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LE PARADOXE DE L'EXISTENCE CHRÉTIENNE

Jr 20, 7-9 ; Rm 12, 1-2 ; Mt 16, 2-27
Vingt-deuxième dimanche du temps ordinaire – Année A (28 août 2011)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

Plus de division mais l'unité de la vie
Frères et sœurs, nous avons la chance aujourd'hui, jour de transition entre les vacances et la rentrée d'avoir entendu un tout petit texte de saint Paul aux Romains qui est à mon avis le texte le plus important du Nouveau Testament. Pour vous dire le prix que j'y attache, cela fait à peu près trente ans que je réfléchis sur cette question. Je vous rappelle les mots essentiels de ce texte. Essayez de l'écouter avec des oreilles neuves parce qu'il pourrait peut-être vous paraître un peu ringard, mais vous allez voir que c'est une révolution dans la mentalité religieuse, et c'est pour cela que c'est si important de l'entendre aujourd'hui.

"Je vous exhorte, mes frères, par la tendresse (ou par l'amour de Dieu, ce n'est ni la contrainte, ni les obligations ni les devoirs), mais je vous exhorte par l'amour et par la tendresse que Dieu a pour vous, de lui offrir votre personne, votre vie, en sacrifice saint". Vous allez me dire : les sacrifices, cela suffit, on nous a baratiné pendant notre enfance qu'il fallait faire des sacrifices et se priver de chocolat et ne jamais mettre la main dans le frigo ! Nous, on ne veut plus faire de sacrifices, c'est le mot banni de la société actuelle, on y reviendra. En tout cas, saint Paul dit : "Je vous exhorte à faire de votre personne un sacrifice saint capable de plaire à Dieu. C'est là l'adoration ou le culte véritable".

Ce texte est une véritable révolution, pourquoi ? Saint Paul parle aux Romains, ce sont des païens, et les païens, il nous est resté quelque chose de cela, les païens, c'est quelqu'un qui se dit : il y a des choses qui concernent la religion et il y a des choses qui ne concernent pas la religion. Ce qui concerne la religion, j'offre un mouton, un taureau, une brassée de blé à mon dieu ou à ma déesse préférée pour être bien avec lui, c'est comme le franc-maçon qui vient de temps en temps mettre une bougie à l'église en disant : on ne sait jamais ! Donc, ici, la religion, ce sont des choses précises, des actes précis, c'est tarifé, c'est mesuré, et c'est la part de Dieu. Après, il y a la vie courante. Alors, là, ce sont les affaires, la jungle, c'est la vie familiale et chacun se débrouille, c'est l'éducation des enfants, et on fait avec. Mais semble-t-il, cela n'a plus rien à voir avec la religion.

Chez les anciens, dans la tête des gens à qui écrit saint Paul, la différence entre le culte d'une part, ce qui concerne Dieu, et d'autre part ce qui n'est pas le culte, ce qui ne concerne pas Dieu, c'est bien net, précis et défini. Saint Paul leur dit : vous n'avez rien compris. Vous n'avez pas compris ce qu'est le culte. Qu'est-ce que c'est que l'adoration ou le culte voulu par saint Paul ? Maintenant, ce ne sont plus des actes, brûler des cierges, faire des dévotions, qui est le domaine réservé à Dieu, mais ce sont vos personnes et votre vie qui sont offrandes à Dieu. Cela change tout, car à partir du moment où ce n'est plus simplement quelques actes précis qui nous mettent en règle avec Dieu, mais où c'est toute notre vie qui est pour Dieu, c'est la révolution la plus grande dans l'histoire de l'humanité.

Saint Paul explique que le chrétien c'est celui qui ne coupe plus le monde en deux, le monde sacré, le monde profane le monde qui concerne Dieu et le monde dans lequel on se débrouille tout seul, mais tout est à Dieu. Toute votre personne, toute votre vie, tout ce que vous expérimentez, tout cela vous met en rapport avec Dieu. Plus rien n'est exclus de notre vie avec Dieu. La totalité de ce que nous visons, de ce que nous faisons, de ce que nous expérimentons dans la vie professionnelle, dans la vie familiale, dans la vie spirituelle, dans notre recherche, dans notre amour, dans notre vie affective, tout cela nous rapproche de Dieu. Et c'est ce qui change tout parce que le chrétien n'est plus comme le païen, un homme divisé, il est un homme dont toute la vie a toute sa consistance humaine, charnelle avec toutes les exigences de la vie, du respect des autres, de toutes les valeurs humaines auxquelles nous croyons, mais tout cela fait corps, est indissociable et inséparable de la vie pour Dieu.

