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CHRÉTIEN, QUI EST JÉSUS POUR TOI ?

Is 22, 19-23 ; Rm 11, 33-36 ; Mt 16, 13-20
Vint-et-unième dimanche du temps ordinaire – Année A (21 août 2011)
Homélie du Père Jean-Noel T'CHA

 

Ganagobie : Saint Pierre
Frères et sœurs, nous sommes tous soumis aujourd'hui à un interrogatoire qui pourrait être interprété de diverses manières selon nos bords. Le profane dirait que tout simplement le super homme Jésus, le magicien exceptionnel entame une vaste campagne de sondage pour voir et apprécier sa côte de popularité. "Qui suis-je ?" Et le chrétien dirait tout simplement : il vient de commencer ses cours de catéchèse avec ses disciples.

Dans les deux cas, il y a un dénominateur commun qui est celui du sondage. "Que disent les gens à mon propos ? qui suis-je ?" et les disciples, les fidèles élèves vont raconter ce qu'ils ont entendu : "Tu es Élie, tu es Jean-Baptiste, tu es ceci, tu es cela !" Ce qui est intéressant c'est que Jésus ne les a pas démentis disant, non, c'est faux ! Au contraire, il insiste : "Vous, que dites-vous ? Qui suis-je". Et comme Pierre, toujours impulsif avait quelque chose à dire il prend la parole et il laisse clamer la voix de Dieu : "Tu es le Messie, le Christ". Je ne sais pas s'il mesurait la portée de ses paroles. La suite nous le dira, quand on le verra chez Caïphe avec Jésus, au moment de son reniement. Quand Jésus va annoncer sa Passion, Pierre sera la premier à dire : non, non, que cela ne t'arrive jamais. Et Jésus lui répond : "Arrière Satan, tes pensées ne sont pas celles de Dieu". Et c'est celui-là qui auparavant avait proclamé la messianité de Jésus : "Tu es le Messie, le Fils de Dieu". Jésus a bien fait de lui signifier que cette parole ne provient pas de son intelligence, il a seulement servi ce canal pour véhiculer un message qui vient de Dieu.

C'était une petite catéchèse pour révéler davantage qui est sa personne. Jésus devait sans doute se demander si les disciples qui le suivaient savaient au juste qui il est vraiment ? Si ceux-là qui avaient le privilège de partager son intimité ne pensent pas comme les autres ? oui, le Messie, il faut qu'il soit tout puissant. Il faut qu'il soit roi à la manière des rois de la terre. Il a bien fait de s'assurer que ceux qui le suivent connaissent mieux ce à quoi ils s'engagent. Qui est le Fils de Dieu, le Messie ? c'est-à-dire l'oint, le choisi, mis à part. La réponse de Pierre devait engager tous les disciples. Pierre en premier lieu, car il a été investi d'un pouvoir exceptionnel : "Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église". Mais en même temps, Jésus lui donne une garantie : "Je prierai pour toi afin que ta foi ne défaille point". Jésus se sert de tout ce qui est fragile pour en faire quelque chose d'exceptionnel, quelque chose de solide, pourvu qu'on se laisse faire. Et c'est ce que Pierre avec la grâce de Dieu comme le témoigne la deuxième lecture : "Tout est pure grâce". C'est ce qu'il a réalisé.

Aujourd'hui, nous sommes tous des Christ parce que baptisés, nous sommes un autre Christ. Le Christ nous pose d'abord cette question : "Vous, hommes du vingt et unième siècle, qui suis-je ?" C'est la question. Nous allons d'abord répéter ce que nous avons appris à la catéchèse, c'est le sous bassement sur lequel il faut appuyer une réponse personnelle. "Qui suis-je ?" Et la réponse sera personnelle et individuelle. La réponse que nous aurons donné prendra la couleur d'une circonstance particulière mais devra être constante dans son fondement. Oui, aujourd'hui, le Seigneur me pose la question : "Jean-Noël, qui suis-je ?" C'est la même question qu'il pose à cette créature souffrante sur un lit d'hôpital : "Qui suis-je ?" Pensez-vous que nous aurons les mêmes réponses à donner ? Je ne crois pas. Pourtant, nous devrions donner la même réponse parce que le Christ ne change pas selon qu'on est bien portant ou malade.

