Photos

RECONNAÎTRE LES "SIGNES"

Ex 16, 2-4 + 12-15 ; Ep 4, 17 + 20-24 ; Jn 6, 24-35
Dix-huitième dimanche du temps ordinaire – Année B (2 août 2009)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Frères et sœurs, cette page d'évangile se situe immédiatement après l'épisode de la multiplication des pains que nous avons entendu dimanche dernier. C'est intentionnellement que l'Église nous propose pendant quelques dimanches qui se suivent, de méditer sur le mystère du pain de vie, le mystère de l'eucharistie.

Jésus, dans le dialogue qui l'oppose aux juifs qui le recherchent, leur reproche de le chercher parce qu'ils ont mangé du pain et ont été rassasiés. Ils se sont arrêtés à la nourriture immédiate, à leurs besoins immédiats, ils se sont arrêtés au miracle concret, précis, que Jésus vient d'accomplir, et si vous vous souvenez de l'évangile de dimanche dernier, leur réaction d'enthousiasme devant ce miracle a été de se saisir de Jésus pour le faire roi. Jésus qui ne veut pas de ce genre de messianité, qui ne veut pas que le rapport de l'homme et de Dieu se concentre sur ces biens périssables, Jésus s'est retiré dans la montagne tout seul, pour échapper à leur désir de le faire roi.

La réaction des juifs que Jésus refuse est très semblable à la pensée du Malin, du Tentateur. Au désert, quand Satan se trouve en face de Jésus, la première tentation qu'il lui propose, c'est : "Si tu es le Fils de Dieu, dis à ces pierres de devenir du pain". Si tu veux avoir du succès auprès de la foule, donne-lui ce dont elle a besoin, et avant tout, cette nourriture fondamentale qu'est le pain. Si Jésus est le Messie selon les idées du monde, selon les idées du prince de ce monde, s'il est le Messie, la meilleure manière pour lui de réaliser l'entente avec la foule, c'est de lui donner du pain, de lui donner ce dont elle a besoin, cette nourriture de la terre.

Mais Jésus, déjà avec Satan au désert lui avait dit : "L'homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu". Ici, il dit exactement de la même manière aux foules : "Travaillez non pour la nourriture périssable mais pour la nourriture qui demeure en vie éternelle, celle que vous donnera le Fils de l'Homme". Le Fils de l'Homme, le Fils de Dieu, le Christ est le Verbe, la Parole : vous ne vous nourrissez pas seulement de pain mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. La Parole qui sort de la bouche de Dieu, c'est le Verbe, c'est Jésus, le Christ. Il faut donc nous nourrir non seulement des nourritures terrestres, des nourritures périssables, mais de cette nourriture de Vie, de cette nourriture du cœur, de cette nourriture de notre être profond, qui est la présence même de Jésus, Verbe de Dieu, Parole de Dieu. "Ne travaillez pas pour la nourriture périssable, mais pour la nourriture qui demeure en vie éternelle".

Par un retournement de la foule qui est tout à fait versatile et que nous retrouverons au moment de la Passion de Jésus, quand la foule ayant acclamé Jésus le jour des rameaux, deux jours plus tard, demande sa mort, attisée par la haine des chefs du peuple, dans ce retournement de la foule, de la même manière ici, alors qu'ils voulaient Jésus comme roi, devant la prétention de Jésus d'être le pain de vie, d'être celui qui donne la vie ils disent : "Quel signe nous donnes-tu pour que nous croyions cela ?" Ils réclament un signe et ils renvoient Jésus à un miracle qui leur semble plus grand encore que celui qu'il vient de faire, à savoir le miracle de la manne dont nous entendions le récit tout à l'heure au début de cette eucharistie. "Il leur a donné à manger le pain qui vient du ciel". Le pain du ciel, c'est la manne que Moïse leur a donné. Il est bien plus extraordinaire de faire que tous les matins, le désert soit recouvert d'une couche de givre qui en s'évaporant laisse quelques grains de nourriture, cette manne dont les hébreux ont vécu pendant tout le temps de leur exode au désert, et dont ils ne savaient pas ce que c'était : "Mannouh", c'est de la que vient le nom de manne. Maintenant aussi ils opposent la manne aux prétentions de Jésus, c'est un miracle bien plus grand de nourrir le peuple tous les matins au désert que d'avoir simplement multiplié les pains comme Jésus vient de la faire.

Donc, la foule se retourne et d'une certaine manière, réclame à Jésus quelque chose de plus. Jésus va leur affirmer : "Je suis le Pain de Vie". Ce pain de vie n'est pas un pain que l'on mange simplement, ce n'est pas une nourriture du corps, le pain de vie, c'est la nourriture du cœur, c'est la présence de Dieu, la présence de Jésus en nous : "Celui qui mangera de ce pain que je lui donnerai, vivra".

