'est moi qui peut mettre en actes cet évangile qui dort, c'est-à-dire, faire comme le bon samaritain, m'arrêter, avoir peut-être ma vie chamboulée parce que ce n'était pas du tout prévu, et prendre un autre chemin. En même temps, cette rencontre avec et homme blessé n'empêche pas le samaritain de repartir et de continuer son voyage comme il l'avait prévu, alors que nous généralement, quand quelqu'un nous sollicite, on se dit que le planning est perturbé, l'agenda, ce n'était pas prévu, je ne m'en sortirai pas.

C'est cette disponibilité, et je crois que c'est ce qui est donné à Albane dans son baptême. Qu'est-ce que c'est que le baptême ? C'est véritablement Dieu qui donne sa grâce à un être pour lui donner la possibilité un jour, d'exercer son intelligence et toute sa capacité d'aimer pour se mettre en route, et ainsi réveiller l'évangile qui lui est donné en ce jour de baptême. C'est ce que je lui souhaite, c'est que comme le légiste, elle puisse un jour être intelligente au point de réveiller l'Écriture, au point d'être inventive en écoutant la Parole de Dieu, et qu'elle puisse être comme le bon samaritain, savoir véritablement rencontrer ses frères et sœurs, en étant capable se de montrer proche de l'autre, de tisser une histoire commune avec tous ceux que je rencontre.

Et puis, frères et sœurs, même si l'on n'est pas tout à fait en vacances, je crois que cet évangile nous invite à une certaine "vacance", c'est-à-dire est-ce que nous sommes capables quelquefois de faire assez de place dans notre intelligence et notre cœur pour laisser l'évangile venir et le mettre en actes ? C'est cela l'intelligence du légiste, quand il soude et se fait rencontrer les deux passages de l'Écriture de l'Ancien Testament, il n'est pas en train de reprendre les commentaires sympathiques de tel ou tel commentateur, il ne fait pas que reprendre des paroles qui ne sont pas les siennes, il parle de lui et de ce qu'il vit. La "vacance" pour nous, frères et sœurs, c'est de nous mettre à disposition de la Parole de Dieu et de ce frère ou de cette sœur qui viendront chambouler nos projets, et ainsi pourront nous montrer que l'évangile, c'est ce que le bon samaritain a fait sur cette route, accepter d'être dérangé, exactement comme Dieu quand il est dérangé à chaque instant dans son plan par nous-mêmes. Etre dérangé, et en même temps découvrir que Dieu est là.

 

 

AMEN

 

 

 
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