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PORTER SA CROIX, C'EST COMBATTRE COMME LE CHRIST, DANS LE CHRIST

Is 5, 1-7 ; Ph 4, 6-9 ; Mt 21, 33-43
Vingt-septième dimanche du temps ordinaire – Année A (4 octobre 1987)
Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

Frères et sœurs, l'épître aux Philippiens, l'épître de saint Paul que nous venons d'entendre nous propose la paix, nous propose la paix comme fruit de la relation avec Dieu. Or ce que nous vivons contredit cette annonce de la paix. D'ailleurs c'est souvent le message de l'évangile qui reste paradoxal puisque nous ne cessons d'affirmer que nous sommes déjà sauvés, or nous demeurons inexorablement atta­chés au péché, du moins nous faisons chaque jour l'expérience que le mal, la souffrance, les épreuves viennent contredire cette paix, cette joie, ce bonheur que l'évangile ne cesse de nous dessiner devant les yeux. Certes le Christ a bien dit : "Heureux les pau­vres, Heureux ceux qui pleurent", mais quand même combien de fois dans les épîtres ou dans l'évangile, nous est-il promis cette paix que nous ne connaissons pas encore ? plus tard saint Paul dira une phrase très importante, il dira : "Ayez les mêmes sentiments que le Christ bonté, bienveillance, douceur, humilité, pa­tience".

Alors je vous propose non pas de résoudre ce paradoxe (qui est le mystère même de la vie chré­tienne) qui est d'être ensemencée par la vie éternelle du Christ, dès le baptême, et puis de passer toute sa vie à apprendre à répondre à ce que Dieu nous pro­pose. Car pour que le paradoxe cesse, Dieu a tout donné, mais il faut en face de ce don faire une libre réponse, prononcer un oui généreux, franc, printanier, spontané, amoureux, pour que cesse ce paradoxe du déjà et pas encore, il faut que du fond de nous-mêmes, chaque minute, chaque heure, chaque jour, chaque mois, jaillisse du fond de nous, un peu arraché à la croix que nous portons, un oui toujours aussi franc, toujours aussi ferme sur sa foi. Difficile, presque im­possible. Tant mieux, car cela veut dire que nous au­rons à nous remettre dans ses mains aussi pour répon­dre oui, non seulement c'est Lui qui donne cette vie par le baptême, par l'eucharistie, mais c'est Lui qui nous fera répondre oui.

Alors je vous propose une image, je pense qu'il faut pour nos esprits, même si nous sommes de grands adultes responsables, des images assez sim­ples, comme nous en donnons aux enfants, pour conduire la vie spirituelle qui souvent en nous débute et est un peu adolescente, parce que, frères et sœurs, nous avons souvent l'impression que Dieu se cache derrière les éléments du monde et que notre vie passe son temps, en quelque sorte, à chercher à discerner, à décrypter, à travers les éléments du monde, ce visage de Dieu qui nous apparaît peu clair. Saint Paul dira "votre vie est cachée dans le Christ" c'est-à-dire non pas que Dieu est caché par rapport à ce monde, ou du moins, plus exactement, il est vrai que le monde ne laisse pas tout apparaître de Dieu. Il est vrai qu'il y a comme un voile permanent sur la réalité même de Dieu et qu'il faudra l'avènement du Royaume pour que cette réalité totale de Dieu se révèle et que le voile tombe. Mais ce qui est faux, c'est que nous, nous sommes du côté de ces choses du monde. Non, nous nous sommes aussi cachés comme Dieu, en Lui, c'est-à-dire que c'est comme un jeu de cache-cache, si vous permettez l'expression. Nous sommes cachés en Dieu, Lui-même caché dans ce monde. Ou mieux dit, notre vraie vie non encore manifestée, non encore révélée est cachée en Dieu, Lui aussi encore non révélé par rapport à ce monde. Nous sommes enfouis dans le Christ. Quand saint Paul dit : "ce n'est plus moi qui vis, mais c'est le Christ qui vit en moi", c'est bien cela qu'il dit.

Le Christ, par le baptême, donc par l'eau que nous avons reçue, nous entoure de toutes parts comme un vêtement. Il est notre protection, notre forteresse, notre roc, notre vêtement, notre vie. Nous sommes en Lui. Et pour qu'Il se manifeste au monde, pour que nous nous manifestions au monde, il faut que nous soyons comme Lui "Christ" que nous ayons les mê­mes sentiments que Lui : patience, humilité, douceur, bienveillance plus encore que nous acceptions de suivre le chemin du Christ, tel que Lui l'a suivi, c'est-à-dire de porter sa croix. C'est la chose la plus déli­cate, mais j'aimerais là aussi en renverser les élé­ments.

