Photos

 LE MYSTÈRE DE COMMUNION DE L'AMOUR HUMAIN

Gn 2, 18-24 ; Hb 2, 9-11 ; Mc 10, 2-16
Vingt-septième dimanche du temps ordinaire – Année B (4 octobre 2009)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Frères et sœurs, il y a abondance de richesse dans les textes que nous venons d'entendre. Je n'insisterai pas sur la finale de l'évangile où Jésus dit à ses disciples : "Laissez venir à moi les petits enfants". Et Jésus les embrasse et les bénit. C'est à l'image de Jésus qui veut recevoir près de lui les petits enfants, qu'aujourd'hui, nous allons donner le sacrement de baptême par lequel on devient enfant de Dieu, fils du Père et donc, frères de Jésus, nous allons donner ce baptême à Amélie, Elisa et Mathilde.

En même temps, ces textes nous parlent longuement du mystère du mariage et je voudrais y réfléchir un instant avec vous. Dans l'évangile, avant de parler des petits enfants, Jésus est interrogé par les pharisiens qui cherchent à le mettre à l'épreuve. En effet, les rabbins n'étaient pas tout à fait d'accord sur le fait qu'on ne pouvait répudier sa femme que pour cause d'adultère, et d'autres disaient qu'un simple déplaisir ressenti à l'égard de sa femme suffisait comme cause pour la répudier. Jésus dépasse toutes ces discussions rabbiniques et il affirme que "l'homme ne doit pas séparer ce que Dieu a uni". Pour expliquer ce que Dieu a uni, Jésus renvoie au récit de la création : "Il les fit homme et femme", c'est une citation du premier récit de la création, quand le sixième jour Dieu dit : "Faisons l'homme à notre image et comme notre ressemblance. Il fit l'homme à sa ressemblance, à son image il le créa ; homme et femme il le créa" (Gn. 1, 26-27). C'est en étant homme et femme que l'homme est à l'image de Dieu et c'est ce que signifie ce premier récit de la création.

Ensuite, Jésus cite immédiatement le deuxième récit de la création qui et plus populaire, qui ressemble davantage à un conte, dans lequel on voit l'homme établi dans un jardin, mais il est seul, et Dieu dit : "Il n'est pas bon que l'homme soit seul" (Gn. 2, 18).C'est ce que nous entendions tout à l'heure dans le récit de la Genèse. Dieu amène tous les animaux devant l'homme mais ils ne sont pas de la même chair et par conséquent, aucun ne peut être un compagnon pour l'homme. Devant cette constatation, Dieu fait tomber un profond sommeil sur l'homme, un sommeil mystérieux, et il va prendre de la chair de l'homme pour en faire la femme. Contrairement à une opinion qui est assez répandue, ce texte ne veut pas dire que la femme soit inférieure à l'homme parce qu'elle serait créée à partir de l'homme, comme l'homme a été créé par Dieu. C'est exactement le contraire. Ce que ce texte veut dire, c'est que la femme est de la même chair que l'homme, elle a été façonnée avec la même chair que celle de l'homme et donc, ils ne sont qu'un seul être, une seule réalité. C'est pourquoi le texte ajoute immédiatement : "L'homme quittera son père et sa mère, il s'attachera à sa femme et ils ne feront qu'une seule chair". Tel est le texte exact et non pas ce qu'on nous a lu : ils ne feront plus qu'un ! Certes, dire que l'homme et la femme ne font qu'une seule chair, c'est dire qu'ils ne font qu'un seul être, une seule réalité, ils ne font plus qu'un, mais en même temps, ce texte veut dire que cette unité entre l'homme et la femme s'accomplit, se manifeste, est signifiée, est exaltée par cet acte sexuel qui unit l'homme et la femme en faisant d'eux une seule chair.

