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JÉZABEL LA TUEUSE

1 R 19,4-8

(13 août 2000???)

Homélie du Frère Bernard MAITTE

E

n ces jours-là, fuyant l’hostilité de la reine Jézabel, Élie s’assoit à l’ombre d’un buisson, découragé, et souhaitant la mort."

Ce sont les vacances, et vous me permettrez, le temps des vacances s’y prêtant, de me faire plaisir. Ce n’est pas la première fois, étant souvent ici au mois d’août, que je tombe sur l’évangile où le pain du ciel nous est donné, signe de notre eucharistie aujourd’hui. Je ne voudrais pas prêcher sur le pain du ciel, vous m’excuserez donc, mais mon plaisir sera de vous parler de la reine Jézabel. Pour ceux qui sont de passage, les excuses sont toutes faites, ils ne me reverront pas, pour les habitués je leur demande de me pardonner à l’avance.

       Jézabel ! Le pauvre Élie fuit devant une femme. Comment le plus grand prophète d’Israël, celui qui n’a eu peur de rien dans un royaume défiguré peut-il fuir devant une femme ? Je vais vous dire, il ne devait pas souvent avoir à faire aux femmes pour savoir combien parfois on peut fuir devant une femme. Oui, mais tout grand prophète soit-il, Élie doit faire face à une forte femme. Jézabel est l’épouse du roi Achab au neuvième siècle avant notre ère. C’est une païenne, fille de roi et n’est pas originaire du pays d’Israël. Elle aurait pu mener une vie comme toutes les bonnes reines mères d’Angleterre, avec leurs petits bibis et les luxes, sans se préoccuper de la marche du royaume, qui en principe appartenait à son tendre et subtil époux. Il n’en est pas ainsi.

       L’aventure de la reine Jézabel commence le jour où son falot de mari n’ose pas prendre manu militari la vigne d’un pauvre homme qui s’appelle Nabot. Ce pauvre roi Achab revient tout dépité, tout malheureux, tout triste malgré son réel pouvoir dans un royaume qui a des moyens.  Jézabel réagit aussitôt et lui promet d’obtenir cette vigne. Arrive ce qui devait arriver, la fin justifiant les moyens, elle fait assassiner Nabot. Jézabel grisée par son pouvoir ne s’arrête pas là et a bien d’autres idées dans ce royaume qui se dit être le peuple de Dieu et où le roi n’est en principe que le "lieutenant" de Dieu qui doit manifester par son service que Dieu est au service de son peuple, Jézabel, elle préfère pour ce peuple de Dieu lui instituer ses pratiques idolâtres, magiques, et de prostitution. Donc, tout ce qui était contraire au dessein de Dieu sur son peuple. Je résume ce portrait de Jézabel, une femme qui ferait aujourd'hui les choux gras de nos séries télévisées, de Dallas à honneur, gloire et fortune et autres choses du même genre, où les sentiments les plus bas, les plus vils, du pouvoir au sexe en passant par le crime, utilisant tout ce que l’homme porte en lui-même de mal et ainsi en profitant largement puisqu’il n’y a pas de mal à se faire du bien même si ce bien passe par le mal de l’autre.

       Jézabel aura d’ailleurs une fin tragique, Élie le lui avait annoncé, elle sera piétinée par des che­vaux, après avoir été défenestrée du haut de son palais, à part la tête, les mains et les pieds, on ne re­trouve même pas son corps pour l’ensevelir, il a été complètement "scratché" !

       Jézabel que vient-elle faire dans notre Eucharistie aujourd’hui ? Frères et sœurs, vous le savez, j’aime bien faire des transpositions, donc, je transpose. Si le royaume de Dieu le royaume d’Israël était l'Église catholique apostolique et romaine, (j’espère que je n’ai rien oublié ...) et que ce royaume de Dieu, cette Église soit le peuple élu, choisi et pour lequel Dieu a un dessein. Un peu comme lorsque saint Paul écrit : "Vous avez reçu la marque du Saint Esprit de Dieu, ne le contristez pas, soyez entre vous pleins de tendresse, d’indulgence, chassez toute amertume, toute colère, toute parole qui blesse l’autre, pardonnez-vous les uns les autres". Serait-il possible aujourd’hui que dans notre Église on subisse l’influence de Jézabel ? Oh non ! ce n’est pas possible, il ne peut pas y avoir de Jézabel dans notre Église. Détrompez-vous ! Il y en a, et il y en a même peut-être dans cette communauté. Mais j’irais même plus loin. Il y a une part de Jézabel en chacun de nous. Il est vrai que l'Église est un peuple servi par Dieu. Il est vrai que l'Église est au service de tous les peuples. Il est vrai que l'Église n’a pas d’autre fonction que le service. Seulement on peut abuser du pouvoir ou de ce que l’on pense être le pouvoir alors que cela devrait être un service. Je crois qu’il ne faut pas rejeter sur le péché qui blesse notre monde ou sur les magnats de la finance ou de la politique qui peuvent être des loups entre eux, mais où à côté de Jézabel ils font parfois figure d’enfants de chœur, pour excuser l'Église éventuellement d’avoir des membres qui agissent de manière pire encore que Jézabel.

