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LA VOIE UNIQUE

Is 66, 18-21 ; Hb 12, 5-7 + 11-13 ; Lc 13, 22-30
Vingt-et-unième dimanche du temps ordinaire – Année C (26 août 2007)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC

 

Frères et sœurs, la liturgie de la Parole aujourd'hui commençait plutôt bien, il y avait cette annonce de Dieu qui fait que tout le monde serait invité à monter sur la montagne, que même sa Parole serait annoncée à tout peuple qui ne le connaissait pas. Que du bonheur dans cette première lecture.

Dans la deuxième lecture extraite de l'épître aux Hébreux, cela commence un peu à se forcer, il y a cette interrogation sur le mal qui se déchaîne, sur la souffrance que nous vivons, et cette réponse que l'écrivain amorce : il faut savoir discerner ce qui est véritablement le mal, ce qui vient du péché de l'homme et le mal qui n'est pas le péché de l'homme mais une punition de la part de Dieu pour éviter que l'homme ne finisse dans les Enfers. Pour tous ceux qui ont des enfants et qui ont toujours du mal à se faire obéir, maintenant vous pourrez brandir ce texte et le lire à vos enfants, en leur expliquant que si vous les punissez, que vous ne leur donnez pas tout ce qu'ils veulent, ce n'est pas parce que vous ne les aimez pas, mais au contraire que vous voulez les faire grandir.

Et enfin l'évangile où il semble ne plus rien rester. Nous sommes en chemin vers cette porte étroite qui semble se refermer sur notre vie, sur notre futur, et l'on se demande comment faire pour entrer. Que se passe-t-il ? Ces gens qui disent : nous avons bu avec toi, nous avons mangé avec toi, nous savons que tu es venu parler sur les places de notre village et tu ne nous reconnais plus et tu nous jettes en disant: je ne sais d'où vous venez !

Frères et sœurs, vous l'aurez peut-être déjà compris, dans cette réponse faite par ces personnes il y a un aspect qui est vraiment consumériste. Il ne suffit pas de manger, il ne suffit pas de boire, il ne suffit pas de savoir que quelqu'un est allé raconter quelques paroles sur la place du village pour être invité au festin des noces de l'Agneau. Ce qui pose bien sûr réflexion sur notre relation avec Dieu, dans ce qu'on appelle une messe, est-ce qu'on vient pour consommer ?

C'est donc bien vrai, quand on consomme, on n'est pas près de rentrer dans l'intimité de Dieu, cela ne suffit pas. Comment faire ? Le Christ nous dit qu'il faut rentrer par la porte étroite. La première réponse qui nous vient à l'esprit, qui est tout à fait honorable, c'est de penser qu'il faut chercher un modèle, quelqu'un qui selon la tradition est certainement maintenant auprès de Dieu en train de manger et de boire, et pour moi, le plus sûr moyen pour que je puisse moi aussi goûter de ce festin, c'est de mettre exactement mes pas dans ses pas, et faire tout bien comme il a fait. Autrement dit, la vie, le champ du monde n'est qu'un immense champ de mines, et pour éviter d'exploser, il faut mettre nos pas délicatement dans les pas de celui qui nous précède, parce que lui il est passé de l'autre côté sans encombre.

Je crois que cette porte étroite ne consiste pas à mettre nos pas dans les pas de celui qui nous a précédé. Comme c'est encore un peu le temps des vacances, je vais maintenant demander à un grand auteur de vous parler et de m'aider à vous faire découvrir ce que je crois être le chemin unique pour chacun d'entre nous. La porte étroite, frères et sœurs, pourquoi est-elle difficile à trouver ? Parce que justement nous avons à la découvrir, et une fois que nous l'avons découverte, nous avons à inventer le chemin unique qui est le nôtre pour y arriver. D'ailleurs je crois que c'est la raison pour laquelle à la fin de l'évangile on dit : "Les premiers seront les derniers et les derniers seront les premiers", car quand on invente sa voie, on tâtonne, on se trompe, on met beaucoup plus de temps à arriver, et donc, on est peut-être le dernier, mais en fait, le premier dans le cœur de Dieu.

Pour vous aider à méditer, j'aurais voulu lire quelques extraits d'un auteur que j'aime particulièrement, qui s'appelle Martin Buber, c'est un tout petit livre mais extrêmement intéressant et que je relis régulièrement et il s'appelle : "Chemin de l'homme". Martin Buber est un juif israélien, d'origine autrichienne, qui a été comme l'initiateur de la philosophie juive moderne et il a donné ces petites conférences il y a une cinquantaine d'années, et par la suite, on les a publiées.

