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« EPHATAH ! OUVRE-TOI ! » : L’insoutenable passivité de l’Église

Is 35, 4-7 ; Jc 2, 1-5 ; Mc 7, 31-37
Vingt-troisième dimanche du temps ordinaire – Année B (6 septembre 2015)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Pour ce début d’année scolaire, la liturgie nous propose un texte apparemment simple, un miracle comme on les aime, la guérison d’un sourd-muet. On ne se sent pas trop concerné, persuadés que nous sommes qu’il s’agit d’un épisode « image d’Épinal » qui ne risque plus de nous arriver aujourd’hui ! Pourtant je le crois d’une actualité impitoyable, dans la mesure où il nous apprend que nous n’ouvrons plus beaucoup nos oreilles pour entendre les cris de détresses de ceux-là mêmes qui devraient nous être les proches, je veux parler de nos frères chrétiens du Proche et du Moyen Orient. Il y a des cas où les journalistes qui ne sont pas nécessairement des « cathos » perçoivent mieux que nous le scandale et l’horreur. C’est pourquoi je me propose de vous faire la lecture d’un article tiré de l’édition numérique de la revue Causeur. Je crois que son auteur dit vraiment ce qu’il faut dire aujourd’hui, même si on n’est pas obligé de penser comme lui jusque dans les détails (mais doit-on discuter sur des détails face à ce genre de tragédie ?). Voici donc ce qu’écrit Jean-Sébastien Hongre, sous le titre « L’insoutenable passivité de l’Église » et qui ne peut nous laisser indifférents :

L’Église catholique est mondialement organisée, riche, puissante, dotée d’un commandement unique, centralisé et d’une voix écoutée en la personne du Pape. En outre, elle  possède une hiérarchie claire et pyramidale susceptible de s’activer aux quatre coins du globe, un maillage qui lui permet de s’adresser à plus d’un milliard d’êtres humains, un réseau d’influence sur les grands de ce monde, notamment les dirigeants des puissances occidentales démocratiques.

Et cependant, face aux persécutions dont ses membres sont victimes en Orient pour la première fois à cette échelle depuis la chute de Constan­tinople,  cette puissance endormie ne fait rien ou si peu. Anesthésiée. Tétanisée. Émasculée, dirait-on si l’on osait…  – mais avec l’Église catholique cela fait longtemps qu’on peut tout dire.

Tandis qu’en Syrie, en Irak, et dans bien d’autres pays musulmans, ses enfants subissent des horreurs dignes des nazis, l’Église se met dans les rails de la seule idéologie à la mode : la compassion passive.

Le pape enjoint ses fidèles à prier. On se mobilise dans les paroisses pour envoyer des dons et de quoi nourrir les rescapés. On fait sonner les cloches. La belle affaire ! Du bout des lèvres le pape condamne et appelle à agir. On tremble. Le Vatican, combien de divisions ?

En mars 2015, Mgr Tomasi, observateur du Vati­can aux Nations unies, a estimé qu’il fallait « mettre sur pied une coalition à l’issue d’une réflexion poussées ». Une commission à la Hollande en quelque sorte. On présage alors de l’efficacité de cette « réflexion poussée ».

Simplifions : pour Mgr Tomasi, « toute coalition contre Daesh doit inclure des États musulmans du Moyen-Orient et ne peut pas simplement être une approche occidentale ». De quoi accélérer le pro­cessus ? On en doute. Pourtant, la presse a alors salué cet incroyable changement de posture, l’É­glise ayant traditionnellement fait de la neutralité diplomatique et de l’injonction humanitaire sa posture internationale.

La réalité, c’est que rien n’a bougé depuis. Même l’ONU détourne les yeux. Les Yezidis ont subi un quasi génocide, les chrétiens ont été pratiquement éradiqués pendant qu’on… réfléchissait.

Quant au Pape, il prie. Face au niveau de violence et de barbarie de Daech, digne d’Himmler, on ne comprend plus. Que faut-il pour réveiller l’Église ? Où est l’énergie, la révolte,  l’indignation, comme moteur de l’action  au-delà de la simple posture ? Oui, où est la rage de sauver les siens ?

Personne ne semble s’étonner de cette incroyable passivité, de ce renoncement, de cette faiblesse qui trouve peut-être sa source dans une culpabilité occidentale cultivée depuis trente ans par des Européens qui ne comprendront les immenses bienfaits de l’Occident que lorsqu’ils les auront définitivement perdus.

