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UNE GESTION FIDÈLE EN PEU DE CHOSE 

Am 8, 4-7 ; 1 Tm 2, 1-8 ; Lc 16, 1-13
Vingt-cinquième dimanche du temps ordinaire – Année C (20 septembre 1998)
Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

Ce qui est dommage avec Jésus, c'est qu'II n'a pas lu les encycliques sociales. Il ne connaît rien à la doctrine sociale de l'Église parce que, jusqu'à preuve du contraire, s'II avait un petit peu de jugeote, sachant que certains papes succéderaient à Pierre, Il n'aurait jamais, puisqu'en principe une para­bole s'applique à Dieu Lui-même, Il n'aurait jamais loué un intendant malhonnête, et puis dire qu'on peut se faire des amis avec l'argent trompeur, ou bien je les ai mal lues, les encycliques, ou bien vraiment je n'ai jamais trouvé cela dans les écrits pontificaux.

Tout est bizarre dans cet évangile parce qu'en effet le premier, excusez-moi, des trompés, c'est quand même le maître parce qu'il ne s'est même pas rendu compte qu'il avait un intendant qui gérait mal ses biens. Il a fallu qu'on vienne lui dire : "tu sais, il gaspille ton argent", à croire qu'il ne s'en faisait pas beaucoup. Et puis à la fin, il se met même à le louer en disant : "au moins il était avisé". Peut-être regrette-t-il du coup de perdre son intendant en se disant que, s'il avait été un petit peu plus proche de lui, celui-ci aurait été aussi bien avisé en gérant ses biens lorsqu'il les avait que maintenant lorsqu'il va perdre la gérance. C'est une affaire de gestion finalement que Jésus soulève, mais il n'y a pas que Jésus qui soulève cette affaire de gestion puisque la première lecture nous dit grosso modo la même chose.

Imaginez qu'Amos s'adresse directement à nous : "alors vous attendez que les fêtes et les rites soient accomplis, paroissiens de Saint Jean de Malte, pour opprimer le pauvre, pour l'oppresser et lui voler son bien". C'est à peu près ce que dit Amos en fait à ses paroissiens. Donc là aussi les hébreux se sont ca­chés derrière Dieu, derrière les fêtes et les rites, on pourrait dire aujourd'hui derrière l'Église pour faire finalement ce qui les intéressait, c'est-à-dire gagner de l'argent, tout simplement, et ça sur le dos des autres. Autre chose que l'on fait rarement, c'est, comme le dit saint Paul, prier pour ceux qui nous gouvernent, prier pour les chefs d'Etat. On a plutôt tendance à critiquer l'État et l'on a plutôt tendance à leur reprocher beau­coup de choses, enfin Dieu merci, en France on ne reprochera jamais aux chefs d'État d'avoir des maî­tresses, on sourira plutôt, mais par contre si c'est des affaires d'argent, de gestion on les lui reprochera un peu plus.

Toujours est-il, à part l'Église qui peut-être croit encore au Bon Dieu, qu'il n'y a qu'elle pour avoir dans ses intentions de prière universelle, dans le mis­sel, des prières pour les chefs d'État et pour ceux qui nous gouvernent, comme on en trouve aussi d'ailleurs dans le bréviaire. Bref tout cela nous mène à ce que Jésus veut nous faire sentir, c'est-à-dire qu'il y a une chose pour laquelle l'homme est fait, c'est pour gérer, c'est pour accomplir une gestion. Mais pas n'importe laquelle. D'ailleurs son Père avait commencé puisque, lorsqu'Adam et Eve reçoivent la première des béné­dictions, cette première bénédiction à qui est en fait la première bénédiction nuptiale, n'est rien d'autre qu'une affaire de gestion : "soyez féconds, multipliez-vous, maîtrisez le monde, dominez-le, gérez-le. Moi, Je l'ai fait, maintenant ça vous appartient, vous devez être de bons intendants ".

Voilà aujourd'hui Jésus nous appelle à être des intendants rusés. Alors qu'est-ce que c'est qu'être bon intendant ? Est-ce que ça signifie simplement que nous devons avoir un rapport bien senti et équilibré avec l'argent, avec le pouvoir ? Certes cela est néces­saire, mais ne suffit pas. A ce sujet, je me souviens d'un prêtre qui jugeait les autres prêtres à l'argent qu'emmagasinait sa paroisse, il disait : "si cette pa­roisse a beaucoup d'argent, c'est que le curé est bon". Moi, je peux vous assurer que je connais des curés qui ont laissé un matelas financier conséquent sur leur paroisse, mais une pastorale au point mort. Je ne sais pas si c'est le rôle premier d'un curé de s'occuper de l'argent ou de s'occuper des âmes de ses paroissiens, mais il faudrait que ni l'un ni l'autre ne soient à priori incompatibles, ou l'un le critère de l'autre. En somme, oui, être gérant, gérer les choses, qu'est-ce que cela signifie pour un chrétien ? Jésus nous donne Lui-même la réponse "si vous avez été fidèles en peu de chose, vous serez établis sur de plus grandes choses. Si vous avez été malhonnêtes en peu de chose, vous serez malhonnêtes dans de grandes choses". Voilà la réponse : être fidèle "en peu de choses".

