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LES MIETTES DE LA MISÉRICORDE

Is 56, 1+6-7 ; Rm 11, 13-15+29-32 ; Mt 15, 21-28
Vingtième dimanche du temps ordinaire – Année A (14 août 2011)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL


La miséricorde de Dieu, source inépuisable
Frères et sœurs, lors de la fête du saint curé d'Ars, saint Jean-Marie Vianney, je vous avais parlé de l'expérience de la pénitence, de la confession du point de vue de celui qui confesse. Vous avez évidemment davantage l'habitude de voir la confession du point de vue de celui qui est confessé, mais je crois qu'il n'est pas mauvais que vous pénétriez aussi quelque chose du mystère de la confession vu dans l'autre sens.

Je vous disais qu'au plan de l'expérience de la vie de prêtre, être témoin de la conversion, de l'ouverture du cœur d'un pécheur à Dieu, être témoin de cette relation intime entre Dieu et le pécheur à laquelle nous n'avons d'ailleurs aucun droit à accéder, et c'est par pure grâce que nous sommes acceptés dans cette intimité, avoir donc accès à ce moment béni où le pécheur se reconnaît pécheur et ouvre son cœur à la miséricorde de Dieu qui frappe à la porte, selon la parole que nous avons entendu dans l'Apocalypse, quand il est dit : "Voici que je me tiens à la porte et je frappe, si quelqu'un entend ma voix, et ouvre la porte, j'entrerai chez lui pour souper, lui près de moi, et moi près de lui". C'est à ce souper intime du Christ avec le pécheur auquel est invité le prêtre non seulement comme témoin mais comme intermédiaire dans ce dialogue de Dieu avec le pécheur.

Pour continuer cette méditation, quand le prêtre se sent investi de cette incroyable fonction de dire au nom de Jésus son amour, l'amour divin pour le pécheur, quand le prêtre est le témoin émerveillé de ce pécheur qui ouvre son cœur devant Dieu et qui reçoit en lui l'amour et la grâce, il n'est pas possible que le prêtre qui sert d'intermédiaire dans cette rencontre ne se pose pas aussi la question de sa propre situation vis-à-vis de Dieu. En effet, ce n'est pas par sa sainteté que le prêtre intervient dans la confession, dans la pénitence, la sainteté est seulement celle de Dieu et le prêtre est aussi pécheur que le sont les fidèles, y compris celui qui vient se confesser et se convertir. Ce n'est donc pas par sa propre sainteté que le prêtre intervient, mais il intervient par pure grâce. Il ne peut pas ne pas se dire devant l'émerveillement que procure la conversion d'un pécheur, que lui-même devrait aussi se convertir car lui-même s'expérimente comme rempli de péchés, comme ayant besoin de se réconcilier avec Dieu.

Il y a là une expérience douloureuse pour le prêtre qui se rend compte que lui-même est un pécheur, et que cette réconciliation merveilleuse dont il est témoin et à laquelle il assiste, cette réconciliation devrait avoir lieu pour lui aussi. Etre confesseur, c'est être renvoyé à sa propre conversion. Mais je pense qu'il y a déjà une grâce quand le prêtre est appelé à confesser, car être l'intermédiaire du don de la grâce de Dieu à mon frère pécheur, être intermédiaire dans cette rencontre c'est être aussi partie prenante de cette conversion de mon frère, de cette miséricorde que Dieu lui donne. Puisque le prêtre sert d'intermédiaire dans la miséricorde de Dieu, il n'est pas possible que Dieu se serve de lui sans lui donner une part de cette miséricorde.

C'est ce qui m'amène à vous parler de cela aujourd'hui car j'ai été émerveillé depuis toujours par ce dialogue de Jésus avec la cananéenne qui me semble s'appliquer au problème dont je vous parler. Certes, le pécheur qui se convertit est invité à la table de Jésus, et c'est la table du festin, c'est la table des noces. Certes le prêtre qui sert de ministre est comme celui qui fait passer les plats, il est comme celui qui sert. Ce n'est pas de sa sainteté qu'il est question mais de celle de Dieu et lui est seulement le serviteur qui fait passer cette miséricorde pour que tout le monde en ait sa part. Seulement, comme le répond avec une foi merveilleuse et une perspicacité étonnante la cananéenne à Jésus, même si on ne peut pas prendre le pain des enfants pour le jeter aux petits chiens, cette parole apparemment si dure et si sévère mais qui va servir d'introduction à la réponse de la cananéenne : "Oui Seigneur, mais les petits chiens sous la table mangent les miettes qui tombent de la table du maître !" Je crois que c'est cela une des grâces du serviteur, c'est d'être celui si j'ose dire, qui comme le petit chien a droit aux miettes du merveilleux ministère dont il est investi. Je pense que le prêtre qui confesse reçoit une sorte de rétroversion de la grâce qui passe par ses mains, il est lui-même gracié à cause de ce ministère qu'il a accepté, et on ne peut pas le faire sans être soi-même pris dans la miséricorde de Dieu. Le prêtre s'il n'est pas encore au repas des noces avec le Christ, est néanmoins déjà celui qui peut manger les miettes sous la table, devant la réconciliation glorieuse de ceux qu'il aide à rencontrer le Christ.

Ceci est plus une confession personnelle qu'une invitation, puisque vous n'êtes pas chargés du ministère de la confession. Mais dans toute relation de Dieu avec un de vos frères, vous pouvez être un serviteur qui recevra les miettes de cette conversion, les miettes de cette rencontre. Nous sommes tous liés pas le même mystère de réconciliation et de miséricorde, et la miséricorde de Dieu qui passe à travers nos regards, nos mains et nos paroles nous sanctifie au passage et nous remplit déjà de la gloire de Dieu.

 

AMEN

 

 

 

 

 

 

 
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