Vous me direz que c'est impossible, c'est clair qu'on ne peut pas y arriver vraiment, mais c'est la ligne de fond et l'orientation fondamentale. Si nous sommes chrétiens c'est pour que tout ce que nous vivons, tout ce que nous expérimentons dans la vie depuis les choses les plus banales comme gérer la vie familiale, gérer le jour le jour, le quotidien, gérer sa vie professionnelle, tout cela est l'occasion pour nous d'offrir notre personne et notre vie à Dieu. Plus rien désormais n'est exclu da la sphère de l'amour de Dieu. Est-ce que ce n'est pas un peu totalitaire ? Si Dieu veut tout, on est complètement sous sa coupe, on est dirigé dans tous les domaines, et est-ce que l'Église a certaines époques n'a pas eu la tentation de vouloir contrôler tout ce que nous sommes, tout ce que nous vivons et tout ce que nous faisons  ? Alors, si c'est une religion sous prétexte qu'elle s'intéresse au tout de l'homme, est-ce que c'est une religion totalitaire, qui vous tient, qui vous donne des codes pour le moindre détail de la vie ? Paradoxalement, non. Car cette exigence d'être tout entier à Dieu repose sur quoi ? Sur notre liberté. Dieu veut tout, mais il le veut de façon libre de notre part. L'Église, la foi chrétienne, l'existence chrétienne, c'est normalement un remède contre le totalitarisme. Il n'y a qu'à voir comment les régimes totalitaires se sont toujours opposés à la foi chrétienne. Paul dit bien : "Je ne vous contrains pas, je vous exhorte par l'amour de Dieu". Je ne vous oblige à rien, mais je vous le demande, je vous le suggère, c'est cela votre vocation.

C'est cela le paradoxe de l'existence chrétienne. Arriver à découvrir notre liberté en étant tout entier pour Dieu et avec Dieu. C'est le génie du christianisme. Ce ne sont pas les grandes fêtes religieuses, c'est d'abord dans le cœur de chacun d'entre nous la capacité librement de dire le plus intime de soi-même avec l'amour des autres, avec ses enfants, avec son époux, avec ceux qu'on aime, de dire : notre vie et notre existence sont pour toi.

Je voudrais simplement conclure par un petit mot sur le JMJ. Vous avez remarqué, qu'une fois de plus, Benoît XVI a parlé du relativisme. La plupart du temps, c'est assez mal accueilli par la presse, parce que généralement les médias prennent ce qu'ils veulent, et les journalistes pensent ce qu'ils veulent aussi. Mais du coup, le relativisme les gêne beaucoup. Maintenant que vous avez compris ce que voulait saint Paul quand il disait que toute notre vie est à Dieu, vous comprenez mieux de quel relativisme il s'agit. Si le relativisme consiste à dire : comme je veux, à ma mesure, sans me préoccuper de rien d'autre car c'est moi qui compte, c'est évident, à un moment ou l'autre, cela tourne court ! Benoît XVI veut dire que le relativisme si c'est la manière de récupérer sans cesse notre vie selon nos valeurs, selon nos petits soucis, c'est clair qu'il n'y a pas d'ouverture. Mais ce qu'il préconise c'est que tout est relatif à Dieu, rien ne peut sombrer dans le relativisme en disant que telle chose est dans importance, telle chose a beaucoup de valeur pour moi. Non, désormais, tout a de la valeur. C'est cela qu'il veut dire à la jeunesse d'aujourd'hui : ne croyez pas que la vie c'est n'importe quoi, ne croyez pas que l'amour d'un homme et d'une femme c'est n'importe quoi. Ne croyez pas que l'éducation d'un enfant, c'est n'importe quoi. Ne croyez pas que ce que vous vivez dans votre vie professionnelle, dans vos engagements cela peut être n'importe quoi. Non, justement, ce n'est pas n'importe quoi. Tout a du prix, tout a de la valeur, et toutes ces valeurs doivent être vraiment reconnues du fond du cœur.

Nous allons maintenant dans un instant baptiser quatre enfants, en réalité, nous allons simplement obéir à ce que suggérait saint Paul. Nous disons à ces enfants que par leur naissance, par leur entrée dans la société humaine, ils ont reçu la possibilité de découvrir l'amour et la tendresse de Dieu pour eux. Tout cela, nous parents, communauté chrétienne, tous les amis, tous ceux qui les entourent aujourd'hui, nous prenons un engagement fondamental. Pour ces enfants, nous voulons que ce qu'ils découvrent, c'est que toute leur vie, tous les aspects de leur vie ont du prix, ont de la valeur, ont une valeur infinie parce que chaque moment de leur vie, peut-être à travers l'amour de leurs parents, à travers la vie familiale, à travers toutes les expériences qu'ils feront, peut être l'occasion comme le dit saint Paul d'offrir leur vie et leur existence à Dieu.

Il n'y a pas de chose plus belle que nous puissions proposer à ces enfants aujourd'hui, c'est l'ouverture de leur véritable avenir, un avenir que nous les humains ne pourrions pas tracer par nos propres forces, ce serait toujours relatif, mais c'est un avenir vers l'absolu de la tendresse et de l'amour de Dieu qui veut pousser jusqu'au bout la liberté de chacun d'entre nous pour que nous soyons vraiment heureux de vivre pour Dieu, de vivre au service de nos frères, de vivre dans la paix et dans la joie qu'il est venu partager avec nous.

 

AMEN

 

 

 

 

 
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