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PRENDRE SA CROIX POUR SUIVRE JESUS

Is 50, 5-9a ; Jc 2, 14-18 ; Mc 8, 27-35
Vingt-quatrième dimanche du temps ordinaire - année B (13 septembre 2015)
Homélie du Père Raphaël BOUVIER

Ce n’est pas à priori la consigne la plus enthousiasmante pour se faire chrétien. Il est vrai d’ailleurs que Jésus n’a pas commencé par là pour inviter Pierre et les 11 à se mettre à sa suite.  Il a d’abord prêché l’avènement du Royaume, guérit les malades, nourrit les foules, invité à la conversion pour susciter des disciples parmi lesquels il a choisi les 12. L’itinéraire chrétien commence par une rencontre de personne à personne où le Christ se manifeste dans sa puissance de salut.
Ainsi, ce n’est qu’après un premier temps prolongé de « catéchuménat » que Jésus se met pour la première fois a annoncé sa passion, après s’être assuré par la voix de Pierre que les 12, au moins, avaient bien saisi qu’il était le Messie. A ce stade de leur itinéraire, Jésus fait alors de la Croix le point de passage obligé pour continuer à marcher à sa suite. Et ceci vaut non seulement pour les 12, mais aussi pour l’ensemble de la foule, c’est-à-dire pour nous.
Il n’y a pas de vie chrétienne à 2 vitesses ; le super Chrétien appelé à la sainteté et à des grâces particulières d’un côté, et de l’autre le chrétien lambda qui se contente de sa pratique dominicale à l’heure et au lieu qui lui convient,  de sa prière du matin ou du soir avant de se coucher, et d’une petite vie ordinaire qui évite de faire du mal à son prochain pour le cas échéant, si il le mérite, lui faire du bien. Non, la Croix ne peut être congédiée de la vie du chrétien. En témoigne la réaction véhémente de Jésus vis-à-vis de Pierre : Passe derrière moi Satan, tu me fais obstacle avec ta pensée trop humaine, Passe derrière moi pour reprendre ta place de disciple et me suivre jusqu’à la Croix.
Comment accueillir cette invitation de Jésus qui nous est faite pour en percevoir le sens, malgré la première et légitime réaction de rejet qu’elle suscite ? Comment percevoir que ce qui est folie aux yeux des hommes puisse être considéré comme sagesse aux yeux de Dieu ? Le serviteur souffrant d’Isaïe peut même encore ajouter à notre trouble, lui qui vient au devant de son supplice : et moi, je ne me suis pas dérobé. J’ai présenté mon dos à ceux qui me frappaient, et mes joues à ceux qui m’arrachaient la barbe. Je n’ai pas protégé mon visage des outrages et des crachats. Non, seulement il ne fuit pas la croix qui se présente à lui, mais il la recherche en s’exposant aux coups et aux crachats.
Il ne s’agit surtout pas d’y voir une forme d’apologie de la souffrance et de la douleur pour se purifier ou se punir de notre péché et du péché du monde. Ce serait un contre sens grave, voire le signe d’un déséquilibre mental ; et précisément tout le ministère de guérison de Jésus qui vient soulager les souffrances des hommes empêche une telle interprétation perverse.
Pourtant l’attitude du Serviteur souffrant exprime bien un consentement, un « oui » à ce qui advient. Non pas un « oui » à l’épreuve en elle-même, mais au plus grand bien dont il peut en résulter dans la foi et l’espérance. Car le ressuscité ne peut avoir de prise sur notre vie qu’à la condition où l’homme accepte d’être en prise avec sa vie réelle, avec son lot de joie et de croix. On ne goûte  aux douceurs de la résurrection qu’en accueillant la pesanteur de nos croix.
La visée profonde de l’école de la Croix n’est donc absolument pas d’en ajouter aux souffrances des hommes, mais de les voir moins souffrir en leur permettant de souffrir autrement – en Christ – et c’est ainsi qu’ils accèderont à la plénitude du bonheur et de l’amour. On peut prendre l’exemple de parents qui ont un enfant gravement malade. Leur cœur et leur prière voudront d’abord demander qu’il guérisse, ou qu’il n’ait jamais été malade.
Parfois, dans le désespoir d’une situation, nos prières demandent l’impossible,  s’accrochant au miracle. Mais souvent le réel finit par faire du découragement et de la révolte le dernier mot de nos prières. Pourtant, si elle persévère notre prière se transforme peu à peu pour finir par demander la force de continuer, dans l’épreuve à aimer sa vie,  pour y déployer les gestes qui soignent, y prononcer les paroles qui réconfortent.
La prière continue de demander l’impossible qui n’est pas d’avoir une autre vie, sans aspérité, sans souffrance (car il ne faudrait alors ne plus aimer, et la chose serait réglée). Mais l’impossible qu’elle demande, c’est de continuer d’aimer dans l’épreuve, de faire de l’épreuve le lieu du don, le lieu de l’apprentissage du don et de l’abandon ;  le lieu où je continue d’exercer l’amour qui soigne et qui soutient, puisqu’au bout du compte c’est lui qui aura le dernier mot : puisqu’au bout du compte dans la foi, je sais que ce sont ces gestes et ces mots d’amour qui ne passeront jamais. Tous les chrétiens qui ne désertent pas la foi à la première épreuve savent que  notre conversion, notre retournement au regard de la Croix est de cette nature. Aussi le consentement se met à dilater notre liberté à partir de ce qui est subi. C’est paradoxal, mais, notre volonté humaine qui voulait tout maîtriser par elle-même, en vient alors à être comme gonflée d’une force nouvelle que je découvre être celle de l’Esprit. C’est notre volonté qui s’est convertie à la volonté de Dieu. La prière consentante libère ainsi le don de l’Esprit, cette force au-delà de nos forces qui vient à notre soutien et nous donne de garder les bras ouverts là où toutes les bonnes raisons du monde conspiraient à les fermer sur sa douleur. C’est là que Jésus consent jusqu’au bout qu’il remet l’Esprit, C’est là que nous consentons avec lui et par lui, que nous le recevons. Marie est cette maman priante qui nous apprend à consentir. Notre Dame du Oui, à Nazareth et à Bethléem comme au Golgotha. Elle est la Mère admirable qui nous précède et nous accompagne sur ce chemin ; gardons-là bien près de nous comme nous y invite Saint Bernard à travers ces mots si doux , si simples et si profonds :
Regarde l’étoile, invoque Marie
Si tu la suis, point ne t’égares,
Si tu la prie, point ne désespère,
Si tu la garde en ta pensée, point de faux pas.
Qu’elle te tienne, point de chute,
Qu’elle te protège, plus de crainte.
Avec elle, plus de fatigue,
Avec sa bienveillance tu touches au port.
Saint Bernard

 
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