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 SOYEZ RESPONSABLE

2 R 4, 42-44 ; Ep 4, 1-6 ; Jn 6, 1-15

(28 juillet 1991???)

Homélie du Frère Michel MORIN

L'humilité

C

haque époque de l'histoire véhicule ses concepts, ses idées, son vocabulaire. Ceci est vrai pour la société civile, profane, ceci est vrai pour toute communauté et l'Église n'y échappe pas. Or il y a un mot que, depuis quelques décennies, tout homme utilise. C'est celui de responsabilité. Tout d'un coup, on a l'impression que la société se sent responsable, comme si elle ne l'avait jamais été. Et si vous n'êtes pas capable de prendre vos responsabilités, de les assumer, vous êtes traité comme une nullité ou en tout cas comme quelqu'un qui manque totalement de personnalité. Aujourd'hui si je ne suis pas responsable, je ne suis pas. Autrefois c'était : "Je pense, donc je suis !" Maintenant : Je suis responsable, donc je suis. Et ce mot, ce vocabulaire, ce concept est aussi utilisé dans l'Église et depuis quelques dizaines d'années les clercs en font "leurs choux gras" comme on dit familièrement, espérant que les chrétiens vont en faire autant. Dans les documents pastoraux, épiscopaux, pontificaux, dans les homélies, dans les articles de la presse chrétienne, nous lisons: "Soyez responsables ! Prenez vos responsabilités ! Dans l'Église, il faut être co-responsable", et ainsi de suite. Alors aujourd'hui je voudrais simplement, sans épuiser cette Parole de Dieu, que nous puissions un instant à notre responsabilité, puisque ce mot est devenu l'un des principaux de notre vocabulaire et de notre langage.

Vous croyez peut-être qu'être responsable c'est d'abord prendre des initiatives, avoir beaucoup d'autorité, avoir beaucoup de choses à faire et donc s'agiter, s'agiter ... L'étymologie du mot responsable ne nous permet pas de croire que je suis responsable parce que je prends des initiatives, c'est même totalement le contraire. Celui qui est responsable ne commence pas par prendre des initiatives. Le terme latin d'où vient ce mot responsabilité, c'est le verbe respondere qui veut dire répondre. Nous avons là, déjà la tonalité générale d'une responsabilité quelle qu'elle soit, c'est d'abord de répondre. Mais le mot répondre a lui aussi, dans notre vocabulaire français en tout cas, deux sens qui sont distincts l'un et l'autre, mais qui ne s'opposent pas, au contraire, comme vous allez le voir.

Le premier sens de répondre c'est le suivant répondre à quelqu'un, le deuxième sens c'est répondre de quelque chose. Alors la responsa bilité chrétienne, la vôtre comme la mienne, c'est d'abord la réponse que vous donnez à Dieu. Le chrétien est responsable quand il répond à Dieu, pas d'abord quand il organise, planifie, exécute tant et tant de choses de l'ordre personnel de sa vie ou de l'ordre paroissial. C'est pourquoi il n'y a pas des chrétiens "en responsabilité" et d'autres qui n'y seraient pas. Le chrétien est responsable quand il répond à la Parole de Dieu. C'est d'ailleurs ce premier sens qui nous est suggéré par le premier texte du second Livre des Rois et par l'évangile. Le prophète Elisée donne une parole à celui qui vient lui offrir les prémices d'une récolte en temps de famine et l'autre entend, écoute et va répondre en partageant le grain et le pain. Et Jésus Lui-même demande à ses disciples de faire asseoir la foule et de distribuer le pain contenu symboliquement pour tous dans cinq pains et deux poissons. Celui qui a écouté la parole d'Élisée et l'a accomplie, les disciples qui ont obéi à la Parole du Seigneur sont responsables. Ils ont répondu à Dieu, ils ont reçu sa Parole et ils l'ont accomplie.

Frères et sœurs chrétiens, aujourd'hui, votre responsabilité de chrétien apparaît à tous aux uns et aux autres parce que, ce matin, nous avons répondu à l'appel de Dieu pour venir célébrer cette eucharistie. Voilà d'abord la plénitude de notre responsabilité de croyant. Et vous le savez, la foi chrétienne, l'exercice de la charité, l'espérance, la prière, toutes ces choses qui font notre vie, nous n'en avons aucunement l'initiative, nous n'en sommes pas responsables au sens où nous allons prendre en main ces affaires. Non, nous sommes en disposition de réponse à quelqu'un. Ce quelqu'un c'est le Seigneur, c'est Dieu et l'attitude fondamentale et nécessaire de tout croyant c'est d'y répondre. Voilà notre première responsabilité. Il faut toujours la développer, il faut toujours la cultiver, c'est-à-dire il faut toujours se remettre devant le visage et l'exigence de Dieu pour devenir de plus en plus responsable dans le face-à-face avec Lui c'est-à-dire pour que notre réponse soit de plus en plus vraie, de plus en plus profonde, de plus en plus définitive par rapport au don qu'Il nous fait de Lui-même, par rapport à son appel, par rapport à sa présence.

