Photos

ACCUEILLIR LA PAROLE

Si 24, 3-22 ; Lc 1, 26-38

(22 août 2003)

Cathédrale saint Samson de Dol de Bretagne

Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

L

a fête d'aujourd'hui peut paraître un peu dé­suète. Dans l'évangile, on trouvera éventuel­lement une justification à cette fête dans l'an­nonce que l'ange fait à Marie de son Fils qui règnera sur la maison de Jacob pour les siècles, affirmant que son règne n'aura pas de fin. Comme il y aurait une fête du Christ-roi, il y aurait une autre fête de Marie reine, dont l'introduction au missel nous dit qu'elle est notre reine, notre souveraine.

Quand on y réfléchit, bien que beaucoup d'églises et de cathédrales présentent souvent la statue de la Vierge Marie, justement couronnée, et nous avons vu un bel exemple dernièrement d'une statue parée de beaux atours, de vêtements royaux, en quoi cela nous concerne-t-il aujourd'hui d'invoquer Marie comme une reine, comme une souveraine ? En bons républicains, nous devrions peut-être réagir et l'appe­ler notre présidente. A moins qu'avec un vocabulaire plus démagogique, nous l'appelions notre "responsa­ble". Mais nous savons ce que ces titres cachent de faux et de démissions, alors, il nous reste celui de "reine" ou celui de "souveraine". Mais reine de quoi ? Il me semble que la phrase qui peut nous aider à mieux comprendre cette fête, c'est lorsque l'ange dit à Marie : "Réjouis-toi, comblée de grâces, le Seigneur est avec toi".

Bien sûr le titre de roi ou de reine pouvait évoquer chez les hommes des temps anciens juste­ment le fait que le Seigneur, le roi, avait une respon­sabilité vis-à-vis de son peuple. Il ne pouvait être roi que parce qu'il y avait un peuple. Et il mettait ses fonctions qu'il pouvait rendre au service d'un un groupe, à un pays, à une nation. Et ainsi, la loi du roi était que celle de l'un, d'une partie du tout, glorifiée pour dire que c'était l'ensemble du peuple qui était appelé à cette souveraineté et à cette gloire. Dans l'ordre du Salut, il faut bien réfléchir à cela, parce qu'en fait, lorsque nous invoquons Marie comme reine, que disons-nous derrière cela ? Nous disons la vocation de toute femme et de tout homme à la gloire de Dieu. Nous invoquons le fait que chacun des chré­tiens, comme chacun d'entre nous, nous pourrions entendre cette parole de l'ange : "Réjouis-toi, plein de grâce, pleine de grâce, le Seigneur est avec toi". Et c'est ainsi qu'une simple histoire de femme ou une simple histoire d'homme devient une aventure avec le seul Dieu souverain et maître, avec le seul Seigneur maître des temps et de l'histoire, avec le seul créateur qui a assez de responsabilité vis-à-vis de l'acte pre­mier qu'il a posé, pour assumer ce qu'il a fait. Quand Dieu dit : "Que la lumière cette lumière soit et que la lumière fut", et que par un acte humain cette lumière peut être comme défigurée par le péché, Dieu assume, et fera que cette lumière devienne un jour, matin de la Résurrection. Et Marie a été associée à cette petite clarté du matin de la Résurrection, commencée dans cet acte de l'Annonciation où elle reçoit le Créateur de toutes choses, où elle reçoit l'origine et le terme de la création, où elle vit et récapitule en acceptant le Sei­gneur, tout ce que Dieu a dit et ne s'est pas contenté de dire, mais a fait.

C'est en cela que réside la véritable souverai­neté de Marie. Elle n'est pas un signe simplement dans le ciel, que nous admirerions de loin parce que c'est toujours beau dans les contes de fées que la pe­tite bergère devienne véritablement une reine glo­rieuse, mais elle est ce visage qui est pour nous comme un miroir de l'immense drame de l'action de Dieu en ce monde, de ce que le Seigneur a tissé avec chacun des hommes qui ont écrit avec Lui cette his­toire du Salut. Oui, elle est donc pleine de grâces, et elle peut donc se réjouir, parce que pour elle, comme pour nous, il y a comme un bouleversement. Nous ne sommes plus laissés à nous-mêmes. Si nous avions simplement à vivre comme des humains n'ayant comme horizon que le ciel de ce ciel, ou la terre de cette terre, on pourrait avec Stanley Kubrick toujours rêver à un 2001 de l'odyssée de l'espace. Mais quand on sait que le vingt-et-unième siècle, le troisième millénaire, s'est ouvert avec deux oiseaux de malheur se fracassant sur des tours, qui ont marqué une entrée dramatique dans ce siècle et dans ce millénaire, nous nous méfierons des signes dans le ciel, que les hom­mes peuvent poser.

En revanche, quand Dieu pose un signe dans le ciel, Il le pose dans le cœur de l'homme, Il met son ciel dans le cœur de Marie, Il met son éternité dans la vie de Marie, Il met toute sa création dans la personne de Marie. Elle reçoit Celui qui a créé le monde, le Verbe de Vie. Elle reçoit la Parole du début, des ori­gines, et la fin de toutes choses. Elle reçoit cette gloire parce qu'elle l'a accueilli simplement. Ainsi, le chré­tien doit-il vivrée ce signe d'éternité, car nous aussi, nous recevons le ciel, nous aussi nous recevons ce don et cette grâce de Dieu qui nous permettent de nous réjouir.

Que ce pèlerinage soit aussi pour nous le si­gne de ce qui s'est accompli pour ces hommes et ces femmes de la terre de Bretagne. J'ai été frappé par une chose : aucune des cathédrales que nous visitons n'est dédiée à Marie. Mais ces cathédrales sont dédiées à ces hommes qui ont fondé et annoncé la foi en terre de Bretagne. Mais cependant, ils ne font pas concur­rence à Marie, ils réalisent ce que Marie est comme signe pour tous les hommes et c'est pour nous aussi, un appui.

 

AMEN

 

 

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public