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LE CHRIST SOUVERAIN ABSOLU DE L'ÉGLISE

Is 35, 4-7 ; Jc 2, 1-5 ; Mc 7, 31-37
Vingt-troisième dimanche du temps ordinaire – Année B (9 septembre 2012)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS


Chacun a sa place dans la communauté
"Dieu n'a-t-il pas choisi ceux qui sont pauvres aux yeux du monde ? il les a faits riches de la foi, il les a faits héritiers du Royaume".

Frères et sœurs, vous me permettrez de prêcher sur le passage de l'épître de saint Jacques qui nous a été lu tout à l'heure. C'est une épître à la tonalité au moins apparemment assez révolutionnaire, saint Jacques a de longues diatribes contre les riches, il ne tarit pas de critiques, et surtout, il a l'air d'entretenir un langage revanchard, revendicatif, c'est-à-dire : il faut ramener tout à l'égalité, à la moyenne, certains diraient, à la normalité !

Est-ce que vraiment, c'est ce que saint Jacques veut nous dire ? Voyons d'abord le contexte de cette épître. C'est un texte relativement tardif dans le Nouveau Testament, on en a quelques intuitions parce que ce texte de saint Jacques est très en réaction contre les épîtres de saint Paul. Chaque fois qu'il peut marquer une certaine distance vis-à-vis des thèses de saint Paul, il ne le loupe pas. Notamment la tonalité générale de l'épître est celle-ci : saint Paul vous a dit qu'il fallait avoir la foi, très bien, ayez la foi, mais il n'a peut-être pas assez insisté sur ce que saint Paul appelait parfois de façon un peu péjorative, les œuvres. Précisément, saint Jacques dit que c'est très bien d'avoir la foi, mais … montre-moi tes œuvres. Si tu me montres la foi sans les œuvres, cela ne mange pas de pain, c'est le cas de le dire ! Saint Jacques est en réaction contre un discours de première proclamation de la foi en disant : attention les communautés, ne vous laissez pas aller dans une sorte de vision très idéaliste, théologique du rôle de votre communauté, mais essayez d'abord de mettre en œuvre la parole qui vous a été annoncée. Or, il se trouve qu'un des points sur lesquels la difficulté de la mise en œuvre était particulièrement soulignable, c'est que dans la communauté, il y avait des riches et des pauvres. C'est assez intéressant, parce que qu'il n'y avait pas beaucoup de clubs dans l'Antiquité qui réunissait en même temps les riches et les pauvres. Il y avait plutôt des clubs de riches, et des clubs de pauvres, mais il n'y avait sûrement pas le brassage social que nous connaissons aujourd'hui. Déjà la critique de saint Jacques est un grand bon point pour les communautés chrétiennes parce que c'est comme s'il disait : écoutez, vous avez déjà un statut extraordinaire, qui est de rassembler les riches et les pauvres dans vos communautés, alors, essayez de le faire non pas pour reconstituer des clubs à l'intérieur, non pas pour refaire des divisions et des tensions.

C'est la première chose. On observe ici des communautés économiquement mixtes avec des gens riches et des gens pauvres. En même temps, et un certain nombre d'interprètes de l'épître de saint Jacques se sont plu à le souligner, les communautés commencent à être fréquentées par des non-chrétiens. Nous lisons cela au premier degré, mais ce n'est pas aussi simple. Imaginez que dans votre assemblée arrivent en même temps un homme aux vêtements rutilants et un homme aux vêtements sales. L'homme aux vêtements rutilants, c'est typique de la fausse richesse levantine orientale des quartiers revus par les émirs, saint Jacques dit "des hommes avec des bagues aux doigts", mais en réalité cela veut dire des hommes avec des doigts en or, ce qui ne veut pas dire nécessairement des doigts de fée ! Ces parvenus viennent dans la communauté. Tout est permis. Pourquoi y aurait-il des gens qui s'intéressent à la communauté ? et apparemment, ce sont des gens qui viennent de l'extérieur puisqu'ils ne sont pas prévus pour la réunion. Les gens pauvres ne nous surprennent pas tellement parce que dans les communautés la réputation de ce que les chrétiens avaient le souci d'aider les pauvres était quelque chose de connu, et donc il devait sans doute y avoir des diacres comme Laurent qui géraient le plus grand service social de la ville de Rome. Mais les riches ? c'était évidemment pour se mettre dans la poche un certain nombre de couches de la population intéressantes à ajouter à leur clientèle. On voit ici une communauté qui a pignon sur rue puisque même certaines personnes riches se déplacent pour aller voir ce qui s'y passe.