Je voudrais attirer votre attention sur un point précis. Jésus quand il reproche aux juifs de ne pas avoir compris le miracle qu'il vient d'accomplir, dit ceci : "En vérité vous me cherchez non pas parce que vous avez vu des signes". C'est très important de remarquer que dans tout l'évangile de saint Jean, quand Jésus parle des miracles, il n'emploie pas le vocabulaire du miracle, il dit toujours : "des signes", c'est-à-dire des réalités qui signifient, qui nous renvoient à plus loin que l'immédiat. Un signe, c'est une réalité concrète, visible, tangible, mais qui nous parle d'un au-delà inaccessible que ce signe nous permet d'entrevoir comme à tâtons. Un signe, c'est par exemple précisément la manne qui, descendant du ciel, manifeste la présence de Dieu qui veut sauver son peuple en le faisant traverser le désert. La manne, ce pain mystérieux, c'est le signe de la sollicitude de Dieu pour son peuple. Dieu voulait manifester au peuple d'Israël qu'il était proche de lui. Alors, devant le désert, le lieu de la soif et de la faim, Dieu donne au peuple une nourriture qui vient du ciel, il donnera aussi l'eau du rocher pour qu'il se désaltère, afin que ceux qui ont faim puissent manger à leur faim, et ceux qui ont soif puissent boire à leur soif.

La manne est donc un signe de la présence de Dieu. Mais Jésus invite ses auditeurs à aller plus loin dans cette recherche. La manne n'est pas seulement le signe de la sollicitude de Dieu, elle est le signe du véritable pain du ciel qu'est Jésus, car de même que la manne descendait du ciel, Jésus est descendu du ciel par l'Incarnation pour nous donner cette présence de Dieu qui est la nourriture véritable de notre vie et de notre cœur. Jésus est le pain de la vie, il est la nourriture qui nous donne la vraie vie. C'est cela un signe. Vous remarquez que les juifs renvoient en quelque sorte à Jésus sa propre parole : "Quel signe nous donnes-tu pour que nous croyions en toi ?" Ils reprennent le mot même de "signe" employé par Jésus en le retournant comme une preuve. Pour eux, le signe n'est plus simplement un don qui nous conduit au-delà de lui-même à la découverte du mystère de Dieu, le signe pour eux, c'est une preuve. C'est là qu'ils présentent la manne comme la vraie preuve de la présence de Dieu. La présence de Dieu, dans l'Ancien Testament, c'est la manne qui en est le symbole, tandis que pour Jésus, la manne est le signe d'un autre Testament, d'une autre Alliance qu'il vient inaugurer et ce ne sera plus simplement un pain matériel même miraculeux comme la manne, ce sera lui-même qui se donnera en nourriture.

Dans les dimanches qui viendront, Jésus va nous conduire plus loin encore dans ce mystère. Non seulement, il est le pain de la vie parce qu'il est la nourriture du cœur, la nourriture de notre existence profonde. Non seulement Jésus est le Pain de Vie, mais encore, il va nous donner sa présence à travers un pain bien plus mystérieux encore que la manne, ce sera l'eucharistie. Ce pain qui va devenir le corps même du Christ, ce pain qui va être concrètement mangé par nous, pour que nous mangions la chair du Christ, qu'elle nous nourrisse et devienne notre propre chair. Ceci c'est ce que la suite de l'évangile nous donnera dans les pages que nous lirons les dimanches qui viennent.

Retenons aujourd'hui cette vérité fondamentale à travers les œuvres de Dieu, à travers tout ce que Dieu accomplit dans nos vies, dans son Église, dans l'histoire, il faut savoir lire des signes de la présence de Dieu, de sa vie, de sa miséricorde et de son amour. Tout ce qui nous arrive, tout ce qui se passe dans nos vies, tout ce qui se passe dans le monde est signifiant. C'est toujours une révélation partielle, tout à fait commençante mais déjà profondément nourrissante, une révélation de ce mystère de la présence aimante de Dieu dans le monde et dans nos vies. Il faut que nous sachions lire les signes. Il faut que nous sachions lire dans ce pain qui nous sera donné tout à l'heure, la nourriture par excellence qui est le corps même du Christ qui veut devenir notre propre corps, qui veut transformer notre corps en sa chair, pour que nous soyons véritablement les membres de son corps. Comme le dit saint Paul : "Nous formons un seul corps, nous tous qui avons part au même pain".

Frères et sœurs, nous allons recevoir ce pain de vie, nous allons recevoir le Christ. Qu'il soit la nourriture de notre vie, de notre corps, de notre cœur, de notre âme.

 

AMEN

 
Copyright © 2020 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public