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LA PORTE ÉTROITE

Is 66, 18-21 ; Hb 12, 5-7 + 11-13 ; Lc 13, 22-30
Vingt-et-unième dimanche du temps ordinaire – Année C (25 août 2013)
Homélie du Père Jean-Noel T'CHA


Porte étroite (Sinaï)
Frères et sœurs, Nous voici ce matin interrogés sur la cohérence de notre vie chrétienne. Seigneur, c'est moi qui tous les matins ouvrait la porte de l'église pour que les gens entrent, tu ne me reconnais pas ? mais tous les jours, je venais chanter les Laudes, les vêpres, tu ne me reconnais plus ? Le Seigneur va dire : non, mon fils, ma fille, je ne t'ai jamais vu ! parce que seulement tous les actes que nous posions n'étaient pas en conformité avec ce que nous vivons intérieurement. Peut-être que ce que nous taxions de rebut, de la dernière zone en matière de foi, peut-être que ceux-là seront devant nous contemplant la face du Seigneur.

Pourquoi ? La Seigneur désire la religion du cœur, la religion intérieure, et pas seulement les actes qui calment notre conscience. Je me suis acquitté de mes devoirs de chrétien, je suis quitte, je peux mener ma vie comme je veux et où je veux. Notre démarche intérieure doit traduire ce que nous ressentons, ce que nous vivons à l'intérieur de nous-même pour le Seigneur. Ce n'est pas facile. Cela demande des sacrifices, de l'abnégation d'où l'importance de cet évangile : passer par la porte étroite. Mais elle est large la porte qui mène à la perdition. Nous voulons souvent des facilités, naturellement l'homme veut ce qui est facile. Si je savais où aller, dans quel pays aller pour dormir du matin au soir, je me lève, je mange et je fais tout ce que je veux, je serais peut-être le premier à y aller ! Nous voulons ce qui est facile, c'est normal. Mais les bonnes choses s'acquièrent au prix du sacrifice. Ne nous laissons pas aller à la facilité. Etroite est la porte qui mène au Seigneur. Et cette porte paradoxalement c'est le Christ lui-même. La porte par laquelle nous devons passer pour accéder au Royaume, c'est le Christ. Pourquoi ne s'élargit-il pas ? Parce que pour qu'une chose ait de la valeur il faut des sacrifices.

Je prends une image. Je ne sais pas si en Europe c'est pareil. Je prends un exemple dans le cadre familial. En Afrique de façon générale quand un jeune homme voit une fille et l'aime et il se met à la courtiser, si c'est une relation sincère qui va durer, le garçon le sent parce que la fille ne dit pas automatiquement oui. Elle commence par dire non ! et cela peut durer un an. Et du fond du cœur cette fille aime ce garçon, mais elle veut le mettre à l'épreuve pour savoir si c'est un amour passager ou si c'est juste un vagabond qui passe, ou si c'est vraiment sincère ce que veut ce garçon. Alors la fille va tenir tête, résister, mais elle va finir par donner des signes de consentement pour ne pas laisser son garçon s'en aller, parce qu'il peut se décourager aussi. Je ne sais pas si c'est pareil ici ? Non ? C'est je t'aime tu m'aimes, on s'attrape et puis c'est fini ? non, je crois que c'est pareil mais à des degrés différents.

Une chose n'a de valeur que lorsqu'on l'acquiert difficilement. Le Christ voudrait que nous puissions lui ressembler, et qu'est-ce que cela veut dire ? c'est devenir saint comme lui et vous savez comme moi que la sainteté ne s'acquiert pas autour d'une table garnie de vins et petits plats fins. La sainteté s'acquiert au prix des sacrifices que vous connaissez, dans les petites choses faites avec amour et désintéressement. C'est alors que nous allons quitter notre exil comme il en était question dans la première lecture. Quitter notre exil, ne pas s'y complaire, s'exiler c'est se complaire dans sa vie, quelle qu'elle soit. Je fais ma vie, à l'aise et peut-être que Dieu n'y est pas. C'est une sorte d'exil parce que nous sommes loin de Dieu. Il faut pouvoir accepter de quitter notre confort, notre aisance, tout ce qui fait notre sécurité personnelle. Il faut le quitter et aller au Christ. Ce n'est pas facile.

Rappelez-vous la parabole du jeune homme riche : Seigneur, tous les commandements, je les applique, je les pratique depuis mon jeune âge. C'est l'aspect ritualiste de la vie chrétienne, je fais les choses qu'on m'a dit de faire, cela ne rentre pas à l'intérieur. C'est l'aspect légaliste, le pharisaïsme. On dit de faire cela, je le fais, et c'est tout ! Mais pourquoi est-ce que je le fais ? Est-ce que je le fais parce que j'en ai les capacités, ou bien parce que Dieu me le demande ? C'est cela qui fait la différence entre les œuvres humanitaires et les œuvres caritatives. Celui qui ne vient pas à l'église, il a beau construire des châteaux ailleurs, ce n'est pas une œuvre caritative, ce n'est qu'une œuvre humanitaire parce qu'en le faisant, il considère l'homme tel qu'il est. Mais l'œuvre caritative va au-delà et voit à travers l'homme sa dimension verticale qui nous conduit à Dieu. C'est cela qui exprime l'aspect intérieur de la vie chrétienne. Pourquoi est-ce que j'aime mon frère qui est là devant moi ? Si je ne suis qu'un philanthrope obscur et simple, c'est déjà bien pour qu'il y ait la paix dans le monde. Si tout le monde était philanthrope, on ne se taperait dedans tous les matins avec les fusils.

Mais pour le chrétien, il faut un plus, pourquoi est-ce que j'aime l'homme ? C'est là où cela devient compliqué. Pour suivre le Seigneur il faut s'armer de courage et de persévérance, autrement le découragement est proche et la tentation de nous retirer dans notre exil nous guette, dans notre confort loin de Dieu.

Puisse la grâce de cette eucharistie nous aider à sortir de nos exils. Chacun a son petit exil, là il se complait et il ferme la porte au Seigneur pour avoir la conscience tranquille. Ouvrons nos portes et sortons et allons à la rencontre du Seigneur. Pressons-nous, la porte est étroite mais elle est élastique ! Nous pouvons y passer ensemble, même avec la foule que nous formons. Il suffit de le vouloir et cela dans la prière. Comme je l'ai dit, nous avons beau faire des œuvres caritatives, il faut que cela soit motivé par l'amour du Seigneur, et cet amour du Seigneur nous l'avons dans la prière. C'est là où nous puisons l'énergie nécessaire, c'est là où nous rechargeons nos batteries. Dieu est celui qui recharge nos énergies fatiguées et si nous sommes à plat, nous ne vivons plus, si nous sommes vides de l'amour nous ne sommes plus, parce que nous sommes créés par amour et pour l'amour. Et celui qui n'aime pas c'est un cadavre, il faut qu'il vienne, et on va célébrer ses obsèques.

Que la grâce de Dieu nous accompagne toujours et partout.

 

AMEN

 

 

 
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