Photos

RÉSURRECTION, ACCOMPLISSEMENT DE LA PROMESSE

Gn 18, 1-14

(18 juillet 1982???)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

Au bord du Lac de Tibériade 

V

ous avez entendu cette admirable homélie de saint Augustin dans laquelle il montre comment ce que Dieu avait commencé dans la Loi, dans une harmonie parfaite, Il l'accomplit définitivement de manière infiniment plus profonde et plus grande dans la nouvelle Alliance. Ainsi ce qui était auparavant précepte extérieur, loi imposée du dehors devient charité, c'est-à-dire principe intérieur d'appartenance à Dieu, principe intérieur d'amour des frères.

Toute l'économie de Dieu, toute la manière dont, petit à petit, Dieu nous façonne et nous modèle pour entrer dans son Royaume va de l'extérieur à l'intérieur, en nous saisissant petit à petit et en nous transformant, en nous transfigurant de telle sorte que nous devenions vraiment, pleinement à son image et à sa ressemblance.

       Alors on a envie de se demander : mais alors dans les deux textes entendus ce soir, celui de l'ancienne Alliance qui nous était proclamé tout à l'heure, le récit de l'hospitalité d'Abraham lorsque Dieu est venu le visiter et, d'autre part ce récit d'apparition de Jésus Ressuscité sur les bords du lac de Tibériade, où est le progrès entre la Loi ancienne et la Loi nouvelle ? Qu'est-ce que le Christ a ajouté de plus. Au fond, est-ce que ce n'est pas beaucoup plus merveilleux de voir des personnes qui ne pouvaient pas avoir d'enfants, tout d'un coup, en avoir un ? Est-ce qu'il y a une chose plus belle au point de vue des joies humaines que de découvrir tout d'un coup que l'on peut donner et transmettre la vie et la donner effectivement et réellement, surtout lorsque c'est sous la mouvance d'une promesse de Dieu ? Est-ce que, au fond, cette apparition du Ressuscité, même si elle évoque la joie profonde des retrouvailles du Christ avec les apôtres reconnaissant le Christ ressuscité, est-ce que le Christ, à ce moment-là ne reste pas comme extérieur aux apôtres ? qu'Il leur parle qu'Il se montre à eux, qu'Il manifeste qu'Il est ressuscité mais qu'en réalité il n'y a pas cette joie intérieure de la mère qui met au monde son enfant, l'enfant de la promesse ?

       Pourtant, je crois qu'il y a un progrès absolument décisif et incalculable C'est que, dans l'épisode de l'hospitalité d'Abraham, il est en effet question d'une chose merveilleuse. Abraham et Sara figurent l'humanité sous le poids du péché. Quand Abraham est appelé par Dieu, il n'a pas d'enfant. L'humanité est stérile parce qu'elle est accablée par sa détresse et par son péché. Et par conséquent l'humanité à elle seule figurée par ces deux personnages Abraham et Sara qui sont les élus de Dieu et qui portent tout le poids de la promesse, cette humanité ne peut pas d'elle-même faire jaillir de son corps, de sa chair, la vie. Il faut que ce soit la visite de Dieu qui pour ainsi dire ressuscite la chair morte d'Abraham et de Sara pour lui faire donner la vie. Mais cette visite et cette résurrection est selon les lois de la nature. Abraham et Sara donneront la vie comme tout homme et toute femme sont appelés dans le mariage à donner la vie. Il n'y a pas là d'intervention extraordinaire sinon par le fait qu'effectivement ce qui apparemment était perdu a été sauvé, a pu retrouver sa fonction merveilleuse de transmission de la vie, de don généreux de la vie. C'est cela l'ancienne Alliance.

       Israël, d'une certaine manière, parce qu'il est fils d'Abraham attestera toujours que dans notre humanité, qui normalement est vouée à la mort, la simple visite de Dieu fait que, en réalité, cette humanité ne mourra pas. Mais on ne peut pas dire que c'est la plénitude d'une résurrection. C'est une résurrection par personne interposée. Abraham et Sara se survivront et la promesse se survivra en eux et surtout en Isaac et en Jacob et dans tous les patriarches et dans tous ceux qui fidèlement auront attendu la venue du Seigneur.

       Tandis que, au moment où le Christ se manifeste sur les bords du lac de Tibériade, alors la promesse est accomplie. Car la Résurrection ce n'est rien d'autre que ce moment prodigieux où Dieu imprime tout le poids, toute la force de son amour dans une chair meurtrie et broyée par le péché. Et là, ce sceau, cette alliance est définitive. Lorsque Dieu scelle son alliance avec Abraham, il y a quelque chose de définitif au sens où Dieu s'engage à conduire toute l'humanité vers son Royaume. Mais pour Abraham et Sara ils connaîtront la mort et ils connaîtront l'attente de la Résurrection dans les enfers.

       Tandis que au moment où le Christ ressuscite, au moment où Il se manifeste à ses disciples, Il manifeste que, désormais, Dieu a pris cette chair, la chair de Jésus-Christ pour se rendre proche de nous, intime à nous-mêmes, plus intime à nous-mêmes que nous-mêmes, dans notre chair, pour manifester définitivement que la chair de l'homme est investie totalement de la gloire, de la puissance et de l'amour de Dieu. La Résurrection c'est cela.

       Aujourd'hui, lorsque nous considérons notre vie, la pauvreté de notre chair vouée à la mort, lorsque nous sommes mis en présence de la mort qui peut faire le travail que l'on sait dans la chair des hommes et dans notre propre corps, nous devons toujours regarder cette chair dans la lumière même de ce matin où le Christ est apparu à ses disciples, sur les bords du lac de Tibériade. Nous savons maintenant, et Dieu sait que c'est difficile à croire, mais Dieu sait que c'est vrai, nous savons maintenant que notre chair, un jour, sera totalement illuminée et transfigurée par la grâce et par l'amour de Dieu comme la chair du Christ a été, ce matin-là, pour se manifester à ses disciples. Ainsi véritablement, ce n'est pas simplement la Loi qui est inscrite dans notre cœur, mais c'est la Loi qui est inscrite et dans notre cœur et dans notre chair. La nouvelle Alliance c'est vraiment l'alliance dans la chair et dans le sang, pas simplement la chair et le sang des taureaux qui étaient une substitution mais la chair et le sang du Christ et la chair et le sang des hommes, de tous les hommes.

       C'est vrai qu'à certains moments tout cela nous paraît extrêmement difficile à croire et à accepter parce que lorsque nous voyons l'espèce de dérision cruelle à laquelle est soumise notre chair, par la mort, à ce moment-là nous avons beaucoup de mal à y croire. C'est vrai que c'est extrêmement difficile et pénible, mais en réalité, c'est pourtant cela le secret même de notre existence. C'est de savoir que, quoi qu'il arrive, dans notre existence et dans notre chair, un jour cette chair qui pourtant est marquée par la mort, la souffrance est appelée à être resplendissante de l'éternité de Dieu, de l'infini de son être. Voilà ce qu'est notre foi de croyant. Voilà ce qu'est la foi en la Résurrection. Dieu intime à notre cœur, mais Dieu aussi intime à notre chair et à notre sang.

       Puisque nous nous préparons à fêter la Pâque, demandons au Seigneur qu'Il ouvre nos yeux de chair sur sa chair transfigurée, sur son corps et sur son sang illuminés par la gloire du Père, et promesse, et gage, et attestation et témoignage de ce qu'un jour, notre chair sera introduite dans le corps du Christ dans le Royaume de Dieu et que tous, nous resplendirons de la lumière, de la tendresse et de la beauté de Dieu.

       AMEN


 

 

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public