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LA OU EST TON TRESOR, LA SERA TON COEUR

Qo 1, 2 et 2, 21-23 ; Col 3, 1-5 + 9-11 ; Lc 12, 13-21
Dix-huitième dimanche du temps ordinaire – année C (4 août 2019)
Homélie du Père Arnaud de MALARTIC

Chers frères et sœurs, le thème qui nous est donné par la liturgie d’aujourd'hui est celui de la mort. Un thème que nous aimons tous, qui nous fait du bien et qui motive notre espérance. Quand on parle de mort, on parle aussi bien entendu de vie.

Que cherchent à nous faire comprendre les Écritures ? Que ce soit à travers le livre de Qoheleth : « Vanité des vanités, tout est vanité ! » ; que ce soit saint Paul qui nous demande de rechercher d'abord les réalités d'en haut, c'est-à-dire celles qui vont perdurer après la mort ; ou que ce soit cet Évangile de saint Luc que nous venons d'écouter où Jésus remet devant la perspective de la mort en disant : « Insensé, tout ce que tu as accumulé, tout ce que tu as cherché à posséder, tu vas le perdre ! Ce soir, Dieu réclame ton âme. Tout ce que tu as amassé, finalement à quoi cela sert-il ? Essaie plutôt d’amasser des biens qui demeurent éternellement plutôt que des biens pour ce monde qui passe ». Les trois lectures que nous avons écoutées tournent donc autour de ce grand thème que nous désirons tous occulter, en tout cas envisager le plus tard possible, qui est celui de la perspective de la mort.

Nous allons tous vers la mort. Quand on est jeune, en général on se croit immortel. C'est donc un thème que l'on traite assez peu, qui nous préoccupe peu. Mais plus les années passent et plus la santé se dégrade ; à ce moment-là vient la perspective de la mort. Récemment en Argentine, j’avais rencontré un grand négociant en vin qui me disait : « Voilà, je viens d'être atteint par un cancer. J'aimerais bien que tu parles avec moi parce que maintenant il me faut envisager la perspective de la mort ». Et je vous avoue que comme aumônier d'hôpital en Argentine, c'est aussi une réalité que je côtoie presque quotidiennement à l’hôpital Pirovano à Buenos Aires.

Je ne vais pas définir la mort car je pense que vous connaissez la définition. On a cette définition dans le catéchisme qui nous dit : « C’est la séparation de l’âme et du corps ». Que se passe-t-il au moment de la mort ? Peut-être pourrait-on le définir ainsi : la mort pour nous, cela va être le dépouillement total. Parce qu’à ce moment-là, tout est remis. Tout ce qui a été accumulé, tout ce qui a été vécu est remis. On perd "tout". La santé bien sûr, puisqu'il y a cette séparation de l’âme et du corps. On perd aussi la réputation à laquelle on peut parfois être attaché. On perd tous les biens matériels, comme nous dit l’Évangile. On perd toutes nos relations, toutes les personnes que nous avons connues. C'est le dépouillement total et nous allons tous y passer. Alors de deux choses l'une, nous dit le Christ, soit nous faisons de cette perspective future quelque chose d'horrible, quelque chose qui est de l'ordre de l'arrachement perpétuel que nous cherchons à masquer par tous les artifices possibles, soit nous l'envisageons dès cette vie et nous vivons cette vie dans cette perspective. Non pas de mourir, mais dans cette perspective de la vie éternelle.

Ne pas envisager la mort, cela fait penser un peu à toutes ces personnes qui cherchent à masquer la dégradation progressive de leur corps, ce corps qui nous a été donné, qui est appelé à croître et puis ensuite à décroître. Ne pas envisager cela fait la fortune de toutes les sociétés qui nous vendent les crèmes antirides et tous ces artifices pour essayer à 60 d’en paraître 50, à 70 d’en paraître 60 et ainsi de suite. Cela peut marcher, on peut donner l’illusion, on peut faire des liftings, mais il y a un moment où la perspective de la mort est à envisager comme proche et très sérieuse.

L'invitation que nous fait le Christ vis-à-vis de cette perspective c'est : « Accumule des biens pour l’éternité, passe cette vie à préparer l'autre vie, ne mets pas toute ton espérance dans cette vie qui passe ». A un certain moment, il faut arrêter de vouloir trop demander à cette vie. Il y a la perspective de la mort, de la séparation, de la dégradation progressive de notre corps. La vue baisse, on marche moins bien et un jour il faut s’aliter. Le Seigneur nous dit : « Soit sensé, ne perds pas le sens ! » C’est le défaut de cet homme qui, après avoir accumulé des biens, va construire des greniers pour ensuite passer une vie uniquement de jouissance des biens qu'il a accumulés. Insensé ! Rarement le Christ prononce des paroles de condamnation aussi fortes : « Insensé ! Tu as perdu le sens de ta vie ! Tu mets toute ton espérance avec laquelle je t'ai créé, une espérance d’infini, une espérance de totalité, tu la mets dans du fini, tu la mets dans du partiel, tu t'es enfermé, tu as perdu le sens ! »

