NOTRE DETTE A LA GENERATION SUIVANTE

Si 27, 30 – 28, 7 ; Rm 14, 7-9 ; Mt 18, 21-35
24ème dimanche du temps ordinaire – année A – (17 Septembre 2017)
Homélie du frère Daniel Bourgeois

Frères et sœurs, nous connaissons tous par cœur cette parabole qu’on appelle le "débiteur impitoyable". C’est d’une simplicité évangélique : on remet une énorme dette à un homme. Normalement, il devrait être en prison parce qu’il ne peut pas payer sa dette, et dès qu’il sort, il tombe sur l’un de ses débiteurs qui lui doit cent deniers, c’est-à-dire pas grand chose, quelques centaines d’euros. Il a un comportement odieux, insupportable, car il dit : « Rends-moi ce que tu me dois ». Nous sommes tous évidemment scandalisés. Jésus a sans doute fait exprès de choisir une parabole aux traits appuyés et nous pensons que cet homme n’a que ce qu’il mérite.

Je voudrais très brièvement attirer votre attention sur la question suivante : pourquoi cet homme n’a-t-il pas pardonné ? Ce n’est pas si simple. Nous interprétons cela avec notre cœur de vieil avare rapace : « Même si on m’a remis la dette, moi je veux continuer à m’enrichir ». Nous pensons qu’il faut condamner cet homme parce qu’il n’a pensé qu’à lui. En réalité, il n’a pas simplement pensé qu’à lui, il n’a pas non plus pensé à ce que voulait dire la remise de dette et le pardon dont il a bénéficié.

D’une certaine façon, si la manière dont nous sommes pardonnés n’est pas réfléchie, ça ne fonctionne pas. Que signifiait le pardon pour cet homme ? Il était libéré de sa dette. Il retrouvait une plénitude de liberté qu’il ne pouvait plus avoir auparavant puisqu’il était lié par sa dette. A partir du moment où il a reçu la liberté, que peut-il demander de plus ? Or, s’il a reçu la liberté et qu’il voit quelqu’un lié à son tour par une dette, comment ne peut-il pas partager cette expérience de délier de la dette ? Qu’a-t-il dans la tête pour imaginer que le pardon consiste simplement à raturer une somme sur un papier, puis ignorer l’autre ? En fait, ce débiteur impitoyable a le pardon facile, c’est-à-dire sans remerciement. S’il avait eu la moindre idée de ce qu’il devait à son maître, il se serait dit qu’il ne pouvait en aucun cas garder pour lui l’expérience qu’il avait eue. Et ça aurait été une merveilleuse occasion pour lui de la mettre en œuvre avec celui qui lui devait une centaine de deniers ou d’euros. Tout est là. Il ne s’agit pas d’une enfilade de malédictions ou de punitions. Au contraire, Jésus nous demande : « Avez-vous compris ce que sont le pardon et la liberté ? »

Cette parabole tombe particulièrement bien le jour où nous recommençons notre année de catéchèse. Au fond, nous-mêmes avons reçu infiniment. On ne s’en rend pas compte tous les jours, mais nous avons reçu une foi vivante, à travers beaucoup de péripéties, d’obstacles et de choses difficiles à admettre, mais une foi vivante. On nous a remis une sorte de dette d’incrédulité qui va à l’infini. En étant catéchisés nous-mêmes, les adultes, nous avons reçu une plénitude de liberté que nous essayons de mettre en œuvre aujourd’hui.

Mais attention, il y a une génération qui vient. Cette génération ne nous doit pas grand-chose, mais nous lui devons tout. C’est ça la catéchèse. La catéchèse consiste à savoir que nous avons reçu ce tout qui fonde notre liberté d’action, notre liberté de vivre, notre liberté de construire nos familles, notre vie en société. Tout cela est un cadeau et la première chose que nous devons avoir en tête, est que nous devons absolument communiquer cette expérience de liberté à la génération qui vient. Vous comprenez que le catéchisme ne revient pas à égrainer des articles de foi comme des pièces de monnaie, mais à faire part de la liberté que nous éprouvons à être croyants et à recevoir l’amour de Dieu. Nous devons alors répercuter ce don dans la manière dont nous aimons nos enfants et tous ceux qui nous sont confiés dans la génération qui vient.

Frères et sœurs, c’est très simple, nous avons deux attitudes possibles dans le monde actuel. Ou bien nous continuons à accumuler, à croire qu’on peut nous remettre sans arrêt nos dettes, et à n’y prêter aucune attention. Ou bien nous avons le souci de la génération qui vient. Dans ce cas-là, nous pouvons y consacrer quelques dimanches dans l’année, quelques temps de rencontres ou de réflexion. Si nous ne le faisons pas, c’est comme si nous disions au débiteur qui nous doit quelques euros : « De toute façon, ça ne m’intéresse pas, je veux récupérer mes billes ».

Alors frères et sœurs, soyons attentifs à cela car c’est important. Aujourd’hui, dans un monde où l’on dit toujours qu’on ne sait pas où vont la civilisation, la culture etc., nous avons reçu un chemin modeste, humble, presque invisible mais qui nous a donné une vraie liberté. Il s’agit de savoir si nous voulons faire continuer ce chemin dans le cœur de nos enfants. Et c’est là-dessus que nous serons jugés.

 
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