Dans le chapitre qui nous intéresse et qui est nommé "Le chemin particulier", une question est posée à un prédicateur : "Chacun en Israël est tenu de se demander : quand mon œuvre égalera-t-elle celle de mes Pères Abraham, Isaac et Jacob ? Comment faut-il l'entendre ? Et comment nous serait-il permis d'égaler nos patriarches ?" Comment vais-je faire maintenant pour faire aussi bien que ces ancêtres qui sont maintenant dans le sein de Dieu ? Le prédicateur répond : "Tel nos Pères qui ont établi un service nouveau, chacun un nouveau selon sa vertu propre, l'un celui de la grâce, l'autre celui de la puissance, le troisième celui de la magnificence, ainsi devons-nous chacun selon sa manière propre, établir à la lumière de la Loi et du service, un service nouveau et faire, et non pas ce qui a été fait, mais ce qui est à faire". C'est vrai que c'est beaucoup plus difficile de faire ce qui est à faire que de faire ce qui a déjà été fait.

Je continue : "Avec chaque homme vient au monde quelque chose de nouveau qui n'a pas encore existé, quelque chose d'initial et d'unique. Il est du devoir de chacun en Israël de connaître et de prendre en considération qu'il est, au monde, unique dans son genre, et qu'aucun homme pareil à lui n'a jamais existé dans le monde, car si un homme pareil à lui avait déjà existé dans le monde, il n'aurait pas lieu d'être dans le monde. Chaque individu est une chose nouvelle dans le monde et il est appelé à accomplir sa vertu propre dans ce monde".

Un vieux rabbi, Bounam, qui était aveugle dit cela : "Je ne voudrais pas échanger ma place contre celle d'Abraham. Car quel serait l'avantage pour Dieu si le patriarche Abraham devenait comme l'aveugle Bounam, et si l'aveugle Bounam devait comme Abraham ?" Et la même pensée a été exprimée avec une insistance plus grande encore par un autre rabbin qui disait peu avant sa mort : Dans le monde qui vient, la question qu'on va me poser ce n'est pas : Pourquoi n'as-tu pas été Moïse ? Non, mais la question qu'on va me poser c'est : pourquoi n'as-tu pas été toi-même ? Dieu ne dit pas : tel chemin mène à moi, mais tel autre n'y mène pas, mais il dit ceci : tout ce que tu fais peut être un chemin vers moi, pourvu que tu le fasses de telle manière que cela te conduise à moi. Mais ce qu'est cette chose que peut et doit faire cet homme, précisément, et aucun autre, cela ne peut se révéler à lui qu'à partir de lui-même. Ici en effet, le fait de lorgner ce qu'un autre a accompli et de s'efforcer de l'imiter ne peut qu'induire en erreur car ce faisant, il perd de vue ce à quoi lui seul est appelé. Ainsi, le chemin par lequel un homme accédera à Dieu ne peut lui être indiqué par rien d'autre que par la connaissance de sa qualité, de sa tendance essentielle. Dans chaque être il est un trésor qui ne se trouve en aucun autre. Mais ce qui est un trésor en lui, il ne pourra le découvrir que s'il saisit véritablement son sentiment le plus profond, son désir principal, ce qui en lui émeut son être le plus intime".

Au cours de cet été, je suis tombé sur un petit article dans une revue, il y avait pas mal de photos, et le thème de cet article concernait une ville en Chine qui était l'atelier d'imitations le plus grand au monde. Il y a des centaines de chinois et de chinoises qui, dans les conditions les plus misérables, recopient des Joconde et des tableaux du Titien de la manière la plus parfaite. Frères et sœurs, malheureusement, et ce n'est pas de ma part un jugement porté sur ces personnes, ils ne font qu'imiter.

Ce que Martin Buber nous dit, et ce que le Christ nous dit à travers cet évangile de la porte étroite, c'est que la première chose que nous avons à faire, c'est de faire l'état des lieux : qui suis-je ? Quel est mon péché, quelles sont mes faiblesses ? Mais aussi, est-ce que je n'aurais pas une palette de couleurs qui est la mienne, qui est unique ? Est-ce que je sais l'utiliser non pas pour copier les œuvres des autres, mais pour faire du propre art, mon propre tableau. Vous le savez, chacun a ses talents et encore plus les enfants, puisque maintenant, cela devient non pas obligatoire, mais pour être un homme accompli, il faut faire du sport, de la musique, du dessin, et ainsi, pour la musique, on commence à apprendre ses gammes, on commence par imiter les autres. Mais le passage de celui qui simplement est capable de faire quelques gammes et un morceau qui n'a jamais été écrit, c'est que l'artiste à un moment donné sait se libérer de cette imitation pour prendre sone envol et faire sien tout cet héritage qu'il a su puiser chez les autres.

Vous le comprenez bien frères et sœurs il ne s'agit pas de vous interdire de lire les livres spirituels, mais il s'agit de faire attention. Ne croyez pas que lorsque vous arrivez devant Dieu, vous lui direz : j'ai lu tout sainte Thérèse d'Avila. Dieu vous dira : je ne te connais pas ! Car le plus important ce n'est pas d'avoir lu tous les livres des grands mystiques, c'est de vivre la voie unique qui est la vôtre.

 

 

AMEN

 

 

 
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