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LA FOI

Sg 18, 6-9 ; Hb 11, 1-2+8-19 ; Lc 12, 32-48
Dix-neuvième dimanche du temps ordinaire – Année C (8 août 2010)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC


Dieu marche toujours à nos côtés …

 

"A qui l'on a beaucoup donné on demandera beaucoup, à qui l'on a beaucoup confié, on réclamera davantage". Frères et sœurs, en plein milieu des vacances scolaires, on aurait peut-être préféré avoir des lectures un peu plus agréables à entendre, un peu plus faciles à comprendre, bref, des lectures pour ce temps de vacances et pour se reposer.

Or, il faut bien l'avouer, en ce jour, non seulement la finale de l'évangile est dure à entendre, mais le thème global de la liturgie est aussi difficile à comprendre : c'est la question de la foi. Je ne vais pas vous faire tout un cours sur la foi, mais les lectures de ce jour peuvent nous permettre de saisir à peu près trois perspectives. Il y a la foi, celle dont vous entendez parler auprès de gens pas du tout chrétiens, pas du tout croyants, un peu croyants. La foi qu'est-ce que c'est ? cela se résume en l'existence ou la non-existence de Dieu. Avoir la foi, c'est dire : il y a quelque chose, comme on le dit souvent, ou d'autres quand même diront : il y a quelqu'un, mais je n'en sais pas plus.

Il faut avouer que c'est un peu limite ! La question de la foi n'est pas tout à fait la question de l'existence. Il y a des choses qui peuvent très bien exister sans que j'aie envie de mettre ma confiance en ces choses, ou en ces personnes. La foi, c'est plus que la question de l'existence ou la non-existence de Dieu. C'est fondamental, et cependant, c'est ce qui est oublié de la part de beaucoup de nos contemporains.

Ensuite, il y a la foi telle qu'elle nous est décrite dans le livre de la Sagesse que nous avons entendu. Ces chapitres sont extraordinaires. Je vous invite à les relire, du chapitre dixième au chapitre dix-neuvième, le livre fait une sorte de grande relecture de l'histoire d'Israël à travers l'éloge de la Sagesse. Qu'est-ce que c'est que l'éloge ? C'est essayer de comprendre les origines, la nature et les œuvres posées par une entité, une essence, c'est-à-dire ici, la sagesse. Le peuple d'Israël célèbre sa foi dans la sagesse qui est la manifestation de l'amour et du salut de Dieu pour lui. La foi dans ce cas-là, et c'est aussi le cas pour beaucoup d'entre nous, c'est la confiance que nous mettons en quelqu'un. La confiance que nous mettons dans la sagesse, la confiance que nous mettons dans le Christ, etc…

Et ensuite, l'évangile semble chambouler complètement les perspectives. Quand on lit les grands chapitres du livre de la Sagesse, ou du livre de l'Ecclésiastique qui reprend la même chose, le livre peut nous tomber des mains, on peut se dire : cette éloge est magnifique mais moi, cela ne m'est pas arrivé et je ne vois pas pourquoi je mettrais ma foi en quelqu'un qui ne s'est jamais manifesté dans ma vie, qui ne m'a jamais aidé, qui ne m'a pas aimé, et qui ne m'a pas sauvé. Envisager la foi uniquement sous le rapport de la foi d l'homme vis-à-vis de Dieu, c'est une arme aussi à double tranchant. De fait, et il faut l'entendre aussi de la part de nos contemporains, on peut se retirer de cette relation en disant : si c'est cela la foi, moi je n'ai pas la foi ! car la sagesse, le Christ ne s'est jamais manifesté, il n'a rien fait pour moi, et j'avance comme je peux dans cette vie complètement à l'aveuglette.