Quand nous pensons porter sa croix et l'Église l'a souvent confessé ainsi : il y a en nous un accent de dolorisme, de vivre la souffrance comme salutaire, ce qui est vrai, mais on ne peut choisir la souffrance somme première. Dieu n'a jamais dit qu'il fallait souf­frir, qu'il fallait accepter cette souffrance sans rien dire. Nous sommes sauvés, nous ne sommes pas des stoïciens. Porter sa souffrance, porter sa croix, ce n'est pas rester passif par rapport à ce qui vous tombe du ciel, mais c'est lutter. Car porter sa croix, c'est-à-dire vivre ce que le Christ a vécu, c'est avant tout lutter, comme le Christ l'a fait, contre le mal. Et le premier grand combat et la première grande entreprise à me­ner, c'est contre nous-mêmes, au lieu même où le mal s'enracine, au lieu même où notre égoïsme colore toutes nos bonnes actions de ces péchés qui, sans arrêt font comme un obstacle à notre amour, à notre charité avec les frères. Car le mal est enraciné en nous. Il commence par le cœur de l'homme. Porter sa croix, ce n'est pas choisir de souffrir pour souffrir, c'est choisir de lutter contre le mal qui va à l'en contre du salut du Christ, c'est déraciner en nous ce qui est contraire au salut, ce qui est contraire à la folie de l'amour du Christ qui a tout donné, même sa vie. Et puis en même temps que nous déracinons en nous ce mal, en même temps il nous faut déraciner le mal dans nos relations humaines pour établir la communion entre les hommes, pour établir des vraies communions de charité, telle que le Christ l'a vécu avec ses apôtres et ceux qui L'entouraient.

Ainsi frères et sœurs, vous comprenez qu'être "Christ" c'est avoir la même vie que Lui, le même sentiment, c'est faire les mêmes pas dans la même lutte, et nous le faisons en Lui, mais avec Lui. Et c'est Lui qui donne la force, la persévérance, la patience de recommencer chaque jour. Frères et sœurs, quels que soient notre âge, notre situation, notre foi, notre cœur desséché par les épreuves, ou endurci par un manque d'amour, ou au contraire débordant ce matin de joie, tout ouvert à la grâce de Dieu, une bonne fois pour toutes, nous vous en supplions, comme dirait saint Paul, laissez-vous atteindre par cette parole du Christ, laissez-vous toucher, puisqu'il s'agit d'un amour, il s'agit de quelqu'un qui veut venir habiter en vous. Et vous le réclamez vous-mêmes puisque nous venons manger et boire son corps set son sang. Aujourd'hui c'est chose possible, puisque Dieu sera vraiment en nous et nous serons vraiment en Lui. Alors cachons-nous derrière Lui, c'est-à-dire soyons comme Lui dans ce monde des combattants acharnés, invincibles contre le mal sans jamais nous décourager, car c'est cela l'Église, c'est cela un ensemble de baptisés, ce sont des gens qui prennent à bras le corps la même lutte que Dieu a voulu mener dans le monde pour renouer l'union brisée par le péché entre les hommes et Dieu, et entre les hommes entre eux.

Frères et sœurs, le programme est simple, c'est difficile, mais c'est merveilleux. Jamais aucune religion n'a pu inventer une chose pareille. L'aventure, elle est intérieure, elle est de déraciner le mal dans nos vies conjugales, dans nos vies familiales, dans nos vies professionnelles, fraternelles, d'apprendre jour après jour non pas à être meilleur au niveau mo­ral du terme, je n'ai pas parlé de morale, mais à revêtir le Christ, ses mêmes sentiments de patience, d'humi­lité, de douceur, j'allais dire de courage et d'espérance, parce que derrière la croix, nous savons qu'il y a la Résurrection, derrière chacune de nos croix, il y a la Résurrection, derrière chacune de nos morts, il y a l'espérance de cette vie nouvelle. Dans cette espé­rance, frères et sœurs, prions les uns pour les autres, pour que nous nous trouvions comme affermis et que nous soyons vraiment une Église de sauvés et de bap­tisés.

 

AMEN

 

 

 
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