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L'ATTENTE

Sg 18, 6-9 ; Hb 11, 1-2+8-19 ; Lc 12, 32-48
Dix-neuvième dimanche du temps ordinaire – Année C (12 août 2007)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL


 

Frères et sœurs, cette page d'évangile nous recommande donc de veiller, d'être vigilants, de nous maintenir dans l'attente. Ce n'est pas le seul passage de l'évangile où Jésus donne à ses disciples un tel conseil, parmi beaucoup d'autres. Souvenez-vous de la parabole des dix vierges dont coin avaient pris de l'huile dans leurs lampes et cinq avaient oublié d'en prendre. C'est donc une recommandation assez fréquente dans l'évangile que cet appel à la vigilance.

Je voudrais réfléchir avec vous un tout petit peu sur cette attitude si profondément chrétienne, si profondément recommandée par le Christ, qui est celle de l'attente. Nous pourrions être tentés au premier abord de rapprocher cette attitude du désir. Dans les deux cas, la polarisation de notre cœur est sur quelque chose qui n'est pas là, sur une absence. Comme nous venons de l'entendre : "Heureux le serviteur, que le maître quant il arrivera", car les serviteurs sont dans l'attente de leur maître à son retour des noces. Le désir, c'est aussi cet élan intérieur qui nous tourne vers ce qui manque, ce qui n'est pas là. Vous vous souvenez peut-être de ce magnifique texte de l'épître aux Philippiens où saint Paul décrit la vie chrétienne comme un immense élan de désir. Voici ce qu'il dit : "Oubliant le chemin parcouru, je m'élance de tout mon être, je vais droit de l'avant, tendu, courant vers le but en vue du prix que Dieu nous appelle à recevoir dans le Christ Jésus. Je ne me flatte pas d'avoir déjà saisi, d'être déjà au but et d'être devenu parfait, mais je poursuis ma course pour tâcher de saisir ayant été moi-même sais par le Christ Jésus".

Vous voyez tout de suite la nuance qu'il y a entre ce désir dont saint Paul nous donne ici une magnifique description, et puis l'attitude d'attente dont nous parle l'évangile d'aujourd'hui. Dans le désir il y a une véhémence, il y a un élan, une sorte de course en avant comme le dit saint Paul. Le désir est une réalité dynamique qui nous fait accélérer notre marche tant nous sommes aspirés par ce but : "J'ai été saisi c'est pourquoi je voudrais saisir" dit saint Paul. Il est certain que par rapport à cette attitude du désir, de l'élan, l'attitude de celui qui attend paraît plus statique. Il ne s'agit pas de courir après le maître, il s'agit de rester immobile, à la maison, attendant que le maître vienne. Nous pourrions penser que cette attente si importante soit-elle n'a pas exactement la même valeur, la même intensité que le désir, ce désir qui nous transporte, qui nous fait courir en avant. Les choses ne sont pas aussi simples. Certes le désir et l'attente sont l'un et l'autre tournés vers ce qui nous manque, et plus précisément Celui qui nous manque, car le désir dont parle saint Paul comme l'attente dont nous parle l'évangile, c'est le désir du Christ, c'est l'attente du Christ.

Le désir nous semble plus dynamique, pourtant, il y a dans l'attente des caractéristiques d'une très grande profondeur. Tout d'abord l'attente, c'est durer, non pas que le désir ne soit que passager, mais l'insistance du désir sur l'élan, sur la course, ne met pas en valeur la même manière de cette longue patience qui fait partie de l'attente. Plus profondément encore, cette longue patience vient de ce qu'on ne sait pas exactement ce que l'on attend. Le désir lui, a un but. Il sait vers qui il s'élance, "c'est parce que j'ai été saisi que je veux saisir à mon tour", dit saint Paul. Tandis que le serviteur attend jusqu'à la deuxième puis la troisième, la quatrième veille, c'est-à-dire jusqu'au début de la nuit, puis au milieu de la nuit, et enfin, jusqu'au moment où l'aurore commence à poindre. Le texte nous dit de façon tout à fait explicite: "Tenez-vous prêts car c'est à l'heure que vous ne savez pas que le Fils de l'Homme viendra". Nous ne savons pas quand cette attente débouchera et à vrai dire, nous ne savons pas sur quoi cette attente débouchera.

Il y a donc dans l'attente une sorte de remise totale de nous-mêmes entre les mains de Dieu. Non seulement nous sommes tournés vers Dieu, mais encore, nous remettons entre ses mains, le moment et aussi la qualité de la rencontre qui aura lieu. Nous cela, nous en faisons l'abandon, parce que nous sommes confiants dans le Maître. Cette confiance fait que nous ne cherchons pas à déterminer le moment où notre attente sera comblée, ni la manière dont elle sera comblée. Tout cela, nous le remettons entre les mains du Seigneur. C'est la grandeur de l'attente que cette ignorance de ce que nous attendons. C'est la grandeur parce qu'elle nous ouvre précisément à ce qui dépasse de toute façon non seulement ce que nous possédons, mais même ce que nous pouvons imaginer, cela dépasse même notre désir, car l'attente comme le dit admirablement saint Paul c'est se tourner vers "ce que l'œil n'a pas vu, ce que notre oreille n'a pas entendu, ce qui n'est même pas monté au cœur de l'homme, tout ce que Dieu a préparé pour ceux qu'Il aime". Dieu a préparé pour nous non pas quelque chose que nous pourrions imaginer et donc désirer, mais Il a préparé bien au-delà de tout désir possible et c'est là que nous nous remettons totalement entre ses mains.

Cette attitude d'attente, de patience a une telle grandeur qu'elle est finalement très proche de la foi. La foi aussi, c'est ce tourner vers un mystère qui nous échappe, que nous ne pouvons aucunement mesurer. Croire c'est avancer dans la nuit en faisant confiance totale à Dieu qui se révèle et qui nous conduit vers un bonheur que nous ne pouvons pas évaluer, imaginer, mais que nous attendons avec certitude parce que Dieu en est le garant.

Dans l'attente comme dans la foi, il y a cette remise totale entre les mains de Dieu et c'est la grandeur de cette attitude. C'est aussi l'humilité de la foi et de l'attente. Nous ne sommes que les serviteurs de ce mystère qui nous dépasse, seulement être le serviteur du mystère, c'est peut-être humblement la plus grande chose possible puisque Jésus lui-même s'est fait serviteur : "Je suis parmi vous comme celui qui sert", et cette parabole que nous venons de lire nous rappelle le geste du Christ à la dernière Cène : "Heureux ces serviteurs que le maître en arrivant trouvera en train de veiller, en vérité je vous le dis, il se ceindra, il les fera mettre à table et il les servira". Et Jésus a servi ses disciples, il est allé même jusqu'à leur laver les pieds. Par conséquent, les serviteurs de ce mystère qui nous dépasse, faire confiance à Dieu dans la nuit, tendre les mains vers Dieu dans la nuit, c'est la grandeur de la foi, c'est la grandeur du serviteur, c'est la grandeur de celui qui gratuitement remet toute sa vie entre les mains de Dieu.

 

AMEN

 

 

 

 
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