L'évangile, comme je le disais il y a un instant, va chambouler cette relation à la fois pour le meilleur et pour le pire parce que cela ne va pas s'arranger pour nous, et c'est la raison pour laquelle la finale de l'évangile est si difficile à entendre et à accepter de notre part. En fait, ce que nous dit cet évangile, c'est que la foi ce n'est pas de savoir si cela existe ou si cela n'existe pas. La foi ce n'est pas uniquement mettre notre foi, notre confiance dans le Christ, la foi paradoxalement, c'est aussi toute la confiance que Dieu met en l'homme et cela, on l'oublie trop souvent. Ce n'est pas déprécier le salut de Dieu, ce n'est pas déprécier la grâce que Dieu donne à chacun d'entre nous, que de rappeler que la foi n'est pas simplement la foi que l'homme met en Dieu, mais aussi la foi que Dieu met en l'homme.

Evidemment, là aussi, vous me direz : oui, moi j'ai l'impression qu'on ne m'a pas donné beaucoup, et quand j'entends la deuxième lecture tirée de l'épître aux Hébreux, c'est extraordinaire, cet homme, Abraham qui obéit en aveugle on lui dit : pars, et il part, sacrifie ton fils, et il sacrifie son fils. Lui, il est parfait. Je comprends que Dieu mette sa foi dans un homme aussi obéissant. Mais moi, quand je me regarde, je ne vois que péchés, je ne vois que doutes, je ne vois que limites, cela ne marche pas. D'ailleurs, vous avez entendu cet évangile, au bout d'un moment le serviteur se lasse d'attendre le retour de son maître, et il se laisse un peu aller à la boisson, à la violence …

C'est là peut-être qu'il serait bon de relire les fameux chapitres dans la Genèse où l'on relate l'histoire extraordinaire d'Abraham. C'est très court, c'est truculent, c'est comme un petit roman, lisez le cycle d'Abraham. Car enfin, on découvre toute l'ambiguïté de cet homme. Cet homme en qui Dieu a mis sa foi, je peux vous l'assurer, est rempli de défauts, de doutes, et de péchés. C'est le même homme qui part vers la Terre Promise, et qui au moment où il y a la famine descend en Égypte. C'est le même homme qui à la fois est fidèle à sa femme Sara et qui en même temps par peur de se faire tuer par Pharaon, n'hésite pas à la faire passer pour sa sœur. Ce qui est très beau dans le cycle d'Abraham c'est l'alternance entre la grâce que Dieu donne à Abraham et ce qu'il est capable d'en faire de plus beau et de plus extraordinaire, la justice et la foi, et en même temps le vieil homme, comme dirait saint Paul, qui reste ancré dans cet homme et qui de temps en temps ressurgit. Dieu ne revient pas sur sa foi en Abraham, et Dieu l'accompagne à chaque instant, il ne le lâche pas.

Frères et sœurs, en ce temps de vacances, où nous sommes invités à méditer sur la foi, une question si grave et si difficile, je crois que les lectures que nous avons entendu ce matin, et plus particulièrement cette quatrième lecture du cycle d'Abraham, nous ouvrent des perspectives heureuses et remplies d'espérance. Nous n'avons pas à attendre de croire que Dieu existe pour faire après le deuxième pas. Nous n'avons pas à attendre que Dieu vienne se révéler à nous pour que nous allions vers lui. Il est venu, il est mort sur la croix, il a donné sa vie pour nous, que peut-il faire de plus ? Et nous, ce que nous avons à faire, c'est de découvrir que Dieu donne sa foi à chacun d'entre nous, même si notre histoire est aussi compliquée que celle d'Abraham. En fait, Abraham, la seule chose qu'il sait, c'est le terme de sa vie. Tout le reste de son voyage, il ne sait pas comment il va l'accomplir. Il va avoir un enfant ? il pense qu'il va donner tous ses biens à un serviteur. Ensuite (on fait déjà des mères porteuses), il croit que c'est l'enfant qu'il va avoir avec sa servante. Et finalement, vient Isaac.

Frères et sœurs, que ce temps de vacances soit pour vous l'occasion de relire le cycle d'Abraham à la lumière de ces différents textes que nous avons entendu, à la fois avec les à-coups, les arrêts, mais en même temps la foi indissoluble que Dieu met en vous, car notre terme à chacun d'entre nous, c'est Dieu.

 

 

AMEN

 

 

 
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