Photos

LA VIGNE DU SEIGNEUR, C'EST SON ÉGLISE

Is 5, 1-7 ; Ph 4, 6-9 ; Mt 21, 33-43
Vingt-septième dimanche du temps ordinaire – Année A (7 octobre 1984)
Homélie du Frère Michel MORIN


Promesse de fruits

Nous avons besoin de la foi en Dieu, nous avons besoin de la foi au Fils Bien-aimé de Dieu, nous avons besoin de croire en l'Église, en ce qu'elle est en elle-même selon le désir de Dieu, en ce qu'elle a à accomplir dans le monde d'aujourd'hui et de tous les temps Le texte du prophète Isaïe que nous avons entendu tout à l'heure s'applique aussi bien au Christ qu'à l'Église, car le Christ et l'Église forment un seul corps dont le Christ est la tête et l'Église, tous les membres. Ce que Dieu a greffé sur l'humanité, sur ce coteau fertile qu'est le cœur de l'homme, c'est son propre Fils, et il a greffé sur cette humanité pour qu'elle puisse produire, des fruits, pour que ces fruits soient la joie même de ce Seigneur. Mais cette première plantation a été saccagée, la vigne a été détruite, la tour démolie, le pressoir aussi, et le Fils lui-même, le Christ a été tué.

Il en sera de même pour l'Église, car la destinée du corps est celle de la tête, du chef. Il ne faut donc pas s'étonner que l'Église que nous sommes aujourd'hui, d'une façon ou d'une autre, soit saccagée, soit malmenée, soit détruite, voire même par ceux-là à qui elle a été confiée, car si Dieu fait confiance à l'homme, l'homme retourne cette confiance vers lui-même pour ses propres intérêts. Nous avons besoin de croire que Dieu aime cette Église, qu'Il ne l'abandonne pas et que la prophétie d'Isaïe est désormais accomplie. Si le Christ, le Fils Unique, le Bien-aimé, a été envoyé et a été Lui-même détruit, voici qu'Il est devenu, dans le cœur même de cette humanité, à la fois la vigne nouvelle, celle qui donne un fruit d'éternité, Il est devenu la tour et aussi le pressoir.

Il est devenu la vigne parce que ce n'est que sur ce cep-là, comme le dit saint Jean dans son évangile, que tout homme pour porter le fruit de la vie divine doit être greffé, et nous savons que cette vigne, le Christ, Dieu ne peut pas la détruire : "le Saint ne connaîtra pas la corruption". Nous sommes donc assurés d'avoir pour aujourd'hui et pour l'éternité notre vie en Lui. En Lui se trouvent nos raisons de vivre, de croire et de mourir.

Il est aussi la tour, cette tour qui a été construite sur cette pierre de fondation qu'Il est Lui-même, cette tour qui est disposée au cœur même de l'humanité, comme une chair qui est parfaite, comme une chair qui a trouvé sa destinée ultime, comme une chair déjà divinisée. Et c'est cela notre assurance notre sécurité car nous pouvons, à tout instant de notre vie, nous réfugier dans cet amour du Christ au milieu de nous.

Il est aussi le pressoir, car comme un fruit mûr, comme un raisin arrivé à terme, Il a été pressé, Il a été foulé aux pieds et le sang versé ne cesse de couler, dans le sacrement de l'eucharistie, dans notre propre cœur pour que nous-mêmes, nous puissions vivre de son amour, du don de sa Vie, qui est notre Rédemption.

Si le Christ est ainsi l'accomplissement de la prophétie d'Isaïe, nous sommes en Église et nous avons cette part d'être comme Lui. L'Église d'aujourd'hui est la vigne du Seigneur, plantée sur un coteau fertile qui est l'humanité, car Dieu croit toujours et sait toujours que le cœur de l'homme, qu'Il a créé, malgré tout ce qu'il y a de mauvais en lui, malgré tout son péché, est quand même capable de produire des fruits. Et si Dieu plante encore cette vigne de l'Église dans l'humanité, c'est pour qu'elle s'étende et produise des fruits qui le réjouiront et qu'Il partagera à la table de tous les hommes.

L'Église est aussi la tour, car c'est elle qui a reçu et doit garder cette révélation, qui contient tout l'avenir du monde, comme l'accomplissement de chaque homme. L'Église est une tour bâtie dans l'humanité, non pas pour être une citadelle, une tour d'ivoire où nous aimerions nous retrouver pour nous protéger des nuisances extérieures, mais l'Église est cette tour bâtie au milieu de la cité pour la protéger, dans laquelle les chrétiens sont comme les veilleurs, ceux qui sauront regarder au loin pour discerner le mauvais et empêcher, autant que faire se peut, que ce mal s'abatte sur nous, sur notre société et sur les hommes. Cette Église nous sert de phare au milieu de la mer souvent agitée, vers lequel les hommes qui cherchent Dieu, souvent désespérés peuvent se tourner et trouver un moment de paix et de repos dans la proximité de Dieu. L'Église est en même temps ce pressoir, au cœur de son cœur est pressé le vin de charité de Dieu, à travers sa prière, son activité, sa vie humble et pauvre, sa souffrance et sa mort. Elle presse pour le monde le vin nouveau.

Tout ceci, frères et sœurs, c'est nous qui le sommes : ce qui veut dire que notre présence dans le monde d'aujourd'hui a le même sens, la même signification, la même force, la même luminosité que la présence du Christ au milieu des hommes avec qui Il a vécu. La présence du Christ dans le monde, sa présence dans l'Église, pour le monde, cela revient comme un trésor, comme un héritage, à l'Église. Et aujourd'hui nous avons avec le monde la même relation que le Christ Seigneur, une relation de rédemption de salut, une relation qui produit des fruits de vie pour en donner un vin pressé pour le Royaume nouveau.

Frères et sœurs, dans cette eucharistie, que notre foi grandisse, que nous ne perdions pas l'espérance, que nous puissions croître dans cette confiance absolue en Dieu a qui a planté cette vigne, l'Église au cœur de l'humanité, qui ne la détruira pas, qui n'acceptera pas qu'elle soit détruite par les vignerons mauvais qui peuvent y travailler. Que notre foi grandisse, que nous croyions un peu plus profondément que nous sommes aujourd'hui, pour le monde, le salut qui nous a été donné par le Christ. Le Christ a institué l'Église, cette institution de l'Église est pour le salut du monde aujourd'hui, et le signe de ce salut passe par notre propre vie chrétienne.

Qu'en recevant ce matin le vin nouveau de la vigne du Christ, le sang versé sur la croix, nous grandissions dans cette conviction, dans cette foi et dans cette tendresse pour l'Église qu'Il nous faut aimer comme Dieu l'aime, afin qu'à travers cet amour, nous puissions aimer les hommes et leur annoncer l'insondable tendresse du Seigneur pour sa vigne, la grande miséricorde, la merveilleuse espérance, l'innombrable patience, l'inlassable clémence et l'ineffable allégresse de Notre Seigneur Dieu pour sa vigne, l'Église de son Fils.

 

AMEN

 
Copyright © 2020 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public