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TOI, LE TERRIBLE

Ps 75

(22 août 1982)

Homélie du frère Jean-Philippe REVEL 

 

Jérusalem : vers la Porte Dorée 

A

u cours des vigiles, nous chantons un certain nombre de psaumes qui tous sont choisis en fonction de la Résurrection du Christ, de sa Pâque que nous proclamons ainsi chaque dimanche et particulièrement chaque vigile de dimanche. Tout à l'heure, nous avons chanté le psaume 75 et je voudrais le relire avec vous pour essayer d'en saisir la profondeur et en même temps l'application à cette célébration de la Pâque du Christ.

       Au premier abord ce psaume est un psaume de violence. A plusieurs reprises, le Seigneur y est appelé "Toi, le Terrible". Le terrible dont se déchaîne la fureur, Celui par qui s'éteint le souffle des princes. Lui qui inspire la terreur aux rois de la terre. Ce Dieu c'est donc le Dieu infini, tout-puissant, ce Dieu dont "la majesté remplit le ciel et la terre", devant qui les puissances et surtout les puissants de ce monde, ne sont plus rien car "le souffle de leur vie s'éteint devant Lui". Ce caractère de force et de violence, ce caractère terrible de Dieu, c'est devant les puissances apparentes du monde qu'il se manifeste. La toute-puissance de Dieu c'est celle qui réduit à néant les puissances humaine qui prétendraient sinon s'égaler à la sienne, tout au moins s'imposer à leurs frères.

       "Tous les guerriers pleins de vaillance, la force de leurs bras s'est dérobée. Les chars et les chevaux sont frappés de torpeur. Le bouclier, l'épée, les armes de guerre, Dieu les a brisés". Ce Dieu est donc Celui dont la force vient briser la violence des hommes et c'est pourquoi ce Dieu terrible est en même temps le Dieu de la paix. "Il a dressé sa tente en Salem", le vieux nom de Jérusalem, ce nom qui évoque Shalom, la paix. Salem, la cité de la paix. "II a fixé sa demeure en Sion". La maison de Dieu, c'est la maison de la paix. Ce Dieu terrible déchaîne sa fureur contre les hommes au cœur violent, contre les hommes qui font la guerre, contre les hommes d'oppression pour établir la paix. Les hommes au cœur violent sont devenus la proie de Dieu.

       Et la majesté de Dieu qui resplendit de lumière, c'est une majesté de paix. Il vient pour sauver les pauvres. "Dieu se lève pour rendre justice", pour sauver tous les pauvres. D'abord en ce pays, ce pays de Juda, mais aussi dans tous les peuples de la terre car ce salut que ce Dieu qui est terrible pour les violents, mais ce Dieu qui est paix pour les pauvres, ce salut n'est pas seulement pour un peuple. Il est pour tous les peuples et vous l'entendrez. "Que dans ses forteresses Edom, (Edom, c'est l'ennemi héréditaire d'Israël, Edom, c'est le frère ennemi, ce sont les descendants d'Esaü, le frère qui s'oppose à Jacob), que dans ses forteresses Edom Te rende gloire et que tous les survivants (tous ceux qui auront échappé à la colère de Dieu), soient en fête jusqu'au pays de Hamath", ce pays païen, éloigné du peuple choisi, éloigné de la révélation de Dieu. C'est donc tous les peuples qui sont convoqués à cette paix de Jérusalem. Jérusalem est une cité de paix, pas seulement pour un peuple, mais pour tous les peuples, même pour ceux apparemment les plus éloignés spirituellement ou géographiquement de ce peuple que Dieu s'est choisi, non pas pour le glorifier contre les autres, mais pour qu'il rassemble autour de lui tous les autres peuples. 

       Voilà donc quel est à la fois ce Dieu terrible et ce Dieu de paix que nous présente, dans le contexte de l'ancien Testament, ce psaume 75. Mais alors quelle est l'application spécifique au Christ, quel est l'accomplissement de ce psaume dans la personne du Christ ?

       Ce psaume, nous le chantons très spécialement le jeudi saint et le samedi saint parce que, d'une part, Dieu a fixé sa tente dans la paix, Dieu s'est endormi dans la paix. Sa demeure en Sion est une demeure de paix. C'est le tombeau du Christ qui est ainsi visé par ce psaume quand on le chante le samedi saint. Dieu, ayant accompli, en sa chair d'homme, son salut pour les pauvres, "en brisant l'arc des violents" s'est endormi dans la paix. Mais il s'est endormi, non pas d'un sommeil définitif comme celui de la mort, comme les hommes au cœur violent qui étaient devenus sa proie. Il ne s'est pas endormi comme l'ennemi, comme Satan, dans un sommeil de mort, celui dont parle le psaume. Il s'est endormi pour se relever. Et Il s'est relevé pour rendre justice. "Dieu se lève !"

