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SOIS SANS CRAINTE, PETIT TROUPEAU

Sg 18, 6-9 ; He 11, 1-2 + 8-19 ; Lc 12, 32-48
Dix-neuvième dimanche du temps ordinaire – année C (11 août 2019)
Homélie du Père Jean-Noël N’TCHA

" N’aie pas peur,
Laisse-toi regarder par le Christ,
Laisse-toi regarder, car Il t’aime " (bis)

Frères et sœurs, je ne vais pas vous demander d’aller vendre tous vos biens et de les donner aux pauvres. Sinon, vous deviendrez pauvres et ils seront obligés de faire la même chose, et le mouvement va continuer…

Je voudrais ce matin méditer avec vous sur un binôme : la foi et la peur. Nous vivons dans un monde où beaucoup de choses nous font peur. Nous avons parfois peur quand on sort, on a peur d’être agressé, on a peur de rencontrer un désagrément qui nous déstabilise. On a peur de se retrouver un jour seul après le départ d’un conjoint ou d’une conjointe. On a peur de la maladie, on a peur de tout, c’est normal, nous sommes humains. La peur nous tient prisonniers, et parfois nous empêche d’agir ; et nous chrétiens, elle nous empêche d’accomplir la volonté de Dieu. Nous avons peur d’oser, et beaucoup de personnes passent à côté du plan de Dieu parce que la peur domine leurs pensées.

Il suffit de regarder un peu ce qui se passe parfois dans la vie active. Je fais allusion à l’épisode du Bon Samaritain, ça continue aujourd’hui. Et nous faisons les Lévy. On n’ose pas toucher parce que nous ne voulons pas comparaître comme témoins. On voit une personne en difficulté, on passe à côté, pas parce que nous sommes méchants, on n’est pas méchant ! On a peur de se mouiller les mains, on a peur de se salir les mains. Et la peur nous contraint à faire des choses incompatibles avec notre foi.

Combien d’hommes et de femmes vivent dans cette crainte, la crainte de l’avenir ? « Que vais-je devenir demain ? De quoi demain sera-t-il fait ? » Mais la Parole de Dieu nous rappelle que nous n’avons pas à nous soucier du lendemain. Dieu se charge du lendemain. Dieu prend soin du lendemain.

La peur est simplement l’opposée de la foi. Elle nous apporte tourments et angoisses, elle nous maintient prisonniers, et les disciples n’ont pas fait exception dans cette expérience, ils n’ont pas été épargnés de cette expérience de la peur. « Sois sans crainte, petit troupeau ! », leur dit Jésus.

Ils avaient peur, mais pourquoi ? Parce que justement ils sont dans un contexte où Jésus est en train de gravir la montée pour Jérusalem, et vous savez que cette montée à Jérusalem sera irréversible. Jésus va à Jérusalem pour vivre sa Passion. Et là, les disciples se retrouvent impuissants, et le seul sentiment qui les anime, c’est la peur de l’échec. Eux qui ont tout abandonné, père, mère, famille, voici leur maître qui, résolument, a entamé la voie de l’échec. Parce qu’humainement parlant, la mort est un échec. Que vont-ils devenir, eux qui mettaient leur confiance en Lui ? Il est normal qu’ils aient peur. Et cette expérience de la peur n’était pas la première. Il y a eu des moments dans leur vie où ils ont exprimé cette peur. Rappelez-vous, la traversée de la mer ; dans la barque, ils ont eu peur. Et le maître leur dit : « Calmez-vous, n’ayez pas peur ! » Au cénacle, ils se sont enfermés parce que le maître n’est plus là, ils avaient peur. Et là encore, ils ont eu la présence ou la manifestation de Dieu, par l’intervention de l’Esprit Saint ; ils ont eu le courage, la confiance.

Quel pourrait être l’antidote qui annihile l’effet de la peur en nous ? C’est justement la foi, c’est-à-dire la confiance en soi, la confiance en Dieu. Autrement dit, la foi qui détruit l’effet de la peur, en nous. Et nous venons d’écouter l’épître aux Hébreux où nous voyons les merveilles opérées par la foi. Grâce à la foi, Abraham obéit et partit pour un endroit inconnu. Il est obligé de quitter sa terre. Grâce à la foi, Sarah, qui était à un âge très avancé, eut la joie et le privilège d’être l’origine d’une descendance nombreuse. Grâce à la foi, grâce à la foi, grâce à la foi…

Grâce à la foi, nous sommes ici aujourd’hui en train de prier, puisque nous ne sommes pas juifs. Or Jésus était venu pour les Juifs, mais grâce à la foi, nous sommes devenus de la famille du Christ. Désormais, nous n’avons plus à avoir peur parce que nous avons la foi ; même si parfois cette foi chancelle, elle vacille, elle doute, c’est l’expression de notre humanité. Nous devons nous accrocher, et nous poser parfois des questions, avoir le courage de nous poser la question : qu’est-ce qui fait notre peur ? Qu’est-ce qui m’angoisse le plus ? Chacun de nous a ses peurs, j’ai mes peurs.

Et la foi, la foi en Dieu peut être motivée simplement par la peur, mais c’est une erreur. Il y en a qui disent parfois : « Je ne suis pas chrétien, je vis ma vie comme je le veux, et quand je serai à un âge adulte, proche de la mort, je me ferai baptiser pour avoir part au Royaume des Cieux ». A ce moment, ce n’est plus une foi gratuite, c’est une foi intéressée, motivée par la peur d’être mis de côté… Notre foi ne doit pas être motivée par la peur, la peur du Jugement Dernier. La foi, c’est l’expression d’un attachement d’un fils à son père, de façon gratuite.

Voilà, frères et sœurs, ce que Dieu attend de nous : que nous ayons confiance en Lui. Et parfois, quand nous remarquons que notre barque est ballotée par les vagues, quand nous avons l’impression que notre vie n’est pas celle que nous avions programmée, confiance ! Confiance en Dieu, qui n’abandonne jamais son troupeau !

« Sois sans crainte, petit troupeau ! » Nous sommes aujourd’hui ce petit troupeau. Mettons notre foi en Dieu, ayons confiance en Lui, pas en rangs dispersés, ensemble ! Ensemble ! Et cet "ensemble" s’exprime justement par l’attention que nous portons à l’autre. Quand le texte me dit : « Allez vendre vos biens et donnez-les en aumône », ce n’est pas en tant qu’œuvre humanitaire, non ! Si c’est pour réaliser une œuvre humanitaire, ce n’est pas suffisant. A travers notre don, nous nous lions à la personne qui reçoit, nous tissons une chaîne de famille, cette famille qui marche à la suite du Christ et qui compte sur la bienveillance, la miséricorde, la bonté de Dieu qui ne laisse personne de côté.

Que la Vierge Marie, celle qui a dit oui, celle qui a bravé la peur pour dire oui, sachant qu’elle était promise en mariage, intercède pour nous ! Que nous puissions tous les jours et chaque jour, essayer de dissiper les peurs qui nous empêchent d’être heureux et heureuses.

 
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