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LE LEVAIN DES PHARISIENS

1 Co 4, 9-15 ; Mt 16, 1-12

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

D

 

ans cet évangile, deux parties qui sont, l'une comme l'autre, deux paraboles : la comparaison avec les signes météorologiques qu'on lit dans le ciel et puis les signes de ces temps où la terre est visitée par le Fils de Dieu, d'autre part la comparaison de l'enseignement des pharisiens avec ce levain qui peut faire se lever, ou au contraire, gâter toute la pâte.

Dans les deux cas, le Christ attire l'attention de ses disciples, et la nôtre avec eux, sur la nécessité d'une intelligence de la foi. La foi, le mystère de Dieu, la signification de toute chose, est affaire d'amour, bien sûr, de volonté d'ouverture du cœur, mais c'est aussi affaire d'intelligence. Nous devons, c'est un devoir impérieux que de comprendre, de nous efforcer de comprendre la foi, c'est-à-dire ce mystère que Dieu veut nous révéler. Scruter le ciel pour savoir si demain il fera beau ou mauvais, c'est un peu ce que le Christ demande de faire chaque jour dans notre vie. Scruter de la même manière, les événements, les circonstances, les rencontres, toutes choses, pour y découvrir la parole de Dieu. Car Il nous parle sans cesse. Il nous parle d'abord par la Révélation de la Bible et surtout celle que Jésus nous a apportée dans son évangile. Mais il nous parle aussi, à tout moment, par les événements de la vie, par toutes les circonstances de notre existence, et, plus encore, par cette sorte de présence profonde, invisible de Dieu au fond de notre cœur, au centre de notre vie. Cette présence qui est parole, cette présence qui est lumière et que nous ne savons pas lire parce que nous ne prêtons pas attention. Il faut exercer notre intelligence pour comprendre le mystère de Dieu. Et cela à plusieurs niveaux.

Il faut d'abord une véritable étude, et je crois que nous oublions trop souvent nous chrétiens, que nous devrions sans cesse étudier notre foi, essayer de la connaître, de l'approfondir. Nous sommes souvent d'une ignorance incroyable en matière de notre religion. Nous savons tant de choses dans les domaines humains, scientifiques, littéraires ou autres. Nous sommes souvent très cultivés dans des tas de domaines et nous ne connaissons pas notre foi de la même manière, avec la même profondeur, parce que nous ne lisons pas assez, parce que nous ne nous cultivons pas assez en matière de foi. Je crois que c'est un devoir impérieux de tout chrétien.

Il n'y a pas seulement cette connaissance, en quelque sorte intellectuelle. Il y a la connaissance essentielle la plus importante, cette sorte d'intuition de l'objet que l'on peut connaître, et en matière de foi, c'est particulièrement important. Savoir, avoir les yeux de la foi ouverts, un petit peu comme les yeux du corps nous permettent de percevoir la lumière en tout objet. Il y a, dans notre cœur, des yeux que nous ne savons pas ouvrir pour percevoir, cerner, discerner, déceler. C'est une véritable intuition qui devrait avoir lieu, qui permettrait de sentir ce qui est juste et conforme à la foi et de rejeter, au contraire, ce qui s'en écarte. Je suis frappé de voir combien les chrétiens de nos jours ont peu ce sens de la foi, combien ils se laissent attirer par toutes sortes de choses secondaires et superficielles, qu'il s'agisse de nouveauté plus ou moins modernes qui semblent séduisantes, qu'il s'agisse au contraire d'une manière de se cramponner à un passé que l'on croit essentiel, alors qu'il s'agit de choses tout à fait secondaires. Le peu de jugement des chrétiens en matière de foi est une chose frappante de nos jours. Or ce jugement, cette intuition en matière de foi, c'est une connaissance par connaturalité, cette connaissance que la mère a de son enfant et qui lui permet de savoir, bien avant les médecins, que son enfant est malade, de discerner que quelque chose ne va pas dans son cœur. Pourquoi ? Parce que la mère aime son enfant d'un amour tellement profond que tout ce qui se passe en lui retentit en elle.

Si nous n'avons pas assez ce sens de la foi, cette intuition des choses de la foi, ce discernement, c'est probablement parce que nous ne sommes pas assez amoureux du mystère de Dieu. C'est parce que nous ne nous penchons pas avec assez de désir, d'intensité sur ce mystère, que nous ne sommes pas assez fascinés, émerveillés par lui. Et alors nous lui sommes, en quelque sorte, un peu étrangers, donc insensibles. Et malgré notre réelle bonne volonté, nous ne savons pas discerner ce qui est de la foi et ce qui n'en est pas. Et l'on verra tel ou tel s'écarter de l'Église pour une affaire de rubriques, ou tel ou tel, au contraire, mettre toute l'importance de sa foi dans des choses très secondaires.

Il nous faut demander à Dieu d'ouvrir notre cœur pour qu'Il renouvelle en nous cette intimité avec Lui qui seule, peut nous permettre de sentir cette foi et de nous méfier, précisément de ce levain des pharisiens dont il y a tant d'exemples aujourd'hui, de ces falsifications de la foi qui devraient immédiatement nous révulser, nous faire horreur, alors que nous sommes bien souvent très crédules devant elles, faute de ce sens de la foi. Que Dieu nous le donne à chacun, et que nous soyons véritablement attentifs et diligents pour approfondir cette rencontre avec Dieu et la connaissance de son mystère.

 

AMEN

 
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