Photos

CELUI QUI VEUT ETRE LE PREMIER

Sg 2, 12+17-20 ; Jc 3, 16 — 4,3 ; Mc 9, 30-37
Vingt-cinquième dimanche du temps ordinaire – Année B (23 septembre 1979)
Homélie du Frère Jose FABRE


Saint Jean de Malte : Lavement des pieds le Jeudi-Saint

Jésus vient, pour la deuxième fois, d'annoncer sa passion, sa mort et sa résurrection Mais Il a de la peine à convaincre ses disciples. Nous nous souvenons de l'étonnement de Pierre et de la réponse que Jésus lui donna lors de la première annonce. Aujourd'hui le texte nous dit que les disciples ne comprenaient toujours pas. Et malgré les efforts répétés du Christ pour leur faire saisir l'importance capitale de cet événement, malgré la Transfiguration devant Pierre, Jacques et Jean qui voulait leur faire comprendre que malgré cette mort il y aurait une gloire semblable à celle dont ils étaient les témoins, malgré tout cela les disciples ne comprendront pas. Et le soir du jeudi-saint, plus personne ne sera autour du Christ pour l'entourer. Il faudra attendre après le soir de Pâques pour qu'ils commencent à saisir le sens des Écritures et ils éprouvèrent le besoin de mettre noir sur blanc cet obscurcissement de la conscience qui fut le leur.

"Ils ne comprenaient pas !" Et même "ils avaient peur d'interroger Jésus". Ils se souvenaient de la réplique sévère que Jésus avait donnée à Pierre et chacun, bien qu'il eut mille questions à poser, hésitait de les adresser au Christ. Au contraire, loin de comprendre, ils étaient en train de discuter en route pour savoir qui d'entre eux était le plus grand.

Et voici que se déroule devant nous une scène intolérable, mais combien humaine. Au moment où Jésus leur parle de sa passion, leur parle de souffrance, de service, d'échec, voilà qu'eux discutent de réussite, de premier et de règne. Mais, dans ces circonstances, les apôtres sont très proches de nous. Combien de fois, au moment où le Seigneur nous fait comprendre au-dedans de nous-mêmes, qu'Il attend de nous un engagement, qu'Il attend de nous la réalisation d'une vocation ou qu'Il attend de nous un approfondissement de notre foi ou un service plus poussé de nos frères, combien de fois ne prenons-nous pas des directions opposées, des chemins différents, d'autres horizons ? Et devant cette incompréhension des disciples, Jésus, calmement, en toute amitié, leur répond et leur rappelle que s'ils veulent être premiers dans ce Royaume qu'Il vient inaugurer, royaume d'amour, royaume de service, il faut que, dès ici-bas, ils acceptent d'être derniers et d'être serviteurs.

Le Christ vient renverser notre sagesse humaine, notre logique humaine où, hélas, comme le disait le fabuliste, "la raison du plus fort est bien souvent la meilleure". Et Jésus essaie de faire comprendre qu'Il vient inaugurer un royaume où c'est le faible, le petit, l'enfant avec qui Il s'identifie qui sera premier. Cet enfant fragile, tout petit comme le Christ va être fragile entre les mains des hommes pendant sa Passion, comme Il reste fragile dans les mains des hommes, dans son eucharistie ! Jésus, premier, "de condition divine" nous dit Saint Paul, s'est fait petit, petit enfant né de la vierge Marie et petit au sens de serviteur et esclave. Et Il donnera même l'exemple en traduisant ses paroles par un geste au soir du Jeudi-Saint, lorsque, au grand scandale des apôtres, qui n'ont toujours pas compris, Il voudra leur laver les pieds en signe de service.

Jésus veut nous faire comprendre aussi que c'est avec les humbles, les petits, les derniers, ceux qui ne prétendent à rien que Dieu fait des merveilles. Lorsque Samuel vint chercher un des fils de Jessé pour en faire le roi d'Israël, ce n'est pas à David, le dernier qu'il avait songé. Il était le plus petit, il gardait les troupeaux, ne pouvant rien faire d'autre. Mais voici que c'était lui, David, que Dieu avait choisi. Et c'est aussi une fille d'Israël qui ne prétendait à rien, Marie de Nazareth, qu'Il choisit pour être sa mère Et c'est vers les exclus de la société, ceux qu'on avait rejetés, les derniers qu'Il va de préférence. C'est au larron repentant qu'Il promet le paradis, c'est aux prostituées qu'Il réserve une place de choix, bien avant les pharisiens qui prétendent être justes, c'est vers les lépreux, c'est vers les publicains que l'on considérait comme des pécheurs publics que l'on montrait du doigt, à qui il propose d'être apôtres comme à Matthieu, ou disciple comme à Zachée.

Car, dans cet évangile, Jésus nous dit que son humiliation, sa passion, sa mort sont les chemins privilégiés de la Résurrection. Et c'est dans notre résurrection personnelle, c'est dans la résurrection de tous que les derniers de la vie, ceux qui n'ont pas eu de chance, ceux à qui la vie n'a pas souri, les derniers en fortune, les malheureux, les affamés, les handicapés, les infirmes, les derniers dans la santé, s'ils accueillent le Royaume de Dieu, s'ils s'ouvrent à la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ, seront premiers dans le Royaume. Et c'est tout le sens des Béatitudes : "Heureux, vous qui pleurez ! vous qui êtes persécutés pour la justice, vous qui êtes pauvres en esprit ! Le Royaume des cieux est à vous !"

Bien sûr il ne faut pas rechercher la souffrance pour la souffrance, il ne faut pas vivre notre christianisme avec une sorte de masochisme. Le Christ Lui-même n'a pas voulu ni cherché la souffrance et la mort. Mais, au terme de sa mission, étant allé jusqu'au bout de Lui-même, victime de la jalousie, de l'animosité des hommes qu'Il avait suscitée par ses paroles, Il est allé dans sa Passion et dans sa mort. Et Il demande à chacun de nous que nous allions jusqu'au bout de la lutte, de la lutte pour la vie, car Dieu voit avec satisfaction les efforts que font les hommes pour améliorer l'existence, pour améliorer la santé, la recherche, les découvertes des hommes, nos efforts pour asseoir une situation, pour vivre plus dignement. Et lorsqu'au bout de la lutte, il y a l'échec, alors il nous est demandé d'entrer dans le chemin, dans le sillage que Jésus nous a tracé. Oui, il nous faut prendre la vie fermement mais avec une âme d'enfant, de pauvre, une âme détachée. La prendre avec audace, mais la prendre aussi en pensant que, là où nous sommes, à travers notre situation, à travers le rôle que nous jouons ici-bas, nous devons avant tout être serviteurs des autres, de telle sorte que, au terme de notre vie, nous puissions obtenir pour nous cette phrase que le Christ a dite dans l'évangile : "C'est bien, bon et fidèle serviteur !" Toi qui as accepté d'être dernier, dans la vie, toi qui as fait de ta place sur la terre un signe de service, "entre dans la joie de ton Maître" car désormais "je ne vous appelle plus serviteurs mais amis" !

AMEN

 
Copyright © 2020 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public