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DIEU A BESOIN DES HOMMES

Is 55, 1-3 ; Rm 8, 35+37-39 ; Mt 14, 13-21
Dix-huitième dimanche du temps ordinaire – Année A (31 juillet 2011)
Homélie du Père Jean-Noel T'CHA


Mosaïque à Tabgha
Frères et sœurs, quand je méditais sur le texte de cette péricope de l'évangile de saint Matthieu, j'ai eu à réfléchir sur l'actualité de notre monde d'aujourd'hui. C'est un monde où un grand nombre de personnes végètent dans la misère et dans le même temps, une poignée de personnes repues se livrent à des innovations macabres, innovations parce qu'ils n'ont plus rien à faire et qu'il faut toujours inventer. Je ne vous dis rien de nouveau, il suffit d'ouvrir les premières pages d'un journal il suffit de cliquer sur le bouton de votre télé et vous verrez tout ce qui se passe : des tueries par ici, des crimes par là. Ce sont des gens qui sont repus, rassasiés, ils ne savent plus quoi faire, alors, ils innovent ! Il faut chercher du neuf, du merveilleux, du spectaculaire.

Cette mentalité macabre ne date pas d'aujourd'hui, elle existe depuis que l'homme est apparu sur la terre. L'évangile que nous venons d'entendre en est une belle illustration. Quand on resitue ce passage l'évangile dans son contexte, on se rend compte que cela se passe après que Jean-Baptiste a été décapité, mis à mort par Hérode qui ne pouvait plus supporter l'humiliation et la honte devant les déclarations de Jean-Baptiste. Après ce meurtre, Jésus le cousin de Jean-Baptiste a voulu se retirer dans le désert pour faire le deuil dans la prière. Et cette foule qui végétait dans la misère aux côtés de ce grand repus d'Hérode, a suivi la barque de Jésus. Il y en a même qui l'ont précédé puisqu'en débarquant, les disciples virent une grande foule. Ces gens avaient faim, eux aussi comme ceux de notre monde actuel, ils avaient faim et soif. Il faut que le faiseur de miracle s'exécute encore, il faut qu'il réagisse et fasse quelque chose. Et je me doute bien que tous ceux-là qui suivaient Jésus, tous, sont venus pour écouter la Parole de Dieu. Mais il faut d'abord manger ! Les philosophes disent qu'il faut d'abord manger et ensuite, philosopher, que le ventre affamé n'a point d'oreilles.

Les gens disent : Jésus, nous voulons manger, nourris-nous d'abord, nous voulons ici le Royaume des cieux, et Jésus est pris de pitié comme le souligne l'évangéliste. Il demande à ses disciples : "Y aurait-il un peu de pain dans un carton quelque part, dans un panier ?"Question un peu absurde devant le nombre de personnes à nourrir. En effet, on nous a dit qu'il avait là cinq mille hommes sans compter les femmes et les enfants, ce n'est pas pour humilier les femmes ni les enfants. Un commentateur contemporain qui dit qu'en fait, c'est parce que Jésus savait que les femmes ne mangent pas beaucoup qu'on ne les compte pas parmi les mangeurs ! Comme les hommes mangent beaucoup, c'est ceux-là qu'il faut prendre en compte et faire le miracle en conséquence.

Je crois que les disciples devaient trouver la question de Jésus un peu délirante, leur maître est en proie à des sentiments de deuil parce que son cousin vient de mourir. Ils ont gardé leur calme et répondent à Jésus : "Seigneur, regarde tout ce monde, même le salaire de plusieurs années ne suffirait pas à acheter de la nourriture". Et dans l'évangile de saint Jean, on signale la présence d'un petit garçon qui avait quelques pains et deux petits poissons. Et c'est André qui va dire à Jésus qu'il y a là un enfant qui dispose de cinq pains et de deux poissons, mais qu'est-ce que cela pour autant de personnes. Et cependant, Jésus leur dit : "amenez-moi ces petits poissons et ces cinq pains".

Ce qui fait l'originalité de ce miracle et qui tranche avec le miracle de la manne dans l'Ancien Testament, la manne tombait du ciel directement, mais ici, Jésus n'a pas voulu faire du pain à partir de rien. Il n'a pas voulu succomber à la tentation à laquelle il a été soumis, de changer des pierres en pains. Jésus a eu besoin de recourir à la collaboration de l'homme. Et l'image qui est prise ici est très significative : un enfant qui avait du pain. Un enfant, c'est quelque chose de fragile, et il avait un peu de pain. Jésus a voulu mettre à contribution cet enfant pour que le miracle soit possible. C'est pour dire tout simplement que Dieu a besoin de nous, de chacun de nous, quelle que soit notre position sociale, on n'a pas besoin d'être riche pour faire le miracle aujourd'hui.

On n'a peut-être plus besoin du miracle de la multiplication de pains, mais on a besoin du miracle du partage. Le miracle du partage voilà ce qui sera d'actualité et pour toujours. C'est admirable de voir que cet enfant s'est sacrifié. C'est un risque parce qu'il ne savait pas ce qui allait se passer, mais il a donné, il a pris le risque de donner, de se donner.

C'est une interpellation pour nous qui voulons mettre nos pas dans les pas du Christ. Pour citer quelques exemples, voyons ces personnes qui, à leur manière, ont multiplié le pain. Je parlerai ce matin de saint Martin qui a coupé son manteau pour vêtir un pauvre, c'est aussi le miracle de la multiplication des pains puisque l'homme ne vit pas seulement du pain dit Jésus. On se nourrit du pain pour être plus homme. Souvenez-vous du miracle de la veuve de Sarepta, elle n'avait plus rien, qu'une poignée de farine, et quand Élie est arrivé, elle a tout vidé pour lui faire un gâteau. C'est une autre manière d'opérer le miracle de la multiplication des pains, ou plus exactement, le miracle du partage. Souvenez-vous du miracle de Mère Térésa à Calcutta qui s'est vouée complètement au service des pauvres, des plus humbles pour que l'homme devienne davantage homme.

Voilà aujourd'hui le devoir qui nous incombe, le devoir de multiplier les pains pour les plus nécessiteux. Certains théologiens trouvent dans ce passage de l'évangile une préfiguration au don du Corps et du Sang de Jésus. Désormais, Jésus ne nous donnera plus du pain et du poisson, c'est son Corps et son Sang qu'il nous donnera. A l'instar de cette foule immense qui suivait Jésus, et qui voulait manger, courons de toutes nos forces, de toute notre énergie, à la table sainte où Jésus nous invite pour communier ensemble et pour vivre la communion, pour vivre l'amour, la solidarité et le pardon.

Demandons au Seigneur la grâce d'une écoute attentive aux divers cris qui nous entourent dans le monde, que nous puissions comme lui répondre aux besoins de l'humanité qui crie au bord du désespoir.

 

AMEN

 

 

 

 

 

 
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