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UN CONSEIL DE JÉSUS…

Am 8, 4-7 ; 1 Tm 2, 1-8 ; Lc 16, 1-13
Vingt-cinquième dimanche du temps ordinaire – Année C (19 septembre 2004)
Homélie du Frère Bernard MAITTE

 Jésus nous invite à être comme l’intendant malhonnête. N’aurait-il pas pu utiliser de bien meilleures images. Il a certainement en tête, des gens bien plus recommandables qu'un intendant malhonnête. Comment peut-on être invité à faire comme quelqu'un qui ne fait pas bien ? Mais, est-ce que ce n'est pas réagir simplement en bon chrétien un peu moralisateur que de se dire que l'exemple d'un intendant malhonnête n'est pas un bon exemple pour le chrétien ? Effectivement. Cela dit, ce que le Seigneur loue, ce n'est peut-être pas d'abord le fait de la malhonnêteté de l'intendant. Ce que Jésus loue chez lui, c'est son intelligence ! Oui, c'est son intelligence. Intelligence de la situation, intelligence de l'action, et intelligence aussi du but.

Intelligence de la situation. Cela ne fait pas de doute, le maître n'est pas passé par quatre chemins, il va renvoyer son intendant qui a usé et gaspillé ses biens. On le comprend. Quel serait le directeur d'une entreprise heureux de voir ses sous-directeurs ou ses cadres dilapider entièrement les biens ? Vous me direz que cela arrive, et notre Etat providence est souvent le plus mal desservi par ses gestionnaires. Mais, il est vrai que d'abord, l'intendant malhonnête analyse parfaitement ce qui va lui arriver. Je vais être mis à la porte, le seul problème c'est que je ne toucherai pas de chômage, il n'y en avait pas à l'époque. Je n'aurai pas de RMI, donc aucune assurance, aucune sauvegarde à ce niveau-là. Il se rend compte aussi, - parce qu'il n'analyse pas simplement ce qui va lui arriver, mais il se rend compte aussi de ce qu'il est – qu’il n'a pas la force de piocher, il n'a pas la force de faire autre chose que d'être derrière son bureau avec son porte-plume et d'écrire quelques mots sur une feuille blanche en attendant que les heures tournent, et de gaspiller le bien de son maître. Il ne sait pas faire autre chose. Donc, il sait ce qu'il vaut. Et c'est là qu'il a au moins une qualité, cet intendant malhonnête, il a très bien analysé la situation dans laquelle il se trouve et ce qu'il est lui-même, alors il se dit : "Je sais ce que je vais faire". Le tout n'étant pas d'analyser une situation, ou d'avoir simplement un bon discernement, il faut aussi avoir la volonté de réaliser ce que l'on a décidé, et donc de le mettre en pratique. Là aussi, l'intelligence de l'action nous est remarquablement démontrée dans ce que fait le malhonnête intendant. Il réunit tous ceux qui doivent quelque chose à son maître, tous ceux qui sont débiteurs à l'égard du maître, et il réduit ce que les uns et les autres doivent. Il remet, si ce n'est la moitié, au moins un quart de la dette, pour les uns et pour les autres. Il a très bien compris qu'il ne s'agit pas de partir avec la caisse du maître, cela ne servirait à rien, il aurait pu être rattrapé, mis en prison ; trouver éventuellement n'importe quelle autre solution ne l'aurait pas mis à l'abri, la seule chose qui pouvait durer, c'était de se faire des amis. Il se fait donc des amis, bien sûr au détriment de son maître. Mais écoutez aussi la parole de Jésus qui nous recommande, chose assez étrange, de nous faire des amis avec le malhonnête argent. Quel conseil de la part du Seigneur ! L'intendant l'a compris et l'a très bien fait.

La troisième chose que nous souligne cette parabole, c'est l'intelligence du but, et ce but est souligné par l'analyse et par l'action. En effet, le but poursuivi par l'intendant et de pouvoir continuer à vivre et à bien vivre. Il sait qu'il ne peut continuer à bien vivre que s'il peut compter sur d'autres. Il sait qu'il ne peut continuer son chemin et sa voie que s'il est assuré et a compris quel était le but désormais, de sa vie au quotidien. Et il a choisi le tout pour le tout, il a choisi de risquer le maître contre ses débiteurs. Il a choisi ceux qui étaient dépendants du maître.