Le deuxième sens du mot responsabilité c'est répondre de quelque chose. Et l'épître de saint Paul que nous avons lue tout à l'heure nous suggère que lorsque nous répondons à Dieu, nous sommes comblés des biens qu'Il est Lui-même. La foule, les cent personnes du temps d'Elisée était nourrie malgré la famine et les cinq mille hommes de l'évangile de saint Jean, sans compter les femmes et les enfants, ont été nourris par les cinq pains et les deux poissons. Lorsque nous sommes responsables en écoutant et en recevant la Parole de Dieu, nous sommes comblés de sa grâce, nous sommes dans un don sans mesure, dans une libéralité sans mesure. Et c'est de cela que nous devenons responsables : répondre à Dieu et répondre, ensemble, les uns avec les autres, de ce que nous avons reçu lorsque nous avons répondu à Dieu. C'est pourquoi, et je ne fais que relire cette épître de Paul, comment devons-nous exercer cette responsabilité communautaire, de ce que nous recevons de Dieu lorsque nous l'écoutons ? Etre responsable du don de Dieu, être responsable de la foi, être responsable de l'abondance du salut de Dieu qu'est-ce à dire ? Saint Paul nous le dit très clairement : "Ayez beaucoup d'humilité !" Voilà, la responsabilité de la grâce que nous avons reçue de Dieu exige de nous beaucoup d'humilité. Ce n'est pas toujours ainsi que le monde entend le mot responsabilité. "Ayez beaucoup d'humilité ! Supportez-vous les uns les autres avec amour !" le mot supporter vous agace, je le sais, car notre psychologie exacerbée n'aime pas ce genre de propos. Alors disons : portez-vous les uns les autres, ou comme disait un prêtre hier à un mariage : soyez les supporters les uns des autres, avec amour. "Ayez à cœur de garder l'unité dans l'esprit par le lien de la paix. Comme votre vocation vous a appelés", voilà la responsabilité, notre vocation nous a appelés et nous avons répondu, c'est le premier sens, comme votre vocation vous a appelés à une seule espérance, il n'y a qu'un seul corps, "un seul esprit, un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu Père de tous". Voilà de quoi nous devenons ensemble responsables lorsque ensemble nous répondons à l'appel, à la miséricorde et au don de Dieu.

Alors ne nous trompons pas de responsabilité. Ne nous cachons pas et ne croyons pas que nous sommes responsables dans l'Église. Non il n'y a pas de responsable dans l'Église si ce n'est Dieu Lui-même et ça suffit. Mais parce que nous sommes baptisés, nous avons à répondre à l'appel de Dieu et à répondre du don que Dieu nous fait. Le don que Dieu nous fait nous devons en répondre les uns avec les autres dans l'unité d'un seul baptême, d'une seule foi, d'une seule espérance. Mais attention, pas uniquement pour nous car dans les deux textes, celui du livre des Rois et celui de l'évangile, il y a un reste abondant qui est confié à ceux qui ont écouté la Parole de Dieu. Ceci est très significatif dans l'évangile "il reste douze couffins". Lorsqu'on a répondu à Dieu Il nous comble de l'abondance de sa vie, de sa grâce, de son salut, mais il reste douze couffins. Nous sommes responsables des douze couffins. Pourquoi faire ? Pas pour nous retirer et les manger ensemble entre nous jour après jour, mais pour les partager à tous les hommes. Le chiffre douze est le signe de la plénitude, plénitude car le don de Dieu n'est jamais un don réservé mais il est destiné à tous les hommes. Et aujourd'hui il y a un enfant qui a cinq pains et deux poissons, Il s'appelle Jésus. C'est le Fils de Dieu. Il va vous partager son corps et son sang pour que vous puissiez en vivre. Vous allez répondre : "Amen !" Vous prenez votre responsabilité et vous répondez au don de Dieu pour le recevoir, mais en recevant la petite hostie, il y aura dans votre cœur douze couffins. Alors est-ce que vous allez les emporter chez vous et les mettre au frigidaire pour vous en servir en cas de famine spirituelle ? Non, ce n'est pas possible. Nous avons répondu à Dieu, il faut maintenant répondre du don de Dieu. Et ceci c'est à chacun de le faire dans sa vie quelle que soit la forme, quels qu'en soient les moyens, mais de toute façon, il faut le faire car autrement nous ne sommes pas des responsables. Nous sommes peut-être des gens très pieux, mais ce n'est pas cela qui nous sauvera et qui sauvera les autres.

Alors puissions-nous ensemble répondre à Dieu aujourd'hui. Mais nous l'avons déjà fait cela, alors soyons heureux de l'avoir fait. Mais nous ne pouvons pas l'avoir fait aujourd'hui en venant ici pour la messe sans devoir le faire maintenant en sortant.

Alors transportez vos douze couffins, partagez-les sur la place, dans vos maisons, avec vos frères malades, avec vos frères incroyants, avec vos frères divorcés, avec vos frères solitaires. Partagez-les avec tous les hommes, eux ils n'attendent que cela pour devenir responsables aussi.

 

AMEN

 

 

 
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