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SEIGNEUR SAUVE-MOI!

1R 19, 9a.11-13a ; Rm 9, 1-5 ; Mt 14, 22-33
19ème dimanche du temps ordinaire – année A (13 août 2017)
Homélie du père Jean-Noël N’TCHA

 

Frères et sœurs en Christ, la première lecture et l’évangile de ce jour nous parlent de deux manifestations extraordinaires. Dans la première lecture, il est question de la rencontre entre Elie et le Seigneur, et dans l’évangile, de celle de Jésus avec ses disciples dans la barque.

Pour ce qui concerne Elie, sa rencontre avec le Seigneur se situe dans un contexte où Israël vivait un temps difficile parce que le roi Achab, qui épousa la fille du roi de Tyr, Jézabel, favorisait par ce fait même le culte de l’idolâtrie. Les prêtres de Baal étaient devenus les fonctionnaires du palais et offraient un culte aux divinités de la foudre, de la fertilité ou du vent. C’est dans ce contexte qu’Elie dit non et leur lance un défi sur le Mont Carmel. Vous connaissez la suite : la reine Jézabel, piquée de colère, réclame la tête d’Elie, qui prend la fuite et va jusqu’en Egypte sur le mont Horeb. Là, il vit une expérience douloureuse de l’absence de Dieu.

Dans l’Evangile, les disciples font aussi l’expérience d’un désespoir. Ils étaient tous ensemble ; Jésus les renvoie de l’autre côté de la rive et Lui s’en va. Voici la tempête qui se soulève, les vagues balancent la barque et les disciples se retrouvent comme des orphelins sans défense. D’où leur viendra le secours ? Encore une absence de Dieu.

Mais dans la première lecture, comment Elie a-t-il découvert Dieu dans cette manifestation ? Elie était habitué à la théophanie spectaculaire. Il pensait voir Dieu tout-puissant dans une théophanie foudroyante. Mais non ! Il est écrit : « Un grand vent est passé et Dieu n’était pas dedans ». Elie se demande ce qui se passe. Un grand feu ! Elie regarde mais Dieu n’est pas dedans. Où Dieu peut-Il être en dehors de ces lieux terrifiants, où est-Il ? Puis une brise légère et Dieu était là ! Bien sûr, ces éléments naturels ne sont pas identifiés à Dieu, mais Dieu s’en sert pour se manifester. Dieu était dans la brise légère. Ainsi, on ne peut faire l’expérience de Dieu que dans le silence. On ne peut écouter sa voix que dans le silence, non dans le brouhaha ni dans le bruit.

Dans l’Evangile, lorsque Jésus a quitté ses disciples, où est-Il allé ? On dit qu’Il est allé prier, mais pour qui ? Justement, pour cette communauté ecclésiale, pour l’Eglise, pour ses disciples afin qu’ils tiennent bon pendant son absence. De l’autre côté, les disciples se croyaient abandonnés alors que le Maître était en train de prier pour eux ! Et quand la rencontre s’est faite sur la barque, ce fut l’extase de Pierre : « Si c’est vraiment Toi, ordonne que je marche aussi sur les eaux », ce qui fut fait. Mais par la suite, Pierre regretta d’avoir demandé ce privilège. Il commence à sombrer. L’évangile nous dit que c’est parce qu’il avait douté. Mais un commentateur un peu critique précise : « Non, c’est parce que Pierre avait pensé qu’il marchait comme le Maître ». Il n’a pas marché sur l’eau comme le Maître mais grâce à Lui. Voilà la différence ! Il a commencé à s’enfoncer parce qu’il a éprouvé cette fierté orgueilleuse : « Moi aussi je marche comme le Maître », sous-entendu « je peux être, moi aussi, un petit Maître ». Non, c’est grâce au Maître et non comme le Maître.

Tous ces éléments scripturaires peuvent nous aider aussi, frères et sœurs, à remettre un peu en cause notre vie de chrétien parce que nous sommes toujours en marche dans la découverte de Dieu. Comment le faisons-nous ? Nous sommes embarqués, qu’on le veuille ou non. Une fois que vous êtes nés, vous êtes dans la barque. C’est une loi naturelle, nous sommes tous embarqués. On évolue, mais comment cherchons-nous ce Dieu-là ? Le risque –je crois que nous le vivons d’une manière ou d’une autre – est de vouloir s’affranchir de Dieu, en se disant : « Je n’ai plus besoin de Lui ». Quand l’élève n’a plus besoin de maître, c’est qu’il est devenu un maître. Si nous n’avions plus besoin de Dieu, logiquement nous serions les égaux de Dieu.

Il faut pouvoir se mettre en cause. Dans les pays développés autrefois, cela n’était pas comme cela. Je prends l’exemple de la France, fille aînée de l’Eglise, avec dès le début une ferveur spirituelle de la population. Aujourd’hui cela se voit et nous sommes dans un lieu qui le dit encore beaucoup plus clairement. Je ne crois pas qu’aujourd’hui on puisse bâtir un édifice pareil pour Dieu, ce n’est pas possible. Quand je vais à Marseille et que je vois Notre-Dame de la Garde, je me dis que les gens avaient la foi à ce moment-là ; c’est l’expression de la foi des gens. Mais petit à petit, l’homme a commencé à s’affranchir de Dieu, parce que lui aussi a commencé à mépriser la loi de la nature. On pense qu’on peut faire quelque chose sans avoir besoin de recourir à quelqu’un et petitement on s’éloigne de Dieu. On se prend même pour un dieu, avant de commencer à couler.

Mais ça n’est pas là le plus important. Le plus important est de pouvoir rebondir comme Pierre : « Seigneur, sauve-moi ! ». S’enfoncer fait partie de la loi humaine parce que nous sommes des hommes. Mais le mérite est de reconnaître que nous sommes en train de nous enfoncer et de pouvoir crier à quelqu’un que nous estimons supérieur à nous : « Seigneur, sauve-nous ! » J’espère qu’un jour, tous ensemble comme un seul homme, à l’image de Pierre, nous pourrons dire : « Seigneur, sauve-nous ! », parce que si on ne se rend pas compte qu’on est en train de sombrer, on ne peut pas demander de l’aide. C’est un exemple global mais individuellement chacun vit un moment où il fait l’expérience de l’absence de Dieu.

Mais Dieu est là ! Dans la maladie, dans les souffrances de tout genre, dans les épreuves, dans l’adversité. Notre barque balance et on se pose cette question : « Que se passe-t-il, Dieu est-Il vraiment avec moi ? ». Oui, Il est là ! Dieu est là ! Ayons le courage de dire comme Pierre : « Seigneur, sauve-moi ! ». Que la grâce de cette eucharistie nous donne cette humilité de rebondir chaque fois que nous prenons conscience que nous sombrons. Alors, nous serons comme des enfants dociles à l’écoute de leur Père qui les aime.

 
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