       Je prends des exemples, je ne sais pas s’ils se passent sur ma paroisse, je ne veux blesser personne. Interrogeons-nous sur la manière justement dont le dessein de Dieu passe aujourd’hui dans nos commu­nautés chrétiennes. Il passe toujours par le service et par des personnes concrètes. Il suffit parfois de se sentir des ailes et un peu de pouvoir pour comme Jézabel, transformer ce service en jeu de massacre. Je vous brosse un rapide tableau de l’action Jézabélienne : prenons par exemple, à tout seigneur tout honneur, où la dernière venue qui veut rentrer se fait torpiller du regard par les anciennes et où à côté, le dernier de nos porte-avions nucléaires apparaît comme un joujou pour un marin désœuvré sur un bassin de jardin public. Et dans une paroisse, voyons un service d’aide aux plus pauvres, cela aussi peu se transformer pour instinct de possession et de reconnaissance en un véritable règlement de compte. Mais cela peut être aussi tout simplement une chose aussi belle et fragile que le service des fleurs qui se transforme en bataille rangée où le corso fleuri de Nice avec ses batailles de fleurs apparaît absolument désuet et puéril à souhait. Même si on ne rend pas de services dans l'Église, la manière d’être et de juger son voisin de chaise laisse souvent à désirer et nous renvoie aussi catégoriquement à cette méchanceté caractéristique que nous portons dans notre cœur et que Jézabel ne s’est pas laissé révéler en allant directement tuer Nabot. Il y a des manières d’être, des regards et des attitudes, des paroles qui sont plus meurtrières que certaines armes à feu.

       Oui, vous allez dire que j’ai une vision bien pessimiste de l'Église ? Je dirais plutôt objective. En tant que curé, j’ai eu à régler pas mal de problèmes de ce genre et je peux vous assurer qu’ils arrivent plus souvent qu’on ne le croit. Je n’ai qu’un souhait, c’est que nous soyons comme le prophète Élie, n mais pas comme dans ce que nous avons vu aujourd’hui Élie fuyant devant l’hostilité de Jézabel. Il ne faut pas se décourager, il ne faut pas vouloir mourir, il ne faut pas s’asseoir à l’ombre du buisson en se disant qu’on n’en peut plus qu’on en a ras-le-bol et qu’on veut quitter l'Église et la communauté chrétienne, après tout elle ne vaut pas mieux que n’importe quelle société humaine. C’est vrai, elle ne vaut pas mieux, parce que vous et moi, nous ne valons pas plus cher, et c’est ce que dit Élie : "Je ne vaux pas mieux que mes pères".

        C’est ce que nous avons entendu. Mais si nous ne valons pas mieux que nos pères, nous ne pouvons pas manquer de foi et d’espérance dans le dessein de Dieu qui nous ramène à l’essentiel. Dieu dit à Élie : “Regarde, je t’ai cuit un pain sur la braise, il y a une cruche avec de l’eau fraîche”. Un peu de pain, un peu d’eau fraîche, ce n’est rien, ce n’est pas grand-chose, mais dans le désert où Élie doit marcher quarante jours et quarante nuits pour arriver au Mont Horeb où il doit justement avoir la révélation de Dieu non pas dans une grande puissance, dans un pouvoir, ou des cataclysmes, mais dans le murmure d’une brise légère.  C’est fondamental à la vie spirituelle du chrétien, Dieu posera les signes de la simplicité et de l’humilité, dans notre eucharistie, un peu de pain, un peu de vin, un peu d’huile pour les malades, un peu d’eau pour les enfants et les adultes à faire renaître. L’humilité et la simplicité de ces signes pris du quotidien, de l’ordinaire des hommes pour que nous ne découragions pas devant les artifices et les méchancetés de ce mon que même l'Église subit. Ainsi, ne pas perdre courage, parce que le désir de Dieu, son dessein de salut et d’amour pour nous ne peut pas être vaincu par le mal ou la méchanceté de nos cœurs, et des hommes en général. Douter du salut de Dieu en son Église, en son Royaume, en son peuple choisi ce serait douter que le Christ a pu aller jusqu’à la mort et donner sa vie pour ses amis, pour que l’homme soit sauvé dans ce qu’il avait de pire, de plus mauvais, et de plus mortel dans son cœur.

       La foi chrétienne est une foi sotériologique, c’est-à-dire une foi qui propose le salut. Alors où nous sommes chrétien et nous vivons de ce salut, même si parfois nous sommes découragés au bord de la route, ou bien nous ne sommes pas chrétiens même si nous sommes dans l'Église, et notre sort sera celui de Jézabel, où il ne reste rien de son corps pour qu’on puisse l’ensevelir. Saint Paul écrivait : "Mort où est ta victoire ?" Notre réponse à nous est que la mort n’a pas le dernier mot, parce que Dieu est plus fort que la mort, plus fort que notre mal, plus fort que notre péché.

       Si nous écoutons ce que nous a dit aujourd’hui saint Paul : "Ne contristez pas la marque du Saint Esprit de Dieu", alors aujourd’hui, nous sommes comme Élie capables de découvrir dans la simplicité et dans l’humilité des réalités que nous vivons, le service et le don de Dieu. Nous serons alors capables comme Élie, de proposer, même dans un royaume défiguré, ce salut plus fort que la mort.

 

       AMEN


 

 

 

 
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