Photos

LE  PAIN DE LA VIE ÉTERNELLE

1 R 19, 4-8 ; Ep 4, 30-5, 2 ; Jn 6,  41-51a
Dix-neuvième dimanche du temps ordinaire – Année B (13 août 2006)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL


Frères et sœurs, le passage d'évangile que nous venons d'entendre ne se comprend bien que dans son contexte. Ce dialogue de Jésus avec les juifs prend la suite en effet d'une événement capital qui marque un tournant important dans la vie publique de Jésus, cet événement c'est le miracle de la multiplication des pains. La foule suivait Jésus au désert, c'est le soir, ils n'ont rien à manger. Seul un jeune homme a apporté quelques pains et quelques poissons. Jésus prend les pains et les poissons, il rend grâce à Dieu et il nourrit toute la foule.

A la suite de ce miracle, les juifs veulent s'emparer de Jésus pour le faire roi. Jésus se dérobe, il part dans la montagne pour prier, tout seul. Ensuite, Il traverse la mer avec les disciples mais la foule le poursuit et le rejoint sur l'autre bord, et c'est ici que se situe de dialogue dont nous avons entendu une parie tout à l'heure.

Jésus va d'abord reprocher à la foule de n'avoir compris les événements et particulièrement ce miracle de la multiplication des pains, que d'une manière matérielle; Ils sont au raz de l'événement, ils sont éblouis par ce qui s'est passé, et ils ne voient que la matérialité des faits. Jésus leur dit : "vous cherchez une nourriture corporelle, vous êtes émerveillés parce que je vous ai donné à manger". C'est une façon évidemment un peu courte de voir les choses. Mais, Jésus va plus loin, Il leur dit : vous ne voyez que le merveilleux, la seule chose qui vous intéresse, ce sont les miracles, c'est ce qui a l'air de sortir de l'ordinaire, et quand vous voyez accomplir des gestes auxquels vous n'avez pas l'habitude, vous criez immédiatement au prophète, à l'homme envoyé de Dieu, ne voyant dans Dieu et ses envoyés que des gestes miraculeux et extraordinaires. Cela encore, c'est voir matériellement les choses. Et plus encore, pace que j'ai fait cela, vous voulez me prendre pour des buts politiques vous voulez faire de moi le Messie qui va délivrer Israël de l'occupant romain. C'est encore une manière matérielle de prendre les choses. Jésus leur dit : là n'est pas la question. La vraie nourriture n'est pas uniquement celle qui nourrit le corps, c'est celle qui nourrit le cœur et l'âme, c'est celle qui nous nourrit intérieurement, et qui nous nourrit pas seulement la vie de la terre, mais celle qui nourrit la vie éternelle. Jésus les invite donc à un dépassement. Il ne s'agit pas simplement de nourrir une foule qui a faim, il ne s'agit pas seulement d'accomplir des merveilles et de restaurer Israël dans son autonomie politique terrestre, il s'agit de tout autre chose. Ne regardez pas seulement à la matérialité des choses, mais regardez à l'esprit. Alors Jésus entreprend à ce moment-là de leur dire : le vrai pain, ce n'est pas celui que je viens de multiplier. Le vrai pain qui nourrit non seulement le corps mais plus profondément le cœur et l'âme, le vrai pain qui ne donne pas seulement la vie de la terre, mais qui donne la vie éternelle, ce vrai pain, c'est Dieu qui vous le donne. Ce vrai pain, c'est moi qui suis le Pain de Vie. Là, les juifs sont décontenancés Voici que tout à coup, Jésus passe d'un niveau qui leur semblait accessible, celui du merveilleux, celui des miracles, celui du pain qu'ils ont mangé. Il passe à autre chose : je suis le Pain vivant. Je suis le Pain vivant, c'est-à-dire, le pain qui donne la vie non seulement au corps, mais encore plus au cœur et à l'âme, je suis le Pain vivant parce que je descends du ciel.

Les juifs avaient l'habitude de parler d'un pain qui vient du ciel en se référant à l'événement de la manne, et Jésus va y faire allusion dans ce dialogue. Au désert quand le peuple avait faim, Moïse avait prié Dieu et Dieu avait envoyé cette nourriture mystérieuse, qui dans la nuit, se déposait comme une rosée, et qui une fois la rosée évaporée, laissait une granulation dont ils se sont nourris pendant quarante ans au désert. C'était un pain venu du ciel, puisque c'était un don de Dieu. Mais Jésus leur dit : le vrai pain venu du ciel ce n'est pas la manne. La véritable relation avec Dieu, ce n'est pas celle des prodiges et des miracles. Ce n'est pas parce que pendant quarante ans, le peuple au désert a été nourri par la manne, ce n'est pas pour cela que nous atteignons à la rencontre de Dieu, ce n'est pas parce que je viens de multiplier à mon tour le pain dans le désert que vous avez touché Dieu. La véritable manière de toucher Dieu, c'est de vous laisser enseigner dans le cœur, en profondeur, par ce pain vivant venu du ciel que je suis.