La deuxième partie de la même question ce n'est pas de donner la réponse à Jésus par rapport à son identité, mais c'est de dire à soi-même : et moi, qui suis-je en tant que chrétien ? Et je crois que c'est en répondant à cette deuxième question que nous pourrons répondre valablement à la question de l'identité de Jésus. Moi qui suis baptisé, qui suis-je ? Et cette réponse à donner doit se faire devant le miroir de notre conscience, quand on se met face à face en vérité avec notre conscience, dans la vérité de notre être. Qui suis-je ? Je crois que les apôtres ont eu à se confronter à des épreuves, toujours avec le même Pierre. Il savait que Jésus est le Messie, et pourtant, quand les vagues allaient faire chavirer la barque, il a été le premier à crier ! Il a oublié que le Messie, le Sauveur était avec eux. Il a crié. Je suis sûr que si Jésus à ce moment-là lui avait demandé : qui suis-je ? il n'aurait pas pu de lui-même donner une réponse satisfaisante, authentique et vraie parce qu'il était éprouvé. Il va hésiter : si tu étais le Fils de Dieu, tu aurais pu éviter que les vagues nous perturbent. Quand ils ont pris Jésus et l'ont conduit chez Caïphe, la servante qui voit Pierre s'adresse à lui et lui dit : "Celui-là fait partie de sa suite". Pierre a nié.

Il nous arrive souvent aussi, chers frères et sœurs, d'avoir des attitudes similaires, et moi le premier. Quand je suis en proie à toutes sortes de difficultés de ce monde, la maladie, la souffrance, le manque d'amour, quand je me sens traqué de toutes parts, critiqué (ici ça n'existe pas !) quand je sens que je suis la cible de tous les voisins, des collègues, alors que je ne me reproche rien, je ne sais pas ce que je leur ai fait, c'est par antipathie naturelle, je n'en suis pas responsable, pensez-vous que je puisse donner une réponse semblable à celle de Pierre ? Et pourtant, il faudrait le faire. Le problème c'est que souvent nous voulons que Dieu fasse ce que nous désirons avant de lui être fidèle. Nous voulons que Dieu soit notre magicien de tous les jours, on a besoin de quelque chose, paf ! et ça sort. Si cela ne sort pas, on se demande si Dieu existe vraiment. Ce sont des questions que l'on se pose souvent. Mais si Dieu existait, comment cela peut-il m'arriver ? Moi je me pose souvent ces questions-là et après je demande pardon pour mon manque de foi. Si Dieu existait … Et bien, Dieu existe et il a besoin de notre abandon total avec ce que nous sommes, des êtres fragiles. Alors seulement, il pourra faire de nous des rocs, des pierres sur lesquelles il pourra bâtir ses petites Églises familiales. Dieu a besoin encore des saints Pierre aujourd'hui pour bâtir ses Églises, dans nos communautés, dans nos familles, partout où nous sommes. Ayons le courage de dire oui, soyons passionnés pour le Christ, et alors, dans notre foi nous serons soutenus, car elle est fragile.

L'autre aspect, parce que souvent quand on parle de foi il faut forcément parler de l'action, sinon, nous risquons de verser dans ce que vous savez, ce sont les luthériens qui ne confessent que la foi, qui ne proclament que la foi. Comment extérioriser notre foi ? Comment exprimer notre foi ? C'est dans l'agir comme le dit saint Jacques : sans les œuvres, la foi est bel et bien morte. La foi et l'agir sont un binôme, c'est inséparable et cela nous conduit nécessairement dans l'intimité de Dieu. Croire et agir en fonction de sa foi, voilà la condition d'un chrétien. Je crois et j'agis en conséquence. Cela n'exclut pas les erreurs, c'est même permis, sinon, nous ne serions pas des hommes. Mais quand on agit en bonne conscience, nous sommes sûrs d"emboîter le pas à saint Pierre et aux disciples, à la suite du Christ.

Que saint Christophe, ce porteur de Dieu intercède pour nous, que nous puissions aboutir à bon port.

 

AMEN

 

 

 

 

 

 

 
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