A quoi cela nous mène-il ? Il me semble que la conclusion de la parabole, la pointe de la parabole selon la formule consacrée, est : "Vous ne pouvez servir Dieu et l'argent". Mais il y a aussi autre chose qu'il ne faut pas oublier. C'est ce que Jésus dit Lui-même au cours de la parabole. Il souligne que les enfants de ce monde sont bien plus habiles que les fils de la lumière. Autrement dit, si nous devions utiliser un langage actuel Jésus dirait presque mot pour mot : les chrétiens sont de pauvres imbéciles par rapport aux gens qui ont le pouvoir, qui gèrent, qui sont à l'aise avec les affaires, ils se débrouillent très bien. Et Jésus pourrait nous dire : prenez donc exemple sur eux ! Faites pareil, faites-vous des amis avec le malhonnête argent. Quel conseil ! Bien sûr, le chrétien, avec toute la tradition et l'évangile qu'il a reçu, peut-il entrer dans cette conception ? Peut-il être comme les intendants malhonnêtes de notre monde ? Peut-il être comme les oppresseurs de la société ? Peut-il être comme ceux qui nous gouvernent, et qui gouvernent ce monde, des fauteurs de guerre et de trouble ? Ce serait, je pense, se tromper. Ce que Jésus nous dit, c'est : Soyez intelligents. Soyez au moins aussi intelligents que ceux qui gèrent et utilisent les biens de cette terre ; ayez autant d’ardeur et le désir et la volonté qu'ils mettent à avoir plus de pouvoir, avoir plus d'argent et de puissance. Ayez au moins autant à cœur qu'eux, d'y arriver. Comprendre et analyser la situation dans laquelle nous somme et agir en conséquence en ayant perçu le but que nous poursuivons, voilà une preuve d'intelligence. Jésus pourrait nous dire : ne soyez pas médiocres ni imbéciles, ne soyez pas ceux qui se voilent le visage et qui se disent qu'ils font ce qu'ils peuvent. Non, c'est tout ce que vous êtes, toutes vos qualités, toute votre intelligence, tout votre art qui doivent être au service de Dieu, comme il y en a qui le mettent de manière remarquable au service de l'argent.

Il est vrai que nous sommes nous-mêmes invités aujourd'hui par Jésus à faire preuve de cette bonne volonté, et à montrer justement comment notre finesse, notre intelligence sont au service de Dieu, comment nous sommes capables d'analyser certaines situations, de savoir ce que nous sommes. On nous le répète si souvent : "Nous sommes fils de la lumière, nous sommes le sel de la terre ?" Comment cette lumière ne faiblit-elle pas ? Comment ce sel ne s'affadit-il pas ? Comment mettons-nous en œuvre tout ce que nous sommes et tout ce que nous pouvons, pour que justement la lumière brille, et que le sel puisse donner du goût ? Comment analysons-nous ce qui se passe en nous et autour de nous pour servir Dieu en servant l'autre, pour l’aider, pour l'accompagner, pour l'aimer ? Comment traduisons-nous en actes ce que nous espérons ? Nous pouvons proclamer l'évangile de Dieu, nous pouvons l'annoncer, nous pouvons dire la foi en Dieu, nous pouvons l'enseigner avec justesse, avec vérité, mais comment cette justesse et cette vérité de l'évangile sont-ils réellement annoncées dans l'action que nous entreprenons ? Comment, c'est l'autre qui est choisi et qui est servi ? Comment faisons-nous venir les débiteurs de Dieu, les serviteurs de notre maître, le Seigneur, et comment leur disons-nous : tu dois autant à Dieu ? Tu ne dois plus qu'un quart, plus que la moitié ou mieux, rien du tout, car le maître te fait grâce. Comment usons-nous des biens de notre maître en proclamant : tu es pardonné, tu es sauvé ? Comment mettons-nous en œuvre ce que nous avons perçu et compris de l'évangile ? Car quel est le but poursuivi par le chrétien ? C'est l'amour de Dieu, c'est la communion des frères, c'est vivre cette communion en la recevant dans l'eucharistie, et en la faisant vivre aux autres. Qu'au moins, si nous savons gérer un tant soit peu l'argent, nous sachions, pourquoi pas, encore mieux gérer l'argent de Dieu qui n'a pour d'autre nom que la grâce du Seigneur. Que cette grâce ne soit pas réservée à quelques-uns, qu'elle ne soit pas capitalisée dans notre cœur, mais qu'elle soit donnée, distribuée. Dieu nous a fait les serviteurs de sa grâce et de sa miséricorde. Et sa grâce et sa miséricorde, c'est pour que nous nous fassions des amis.

Frères et sœurs, je pense que c'est à cette intelligence, cette analyse, cette action et ce but, que le Seigneur nous invite. Oui, comme le malhonnête intendant, nous sommes invités à vivre en vérité ce que le Seigneur nous donne d'être, des serviteurs de sa grâce, des gestionnaires de son bien. Nous pouvons commencer par nous, comme le fait l’intendant. Constater notre propre misère et notre propre péché et agir pour qu’ils ne soient pas un enfermement pour nous. Comprendre que cela nous ouvre à choisir et à servir Dieu, à ne compter que sur lui. User du bien de sa grâce et le découvrir ami de cet homme de misère que je suis. S'il ne me restait dans ma vie que des obscurités, mais qu'il y ait quand même un fil de lumière, Dieu serait ce fil de lumière. Si dans ma vie, il ne restait qu'un désert, mais qu'il y ait une goutte d'eau, Dieu serait cette goutte d'eau. Si dans ma vie, il ne restait que de la pauvreté mais qu'il y ait un peu de pain, Dieu serait ce peu de pain eucharistique. Ce à quoi le Seigneur nous invite, c'est que quoique nous ayons, quoique nous fassions, quoique nous vivions, si dans le vide, dans le silence, dans la souffrance, dans la maladie et dans la peine, dans l’absence, il ne restait qu’un souffle Dieu serait ce souffle là, il serait la seule vie et la seule présence qui resterait. Alors, à quoi me servirait-il d'avoir trouvé mon destin, y compris si c'est celui de fils de lumière et d'enfant de l'amour, s'il ne menait pas à Dieu ?

 

AMEN

 

 

 
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