Et plus loin le Seigneur dira : « Je vais te dire moi où est le vrai trésor ». Saint Paul nous en parle aussi dans sa lettre. Le vrai trésor est dans ton cœur. C’est rechercher les réalités d'en haut, c'est-à-dire accomplir ce pourquoi tu as été créé qui est aimer et être aimé. Là où est ton trésor, là sera ton cœur. À la mort tu perds tout, mais au Ciel tu vas emporter une chose, c'est le poids d'amour que tu auras eu sur cette terre. Qu'importe que tu aies été riche, puissant, pauvre ou malheureux, qu'importe que tu aies été chef d'entreprise ou femme de ménage, chauffeur de taxi, esclave ou prince, la seule chose qui compte c'est le poids d'amour que tu emportes. Là où est ton trésor, là sera ton cœur. Sois sensé, retrouve le sens. Quelle est la soif la plus forte de ton cœur ? Pour quoi crois-tu que nous avons été créés ? Pour aimer et être aimé, tout le reste ne consiste qu’en des moyens. Se marier, étudier, travailler, accumuler, les loisirs, tout cela n’est que moyen pour aimer. En cela consistent notre vie naturelle et notre vie surnaturelle ensuite.

Le seul bien qui reste est donc l’amour. D'ailleurs, le Christ nous l’a dit très clairement lors de la parabole du Jugement dernier (Matthieu 25). On sait exactement sur quoi nous serons jugés, sur quoi notre vie sera reconnue comme ayant du poids, kavod en hébreu, la gloire c'est le poids. Ta vie a du poids, justement si tu as aimé. J'avais faim et tu m'as donné à manger, j'avais soif et tu m'as donné à boire, j’étais dans un hôpital et tu m'as visité, j'étais en prison et tu es venu me voir, j'étais un étranger et tu m'as accueilli, j'étais nu et tu m'as donné un vêtement. À chaque fois que vous l'avez fait à l’un des plus petits d’entre les miens, c'est à moi que vous l'avez fait. La vie chrétienne, c'est cela. Seigneur, je te touche, je te rencontre à travers les autres. La perfection à laquelle nous sommes appelés, ce n'est pas la perfection de la construction des greniers de cet homme insensé, c'est la perfection de relation. Elle est double : perfection de relation avec le Père, avec Dieu, la prière, la verticalité et perfection de relation entre nous, dans la famille, au travail, à l’université, partout.

« Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de tout ton esprit et ton prochain comme toi-même ». Verticalité et horizontalité, perfection de relation avec Dieu, perfection de relation avec le prochain, voilà l'homme sensé. C'est ça le sens. « Accumule des biens qui demeurent éternellement ». Là où est ton trésor, là sera ton cœur. Ta vie vaut ton poids d’amour, tout le reste s’efface, tout le reste sera perdu et englouti. Au moment de la mort, il restera seulement cela.

Alors peut-être allez-vous dire : « Mais alors comment aimer ? Comment tout simplement réussir notre vie ? » Le Seigneur nous a dit : « Je te laisse l’amour, je te donne la possibilité d’aimer ». Cette possibilité d’aimer nous est donnée au baptême et ensuite, elle sera alimentée à travers le pain de vie, l’eucharistie. C'est pour cela qu'il est tellement important de s’alimenter de l’eucharistie, car nous recevons là la source d’amour pour pouvoir aimer Dieu et aimer le prochain.

Lorsque j'étais petit et que dans ma famille on me demandait d’aller acheter du pain, je répondais tout simplement : « Donnez-moi l’argent ». Je ne pouvais pas arriver dans la boulangerie en disant : « Donnez-moi une baguette gratis ». Et c'est la même chose, Dieu nous dit : « Aime, ta vie vaut ton poids d’amour, aime » et nous, nous répondons : « Donne-moi l’amour. Donne-le moi parce que si je regarde ma propre vie, mes propres forces, je me sens profondément vide, tellement de fois je ne fais pas le bien que je voudrais faire et je fais tellement de fois le mal que je ne veux pas faire. Donne-moi l’amour » et le Seigneur nous répond : « Il est dans l’eucharistie ». Apprends où trouver le Seigneur, Il est là pendant l’eucharistie, chaque semaine et si possible plus dans la semaine. Nous recevons une capacité d'aimer et nous recevons donc le sens plénier de notre vie. C’est cela qui nous permettra d'affronter tous les absurdes de la vie, les séparations, les difficultés, les maladies, les revers de fortune. Nous pourrons tout affronter, même si c'est difficile sur le moment, même si cela nous fait pleurer ou crier. C'est normal, nous sommes humains. Nous pouvons tout affronter avec la certitude de cette espérance, si nous sommes dans le bon sens et si nous travaillons vraiment à donner à notre vie ce poids d’amour qui est celui sur lequel nous serons jugés. Amen.

 
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