Mais comme c'est compliqué et comme c'est difficile, parce que finalement nous ne valons pas plus que nos contemporains, nous nous plaignons toujours des gouvernants, mais si nous avions à gouverner à leur place, est-ce que nous ferions mieux ? est-ce que nous saurions mieux gérer les choses ? Oh ! je parle aussi pour moi-même, avant de vouloir gérer, eu égard à Monseigneur Gabriel Mante qui gouverne l'Église, avant de vouloir gouverner l'Église, je n'ai qu'à gouverner ma propre paroisse ou fraternité. Jus­tement en peu de choses, si nous savons gérer, si nous savons gouverner, cela nous appelle peut-être un jour à aller plus loin et à savoir gérer de plus grands cho­ses. Mais c'est vrai dans n'importe quel domaine, parce que ne nous basons pas simplement sur l'argent ou le pouvoir que nous avons ou que nous pouvons obtenir, parce que cela est vrai aussi bien des biens intellectuels, affectifs, spirituels qui nous sont donnés.

Combien de fois nous nous plaignons de ne point avoir le prince charmant ou de ne point avoir la femme idéale, alors que nous ne savons même pas être fidèles au peu d'amitié qui nous est donné ? Comment être bon intendant et bon gestionnaire, quand nous nous plaignons de telle ou telle chose, au niveau de la société ou de l'État, quand nous avons nous-mêmes du mal à être un foyer ? Comment pou­vons-nous encore nous plaindre du fait qu'il y a telle ou telle réalité mal vécue dans l'Église, quand nous-mêmes nous ne savons pas vivre du don que Dieu nous fait de par notre baptême, de par l'eucharistie, de par la confirmation et les autres sacrements qui nous sont donnés ? Parce que si nous sommes fidèles en peu de choses, il nous sera donné de grands biens.

Et c'est bien cela qu'exprimait un des grands saints : saint Laurent lorsque celui qui allait le persé­cuter, dans les premiers siècles de l'Église, lui deman­dait d'apporter la richesse de l'Église, il lui a apporté les pauvres, il lui a apporté le seul bien, celui auquel l'Église doit être fidèle, non pas parce que l'Église aime la pauvreté pour la pauvreté, mais parce que cela Lui rappelle simplement d'où elle est née, elle est née de la pauvreté de Celui qui veut, comme le dit saint Paul, que tous les hommes soient sauvés.

La pauvreté d'un Dieu qui s'est incarné, la pauvreté d'un Dieu qui a accepté d'aller jusqu'au bout de ce qu'est une humanité, une réalité de vie d'homme. Et voilà Jésus nous dit simplement : "contentez-vous d'être des hommes". Et cela est diffi­cile. Contentez-vous du peu que vous avez. Si vous savez déjà gérer ça, vous découvrirez combien c'est un grand bien, combien c'est le bien du Royaume. En somme le grand bien, le grand trésor, c'est le Royaume parce que Jésus ne nous donnera pas, excu­sez-moi, même si vous aimez les fontaines de choco­lat au Paradis, si vous aimez l'argent, il ne coulera pas des fontaines d'argent au Paradis, il y aura le Royaume, et c'est sur ce Royaume-là que le Seigneur fera régner sa Lumière. Et II demandera à tous d'y participer, la participation au Royaume, ce sera de se donner soi-même, de mettre son cœur dans la relation avec les autres, d'établir dans la communion tous ceux qui, de toutes races, langues, peuples ou nations, ac­ceptent d'être le Royaume. Et nous sommes aujour­d'hui ce Royaume anticipé. L'Église, notre commu­nauté est notre bien.

Et je voudrais simplement rendre grâce pour la communauté que nous sommes, pour le peu peut-être que nous sommes dans nos vies, dans notre ma­nière d'être ici à la paroisse Saint Jean de Malte, communauté. Mais il y a des richesses, il y a des biens, il y a des trésors, et je rends grâces pour tout cela afin qu'ensemble nous sachions le gérer. Et je prendrai simplement un exemple comme celui que nous allons vivre aujourd'hui. Je ne veux pas, puisque je ne les connais pas, leur faire du tort, mais pour Stéphane et pour Laetitia qui présentent leur enfant Raphaël au baptême, vous avez sur une année reçu le sacrement de mariage dans cette église, puis la confirmation, et enfin vous faites baptiser votre en­fant, vous nous rappelez que c'est le plus grand bien qui nous est donné et que, du coup, notre communauté et je sais puisque je les vois dans l'as­semblée qu'il y en a d'autres ici qui ont reçu le bap­tême, il y a des jeunes couples qui ont reçu le sacre­ment du mariage, ici et il y en a qu'on a reçus au sa­crement de réconciliation et qui ont fait une véritable œuvre de conversion, qui ont redécouvert et qui se sont réappropriés la foi, eh bien ceux-là, c'est notre richesse. Et je suis heureux que la communauté pa­roissiale que nous formons ait pu les accueillir, ait pu leur proposer ainsi de vivre de ce qui nous est le plus précieux, notre foi, le don de Dieu, et que nous n'avons rien d'autre à gérer que ce Royaume de Dieu, que cette Église que le Seigneur appelle à vivre au­jourd'hui, dès à présent.

Donc, comme le dit saint Paul, c'est nous tous ici présents qui nous réjouirons de voir tous les hom­mes, pour être politiquement correct, il faudrait que je dise toutes les femmes, mais elles sont incluses dans mon propos, quand je dis tous les hommes, que tous les hommes lèvent les mains dans la prière et rendent grâces à Dieu saintement, sans colère et sans aucun mépris de personne.

 

 

AMEN