Et Jésus les invite donc à passer des événements politiques de la terre à la vie éternelle, de la nourriture du corps à la nourriture du cœur, des signes accomplis à la signification de ces signes, car si Jésus a nourri leur corps, c'est pour les inviter à découvrir cette nourriture plus profonde, et Jésus peut dire à la foule : vous vous arrêtez à la surface des choses, vous ne lisez pas à travers les actes que j'accomplis, la signification qu'ils portent en eux. La vraie nourriture, c'est de vous laisser pénétrer par ma présence, par le don que je veux vous faire et qui vient de Dieu Voilà donc la première partie de notre dialogue de Jésus avec les juifs. Devant leur conception toute matérielle du pain qui nourrit le corps, de la religion qui est faite de Dieu et de miracles éblouissants, de l'importance dans la vie accordée d'abord aux réalités politiques de la terre et pas à l'éternité du ciel, Jésus donc, les invite à un dépassement d'ordre spirituel.

Mais Jésus ne s'arrête pas là, et nous ne devons pas nous aussi, nous arrêter là. Car cette nourriture du cœur, de l'âme, de l'esprit n'est pas une nourriture purement intellectuelle, mentale, morale, la nourriture que Jésus veut donner, ce Pain de Vie qu'il veut donner à ses disciples, c'est aussi la nourriture du corps. C'est là qu'il va y avoir dans le dialogue de Jésus un renversement. Après les avoir invités à ne pas regarder la surface des choses, mais à pénétrer à l'intérieur, à découvrir les réalités de la vie spirituelle, Jésus va leur montrer que cette vie spirituelle en réalité, s'étend aussi aux choses du corps, aux choses matérielles, et aux réalités terrestres. Et déjà, nous voyons apparaître cette dimension, quand à plusieurs reprises Jésus dit : "Celui qui mangera ce pain, vivra éternellement, et je le ressusciterai au dernier jour". Voilà que ce pain qui nourrit le cœur et l'âme, qui nous est envoyé par Jésus-Christ, ce pain qui est la vie éternelle, ce pain n'est pas une réalité purement spirituelle. Plus exactement, le spirituel englobe aussi le corporel. Ce pain n'est pas seulement nourriture de l'âme, il est aussi résurrection de la chair. C'est là que nous touchons à l'élément décisif de notre foi qui quelquefois fait difficulté même pour certains chrétiens, nous ne sommes pas appelés à un salut purement spirituel, à une immortalité de l'âme, nous sommes appelés à un salut de l'homme tout entier, de son âme, de son cœur, de son corps, et le corps est appelé à ressusciter : "Je le ressusciterai au dernier jour". La réalité spirituelle n'est pas simplement cantonnée dans le mental, mais au sens exact du terme, c'est la réalité qui nous est apportée par l'Esprit de Dieu. Et l'Esprit de Dieu ne se contente pas de remplir notre cœur et notre âme, mais l'Esprit de Dieu pénètre aussi toutes les fibres de notre être et il a pour but et ambition de nous ressusciter tout entier : âme et corps. Jésus nous invite à cette nourriture spirituelle qui va nous prendre tout entier, dans la totalité de ce que nous sommes, dans le plus profond de notre cœur, de notre intériorité, et aussi dans la totalité de notre chair, de notre corps, de notre vie terrestre, car la vie du ciel n'est pas une autre vie qui s'ajouterait de l'extérieur à la vie de la terre, mais c'est la vie de la terre transfigurée, transformée de l'intérieur. "Je le ressusciterai au dernier jour".

Et nous comprenons alors que ce pain vivant qu'est Jésus, ce pain qui donne la vie, ce pain qui descend du ciel, va se donner à manger corporellement, matériellement à nous. La manière dont Jésus va se communiquer à nous, c'est qu'il va nous donner un pain qui est son corps, pour que nous mangions sa chair. Il va nous donner un vin qui sera son sang pour que nous buvions son sang, car c'est dans ce contact charnel d'un pain que l'on mange, d'un vin que l'on boit, d'un pain qui et la chair du Christ, le corps du Christ, d'un vin qui est son sang, c'est dans ce contact profondément corporel avec le Christ que se noue la transfiguration de notre vie que se noue la spiritualisation de notre vie. Vous voyez, il ne faut pas imaginer le spirituel comme à part du corporel. Le spirituel c'est une puissance divine, la puissance de l'Esprit de Dieu, c'est cela le sens du mot spirituel, qui vient au cœur de toute notre vie, dans sa dimension mentale comme sa dimension corporelle qui vient au cœur de notre vie pour transformer ce que nous sommes, et que nous soyons tout entier ressuscités. Car, le pain que vous allez manger tout à l'heure, le vin que vous allez boire, ce sont le corps et le sang du Christ, le corps du Christ ressuscité, qui s'est relevé de la mort, c'est le corps du Christ qui nous ressuscite, qui prépare en nous le ferment de la résurrection, et toutes les fois que vous mangez ce pain qui est le corps du Christ, votre corps petit à petit est transformé de l'intérieur pour un jour ressusciter, c'est-à-dire, se relever de la mort. C'est cela la promesse de Jésus. Jésus ne s'adresse pas à nous simplement à un niveau mental, intellectuel, que nous appelons spirituel, il s'adresse à nous dans la totalité de ce que nous sommes, et c'est dans notre chair, dans notre corps, comme dans notre esprit que nous sommes appelés à la résurrection et à la vie éternelle, par ce pain et ce vin que nous mangeons et que nous buvons.

 

AMEN

 

 

 

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public