LAISSEZ-LES POUSSER ENSEMBLE JUSQU'A LA MOISSON

Sg 12,13.16-19 ; Rm 8, 26-27 ; Mt 13, 24-43
16ème dimanche du temps ordinaire – année A (23 juillet 2017)
Homélie du Père Jean-Noël N’TCHA

 

Chers frères et sœurs en Christ,

Comme la parabole de l’ivraie a déjà été expliquée dimanche dernier, je vais tenter une méditation pour nous permettre de réfléchir davantage sur l’actualité. Cette dernière parabole stigmatise la réalité que nous vivons aujourd'hui. L’ivraie, en grec, signifie la zizanie, le désordre, le trouble, les persécutions, les bagarres, tout cela pour désorganiser la communion entre les hommes. Voilà l’ivraie. Et convenez avec moi que tout ce que je viens de citer, comme la zizanie, correspond bien à ce que notre monde actuel vit.

Si je pouvais résumer en quelques mots les textes liturgiques de ce jour, je parlerais de tolérance, de patience et de bonté de Dieu. La première lecture nous fait voir un Dieu clément, un Dieu patient, juste, contrairement à l’ensemble de la conception vétérotestamentaire, où Dieu est un Dieu vengeur, avec la loi de la tribulation. Ici, Dieu nous est présenté comme un père, quelqu’un qui patiente, qui tolère, pour la conversion de ses enfants – c’est la finale de la première lecture. Dieu désire ardemment que ses enfants se convertissent, qu’ils changent de vie. Et pour cela, Il prend patience. Les trois paraboles, celle de l’ivraie surtout qui stigmatise ce que nous vivons aujourd'hui, nous font poser une question existentielle, surtout à nous chrétiens, la question du mal. Cette réalité que nous vivons malheureusement, fait perdre la foi à certains, parce qu’ils n’arrivent pas à comprendre pourquoi, si Dieu existe, un tel scandale demeure. Certains perdent la foi. Si Dieu existe, pourquoi le mal ? Pourquoi ne peut-Il pas d’un tour de main éliminer ce mal ? Avouons-le, le mal est un scandale pour la foi, on n’arrive pas à comprendre.

Les lectures de ce jour nous donnent une réponse quant à l’auteur du mal : Dieu n’est pas à l’origine du mal, Il n’a jamais créé le mal. Tous les êtres créés par Dieu portent la marque de leur créateur. Le livre de la Genèse le dit : « Dieu vit que tout était très bon ». Dans la parabole de l’ivraie, quand l’ennemi est-il venu ? La nuit. L’ennemi est venu quand tout le monde dormait. Les choses mauvaises se passent dans les ténèbres. Il ne vient pas dans la journée, sinon on le verrait, et on le chasserait. Il est venu dans la nuit, semer la zizanie. Cela s’apparente un peu à la parabole du bon pasteur. Le mercenaire passe par la clôture mais ne passe jamais par la porte parce qu’il sait que l’œuvre qu’il va accomplir est mauvaise. Dieu n’a jamais créé le mal. Le mal vient du diable, comme nous l’avons entendu dans l’évangile. Le diable qui se joue des hommes, qui nous manipule, afin que nous nous fassions du mal. Heureusement, Dieu est patient, attendant le jour où ses enfants vont revenir à Lui, comme dit le prophète Joël, Il attend qu’on revienne à Lui, qu’on se convertisse, qu’on devienne des enfants de Dieu. L’attitude du semeur, dans l’évangile, à la réaction des moissonneurs, consiste à dire : « Laissez les deux pousser ensemble, à la moisson on fera la part des choses ».

Il est évident que la moisson viendra un jour, elle est inévitable. « Laissez-les ensemble ». C’est l’attitude de Dieu qui prend patience envers nous parce qu’on ne répond jamais au mal par le mal, à la violence par la violence, à la haine par la haine, sinon on assiste à une spirale de violence, et c’est ce que nous constatons aujourd'hui. Personne ne veut se faire humble pour laisser le bien émerger. Dieu est patient, Dieu est bon et c’est cela qu’Il voudrait voir dans la vie du chrétien : la bonté, la patience, pour permettre à l’autre de s’améliorer.

C’est une chose difficile que de patienter devant un mal qui se fait devant soi. C’est difficile de patienter vis-à-vis de quelqu’un qui tous les jours vous envoie un coup de pied. Ce n’est pas facile et c’est justement là qu’il faut mener le combat. La vie chrétienne est une vie de combat. Il faut combattre, d’abord contre soi-même, contre ce qu’il y a de mauvais en soi. Mais non, l’homme veut s’entourer de choses parfaites, d’hommes parfaits. Où  sont les hommes parfaits ? Nulle part. Nous sommes tous en marche vers la perfection, et cela devrait nous faire prendre conscience que la tolérance, la patience, sont des remèdes efficaces pour cette marche ensemble : des hommes perfectibles. Cette patience ne veut pas dire que nous allons rester les bras croisés en voyant ce qui se passe de mal, en attendant le jour où le miracle va se produire.

C’est en cela que les deux autres paraboles nous aident à méditer davantage sur notre attitude vis-à-vis de ce que nous vivons comme réalité. La parabole de la graine de moutarde met l’accent sur la disproportion entre le début insignifiant et le résultat impressionnant. On sème la graine, c’est petit, ce n’est rien, mais quand elle donne la plante, la plante grandit et donne un grand arbre, des branches où les oiseaux peuvent s’abriter, et des graines. Vous voyez la disproportion. Qu’est-ce que cela peut signifier pour nous chrétiens ? Lorsque nous accueillons la parole de Dieu avec foi, elle grandit en nous en faisant de notre vie un lieu de réconfort pour les autres. Lorsque nous accueillons la parole de Dieu avec foi, elle nous fait grandir en Dieu, et celui qui grandit en Dieu fait de lui-même un espace où les gens sont à l’aise. Voilà le premier combat : accueillir la parole de Dieu avec foi.

Et la deuxième parabole, celle du levain, met l’accent sur la force transformatrice qu’il possède. Du levain que l’on enfouit dans une bassine de farine de blé, la fait monter, et nous mangeons notre pain quotidien. Eh bien, en tant que chrétiens, nous sommes appelés à être des levains, non pas pour faire notre monde à part, le monde des justes, non ! En nous immergeant dans le monde pour faire lever cette pâte, ne versons pas dans le vice, comme dit le psalmiste : « Pas de pécheur dans le rassemblement des justes, les pécheurs ici et les justes là-bas ». Non, Jésus Christ le fils de Dieu s’est fait un avec les pécheurs dans le but de les changer.

Nous sommes à sa suite, nous sommes ses disciples, il nous incombe de témoigner de ce que nous avons vécu avec Lui, de l’expérience que nous avons faite avec Lui, et de ce que nous savons de Lui. Dieu est patient parce qu’Il a confiance en l’homme. Dieu a confiance en nous parce qu’Il se dit : « Un jour, mon enfant pourra changer ». C’est l’attitude qui doit être la nôtre, chrétiens, chrétiennes. Ne jamais verser dans le fatalisme – « c’est fini, je n’ai plus rien à espérer, c’est terminé ». Non, ouvrons la porte de l’espérance et sachons que nous menons le combat avec Dieu, et « qui a Jésus a tout », comme dit la petite Thérèse de l’Enfant Jésus. Que la grâce de cette eucharistie nous aide à être des levains dans cette grosse pâte de notre société actuelle, et alors nous pouvons espérer un lendemain meilleur. Amen.

 
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