Voilà donc que les textes de la création et plus particulièrement de la création de l'homme et de la femme, nous donnent un grand enseignement sur le mariage, sur l'amour humain, sur le mystère de l'amour humain. Tout d'abord, c'est à l'image de Dieu que l'homme est homme et femme. La dualité des sexes, l'unité en un seul des deux sexes est à l'image de Dieu. Qu'est-ce à dire ? Dieu n'est pas homme et femme. Dieu est notre Père et il n'y a pas en lui une déesse qui serait notre mère. Mais Dieu, mystérieusement, est communion de trois personnes : le Père, le Fils et l'Esprit Saint et ces trois ne font qu'un. C'est ce mystère de la communion des personnes divines qui polarise toute la création. Toute la création consiste à établir dans l'univers, dans les créatures, une communion qui jaillit du cœur même de Dieu, de cette communion intime, profonde, fondamentale du Père, du Fils et de l'Esprit. Le couple humain, l'homme et la femme sont appelés à être l'image de Dieu, précisément dans leur communion. C'est dans l'amour qui les unit que l'homme et la femme sont à l'image de Dieu. Voilà la grandeur, l'immensité, du sacrement de mariage, du mystère de l'amour humain. Il nous rend "un" par une réalité de communion qui est à l'image de la communion même de Dieu, Père, Fils et Saint Esprit. Jésus le dira à plusieurs reprises à ses disciples : "Comme le Père m'a aimé (voilà l'amour trinitaire), moi aussi ne vous ai aimés (Jn 15, 9), (c'est l'amour créateur qui découle de l'amour trinitaire), et comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres (Jn 15, 12),(c'est cet amour du prochain qui culmine et s'exalte dans l'amour conjugal).

Aimer son prochain, pour un homme aimer sa femme, pour une femme aimer son époux, c'est échanger un amour qui n'est pas différent de l'amour créateur Dieu, qui n'est pas différent de l'amour éternel du Père, du Fils et de l'Esprit. C'est la communion même qui est au cœur du mystère de Dieu puisque "Dieu est amour" (I Jn 4, 8), c'est cette communion qui est au cœur du mystère de Dieu, qui est répandue dans l'univers par l'acte créateur qui est un acte d'amour, et qui établit dans chacune des créatures et tout spécialement dans les créatures humaines, et plus spécialement encore dans les époux, établit dans cette communion la présence de l'amour même que le Père, le Fils et l'Esprit ont de toute éternité. Cet amour ainsi répandu dans nos cœurs par l'Esprit Saint qui nous a été donné (Rm 5, 5), comme le dit saint Paul, cet amour va permettre à l'homme et à la femme de n'être plus qu'un, de n'être plus qu'une seule chair dans cette sublime communion qui est celle de l'acte conjugal.

C'est ce que nous dit le deuxième récit de la création que nous venons d'entendre, et la tradition des prophètes culminera dans les textes de saint Paul, et tout particulièrement dans l'épître aux Éphésiens dans laquelle Paul nous dira que l'amour de Dieu pour les hommes, l'amour créateur que Dieu a pour chacun d'entre nous, c'est l'amour non pas simplement de personne à personne, mais c'est l'amour communautaire de toute la communion de la création et spécialement de la communion de l'Église. Saint Paul dit cela : "Maris aimez vos femmes comme le Christ a aimé l'Église" (Eph. 5, 25), c'est-à-dire comme le Christ aime l'humanité, car le Christ nous a aimé au point d'épouser notre chair. Saint Paul va avoir cette hardiesse d'appliquer les paroles de la création : "Ils ne seront plus qu'un seule chair" au rapport à l'union du Christ avec l'humanité (Eph. 5, 31-32). Le Christ en s'incarnant, en prenant une chair semblable à notre chair (c'est ce que nous disait l'épître aux Hébreux que nous lisions tout à l'heure), le Christ en prenant une chair semblable à notre chair a épousé l'humanité, il a épousé l'Église, c'est-à-dire l'humanité sauvée pour ne faire avec elle qu'une seule chair. Ainsi le mystère du mariage s'enracine dans ce mystère de l'Incarnation par laquelle Dieu se fait homme et vient remplir notre humanité de sa présence. Cette présence, c'est l'amour même de Dieu, cet amour que le Père, le Fils et l'Esprit se donnent depuis toujours et pour toujours dans un immense embrasement d'amour auquel nous sommes appelés.

Je ne développerai pas plus longuement le mystère du mariage, sinon en signalant que cet amour donne naissance à la vie, à l'enfant qui est comme l'accomplissement, la plénitude de cet amour conjugal. C'est ce qui nous amène aujourd'hui à recevoir les parents de Mathilde, d'Amélie, d'Élisa, qui nous présentent leur enfant pour que ces enfants par le baptême entrent dans le mystère de l'Église, c'est-à-dire dans le mystère de la communion de Dieu avec nous. Dieu va s'emparer de leur être, de leur cœur, pour le remplir de son amour, pour leur apprendre à aimer comme lui-même nous a aimés et comme le Père éternellement nous aime.

 

AMEN

 

 

 
Copyright © 2020 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public