Quand on songe que sans hiérarchie et sans pape, il aura suffi d’une caricature pour que les musulmans du monde entier et leurs multiples autorités s’enflamment et mettent au pas les États qui désormais s’autocensurent, tout contrits de plates excuses, on est en droit de s’interroger.

Faisons un peu de fiction : que se passerait-il si la France massacrait sa population musulmane, organisait un marché des esclaves place de la Concorde, enterrait vivants des enfants musulmans raflés aux Tarterêts, autorisait les soldats à violer les femmes et les petites filles musulmanes de la cité des Quatre mille à La Courneuve ? Le monde musulman ne ferait-il pas le siège de l’Onu pour envoyer des troupes ? La réaction mondiale ne serait-elle pas puissante, déterminée, unanime et inflexible ? Y-aurait-il une nation qui oserait jouer le rôle tordu de la Turquie ? Aucun doute, en trois mois, la France serait mise à genoux d’une manière ou d’une autre – il suffirait d ’arrêter de lui fournir son shoot mensuel de dette…

Et si dans un pays musulman, des chrétiens com­mettaient des attentats, son gouvernement ne prendrait-il pas des mesures radicales comme l’expulsion de tous les extrémistes chrétiens ? Il est même probable que les États occidentaux le féli­citeraient de ces mesures courageuses. Mieux, on collaborerait pour récupérer et incarcérer nos enfants égarés par l’extrémisme chrétien. On reçu­pérerait même avec fierté des chrétiens extrémistes ressortissants du pays musulman en question pour l’en débarrasser. On s’en ferait un devoir.

On trouverait normal que les États musulmans décident de fermer tous les lieux de culte chrétiens par principe de précaution. Les verts-rouges se lamenteraient sur ces relents de colonialismes sym­bolisés par les attentats commis en terre musul­mane par des monstres chrétiens. Pour remplir le vide, Cambadélis appellerait à se méfier de ce qui nous rappelle les heures sombres.

Mieux, on organiserait gentiment le rapatriement des millions chrétiens innocents de tout acte terroriste en leur jetant un regard sévère à leur arrivée chez nous et en nous battant la coulpe. On comprendrait même que sur notre territoire, quelques-uns soient passés à tabac par des enfants des cités et que des églises brûlent.

On mesure bien le « deux poids, deux mesures ». L’histoire a ses règles : l’énergie déserte toujours les corps gras et le monde appartient aux déter­minés. Dans ces conditions, comment l’Église oserait-elle mettre les pays musulmans face à leurs responsabilités ? Comment oserait-elle exiger des puissances pétrolières arabes – bien plus riches que nous – d’organiser l’accueil des migrants ? On attend toujours qu’un dirigeant européen le leur demande … d’autant plus que certaines comme l’Arabie Saoudite ont probablement soutenu Daech. Et bien non, c’est encore à une Europe épuisée, appauvrie, divisée de se taper le boulot, de saturer les urgences de ces hôpitaux déjà surpeuplés, de gaver les accueils sociaux de milles demandes et de s’endetter, encore et encore.

Pétrie des bons sentiments qui pavent les enfers à venir, l’Europe se sacrifie et l’Église prie. Com­ment pourrait-il en être autrement quand on a perdu sa fierté ? On charge nos manuels scolaires de culpabilité, réduisant l’histoire de la chrétienté à l’inquisition et aux croisades, de quoi la faire détester par une partie de la jeunesse issue de l’immigration. Qui osera affirmer tout ce que cette chrétienté et l’Occident ont apporté au monde en matière de science, de médecine, de littérature, de culture, de littérature, de philosophie, d’archi­tecture, de musique, de peinture, sculpture ? Qui est encore capable de vanter ce passé devant une classe du 93 ? À défaut d’endosser ce rôle, l’Église devrait au moins défendre les siens.

La grande leçon de ces derniers mois, c’est que l’Église ne se révoltera pas. Elle est à bout de souffle tandis qu’une énergie combative et conquérante bruit dans les veines de sa concurrente, plus jeune de six cent ans.

Jean Sébastien Hongre (Causeur 4 septembre 2015 : référence sur internet : http://www.causeur.fr/daech-linsoutenable-passivite-de-leglise-34426.html)

 
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