Saint Jacques dit alors : regardez votre comportement . Le riche arrive : on va vous libérer une chaise, on va vous servir l'apéritif, est-ce que vous voulez vous rafraîchir ? et le pauvre ? on lui dit : tu t'assieds sur le tapis avec les enfants ! il y a quand même une différence notable de traitement. Et saint Jacques n'est pas de mauvaise volonté, nous avons tous ce réflexe-là, immédiatement, quand on reçoit quelqu'un qui a une rosette, on se tient un peu plus à carreau. Il insiste pour aider à réfléchir sur ce que signifie notre comportement. C'est là que saint Jacques enfonce le clou mais pas exactement comme on pourrait le croire. Nulle part ici il n'est question d'égalité. On peut traiter saint Jacques de conservateur peureux, mais il ne remet pas en cause la structure sociale de l'empire romain. Il ne parle pas immédiatement du problème d'une sorte de réduction égalitariste de la société. Alors de quoi s'agit-il ? Si les frères de la communauté se précipitent vers celui qui a de l'argent ou du pouvoir, qui reconnaissent-ils comme détenteurs du pouvoir ? les hommes. Or, qu'est-ce que c'est que les chrétiens ? C'est ceux qui considèrent que le seul détenteur du pouvoir, c'est le Christ. Au milieu de la communauté, celui qui détient le pouvoir, c'est le Christ et parce qu'il détient le pouvoir, il a le pouvoir absolu aussi bien sur les pauvres que sur les riches. Par conséquent, on ne peut pas comme communauté décréter qui doit exercer le pouvoir ou ne pas l'exercer, qui doit tenir les autres par sa richesse ou ne pas les tenir. Il y a au cœur même de la communauté par le fait qu'on y entre, par le fait qu'on en fait partie, même simplement qu'on vient la visiter comme dans le cas évoqué par saint Jacques, il y a une exigence fondamentale : que tous reconnaissent la seigneurie du Christ sur chacun des membres qui participent à la vie de la communauté.

De ce point de vue-là, c'est une vision de la situation personnelle de chaque homme dans cette société particulière qui est la communauté ecclésiale, l'Église, vision très originale. A l'époque, personne ne pensait de cette manière, que tous les hommes devant Dieu étaient ce qu'ils sont simplement parce que Dieu le leur avait donné dans leur être et que Dieu les aimait chacun personnellement. C'est la première fois que l'on dit cela à propos d'une communauté et que saint Jacques proclame la seigneurie absolue de Dieu, du Christ sur la communauté. Par le fait même, personne au cœur de cette communauté, en vertu de qualités que d'ailleurs Jacques ne conteste pas, il ne dit pas qu'on est tous aussi doués intellectuellement, qu'on a tous la même fortune à la naissance, mais il dit simplement que nous sommes tous devant Dieu dans une situation qui n'est même pas exactement ce que l'on appelle de l'égalité, mais une sorte d'unicité de chacun, reconnaissant le pouvoir absolu du Seigneur ressuscité sur chacun d'entre nous. Par conséquent, il ne peut pas s'exercer à l'intérieur de la communauté une sorte de rivalité ou de lutte d'influence.

Je ne sais pas si cela vous inspire, mais je crois que dans une société comme la nôtre qui est dite démocratique, on a très vite tendance à interpréter le fait que tout le monde est égal, comme le fait que tout le monde peut dire et faire n'importe quoi, rien ne limite la liberté comme le dit cet adage : ma liberté commence là où finit celle de l'autre ! On a tendance à traiter le problème de la valeur personnelle sur le registre de la confusion. Tous égaux, cela voudrait dire : tout le monde fait ce qu'il veut. Il n'y plus alors de principe qui fonde la valeur personnelle de chacun. Or, l'Église dans le monde actuel, est ce lieu dans lequel on peut dire pourquoi il y a cette égalité fondamentale entre les personnes qui forment la communauté et même celles qui viennent de l'extérieur, qu'ils soient riches ou pauvres. C'est parce que nous reconnaissons la seigneurie absolue de Dieu sur son Église et d'une certaine manière aussi la seigneurie absolue de Dieu sur la création le destin et l'histoire de l'humanité. Il n'y a pas d'autre raison. C'est cela le modèle de l'Église, c'est la réalité de l'Église, ce lieu où chacun d'entre nous se reconnaît dans ce qu'il est sans essayer d'abord d'exercer une sorte d'emprise sur les autres, mais simplement chacun reconnaissant sur lui-même et sur les autres, la souveraineté absolue du Christ.

C'est pour cela que saint Jacques termine son épître en disant : comment se traduit cette souveraineté du Christ ? C'est parce que tout le monde, les humbles comme les riches sont les héritiers du Royaume. C'est cela le mystère de l'Église aujourd'hui, ce sont ces lieux très concrets, notre communauté, toutes les communautés chrétiennes dans lesquelles avec nos péchés nos limites et de temps en temps nos infidélités nous rcconnaissons fondamentalement cette souveraineté absolue de Dieu sur chaque personne et sur les communautés et ce qui nous rend absolument critiques sur toute forme larvée ou explicite de prise de pouvoir. Et ce n'est pas si simple de garder sa véritable indépendance d'esprit dans un contexte pareil. Je crois que le fait d'être croyant nous donne sur ce point-là une responsabilité particulière.

 

AMEN

 

 

 

 

 

 

 
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