       Toutes les fois que ce verbe se lever se trouve dans l'ancien Testament, le cœur des chrétiens se met à battre de joie parce que c'est la même chose que le verbe ressusciter. Littéralement, il s'agit de la même image. Ressusciter, c'est se mettre debout quand on était couché dans le sommeil, quand on était étendu dans le tombeau, dans le linceul.

       Se lever, c'est cela que le Christ a fait, au matin de sa Pâque, et le détail que nous donne le psaume vient recouper celui de l'évangile car il nous dit que "la terre tremble de peur" au moment où Dieu se lève. Ainsi qu'il nous est dit dans l'évangile que la terre a tremblé, au moment de la Pâque du Christ et que les rochers se sont fendus, que le voile du Temple s'est déchiré. Oui, la terre tremble et elle se trouve dans un silence de stupeur quand Dieu se lève pour nous sauver, pour sauver tous les pauvres, de tous les pays.

       Et voici donc qu'en Jésus-Christ, à la fois, ce miracle de paix et ce miracle de surgissement pour vaincre l'ennemi et rassembler tous les peuples, afin que tous les peuples apportent leurs offrandes, que tous fassent des vœux, viennent les accomplir, car le Seigneur est votre Dieu, le Dieu de tous les peuples, ceci s'accomplit en Jésus-Christ. Ce qui n'était qu'une promesse encore lointaine, dans l'Ancien Testament, c'était certes la vocation d'Israël d'être le rassembleur universel, mais ce n'était encore qu'une mission à accomplir, pour Jésus, la mission est accomplie. Tous les peuples sont appelés au salut, parce que Lui qui est terrible, car le Christ est terrible pour l'ennemi, terrible pour Satan, pour les forces du mal, Il est sans pitié pour ceux qui veulent la perte de leurs frères et le Christ est celui qui apporte la paix à tous les pauvres de tous les pays, à tous ceux qui ont le cœur pauvre pour accueillir ce salut.

       Voilà donc quelques réflexions sur ce psaume. Je voudrais encore vous en recommander une. Nous avons l'habitude de méditer sur le mystère du Christ, le mystère de l'Église, sur le mystère de la Pâque, comme un mystère de paix, de douceur. Du reste, cela est vrai. Et cela est fondamental. Mais, dans sa Pâque, le Christ est aussi le Dieu terrible, parce qu'Il veut venger les pauvres écrasés, Il veut venger ceux qui sont trompés, ceux qui sont dégradés. Il veut les venger en écrasant le mal et nous devons aussi nous prosterner dans l'adoration devant le Christ. Je crois que le Dieu de miséricorde et le Dieu de tendresse ne nous dispensent pas de cet acte d'adoration qui reste fondamental et que nous ne devrions pas oublier. Et c'est une des richesses de l'ancien Testament, en nous conduisant vers le nouveau, de nous rappeler sans cesse que l'attitude première de l'homme, de la créature devant Dieu, c'est l'adoration.

       Même si Dieu s'est fait infiniment proche, même si Dieu est infiniment tendre, même si Dieu est infiniment non seulement paternel, mais aussi maternel avec nous, Il reste, en même temps, et c'est cela qui fait tout le caractère éblouissant de son mystère, Il reste en même temps le tout autre Il reste l'infini. Il reste l'absolu devant lequel nous devons d'abord nous prosterner, la tête dans la poussière. Et c'est précisément parce que Celui devant qui nous nous prosternons dans l'adoration, est tendresse, que le mystère brise notre cœur et qu'à ce moment-là, nous sommes émerveillés. Si Dieu n'était pas Dieu, si Dieu n'était pas l'infini, je dirais qu'il serait presque tout naturel et normal que Dieu vienne à nous dans la douceur et dans la pauvreté, mais que l'infini soit, en même temps pauvreté, que la puissance soit en même temps faiblesse, que l'absolu soit en même temps proximité et intimité, c'est alors que nous devons nous agenouiller et être éperdus d'émerveillement devant ce don illimité ineffable et incompréhensible.

       AMEN

 

 
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