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LE MARIAGE ET LA FAMILLE, PARTICIPATION AU MYSTÈRE DE COMMUNION DU PÈRE DU FILS ET DE L'ESPRIT

Gn 2, 18-24 ; Hb 2, 9-11 ; Mc 10, 2-16
Vingt-septième dimanche du temps ordinaire – Année B (8 octobre 2000)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

Frères et sœurs, le Seigneur fait bien les choses, puisqu'en ce dimanche des familles et de la catéchèse, la liturgie nous propose ces deux passages de saint Marc où il est question du mariage, des époux et aussi des enfants. Il est d'ailleurs intéres­sant de constater que dans l'évangile de saint Marc, ces deux passages apparemment indépendants se sui­vent et donc, d'une certaine manière, se complètent et s'éclairent.

L'occasion pour Jésus de parler du mariage lui est fournie par une question posée par les pharisiens concernant le divorce, et c'est pourquoi, en lisant cet évangile, d'ordinaire on parle davantage sur l'indisso­lubilité du mariage. Mais je voudrais aujourd'hui prendre plutôt le versant positif des paroles de Jésus, qui est d'ailleurs l'essentiel, car il ne répond à cette question sur le divorce que pour manifester la gran­deur et la profondeur du mystère de l'amour conjugal de l'homme et de la femme. Cet amour conjugal, Jé­sus nous l'affirme, a été consacré par Dieu dès la création du monde, il fait partie du dessein même de Dieu au moment où il fait surgir du néant l'univers. Quand Dieu crée le monde, au centre de ce monde il place l'homme, l'être humain, et le texte de la création auquel Jésus se réfère nous précise que "Dieu a créé l'homme à son image" (Genèse 1,27 a) et très préci­sément le texte nous dit : "A l'image de Dieu Il le créa ; homme et femme Il les créa (Genèse 1, 27 b-c), c'est cela même qui est cité par Jésus. Ainsi, l'union de l'homme et la femme sont l'image même du mys­tère de Dieu.

Qu'est-ce à dire ? Le mystère de Dieu c'est le mystère d'un Dieu qui n'est pas solitaire, lointain, mais d'un Dieu qui est Père, Fils et Esprit dans la communion d'un unique amour. C'est cette commu­nion du Père, du Fils et de l'Esprit qui est l'ultime mystère, le plus intime, le plus intérieur, de Dieu. L'homme est image de Dieu dans la réalisation de sa participation à la communion de Dieu qui est sa vie la plus intime. L'homme est "homme et femme" pour que la communion de l'homme et de la femme soit l'image de la communion du Père du Fils et de l'Es­prit, pour que la communion d'amour, qui fonde le lien conjugal qui est le cœur même du mariage, cette communion nous fasse participants à la vie, à la communion, à l'amour et au bonheur de Dieu.

Quel est le dessein de Dieu en créant l'homme et en créant l'ensemble de l'univers dont l'homme est le centre, le cœur, ce qui donne sens à tout le reste ? Le récit de la création poursuit, nous venons de l'en­tendre, c'était la première lecture : "à cause de cela", parce que l'homme et la femme sont une même chair, parce que le récit dit de façon poétique et symbolique que la femme a été façonnée avec la chair même de l'homme, avec la chair de son côté, c'est-à-dire de son cœur, de son amour, l'homme et la femme se recon­naissent l'un l'autre comme "la chair de leur chair et l'os de leurs os", et le texte continue en disant: "A cause de cela, l'homme quittera son père et sa mère, il s'attachera à sa femme,( il l'aimera, il communiera avec elle), et tous deux ne feront plus qu'une seule chair" (Genèse 2, 24). Leur communion d'esprit, de chair, de corps et de cœur, cette communion fait non pas qu'ils se confondent dans une sorte de fusion où chacun disparaîtrait, mais dans une communion, un partage, un don mutuel, une découverte, une aventure commune. Tel est le dessein même de Dieu.

Si les hommes ont abusé ce dessein, s'ils n'ont pas su vivre cette communion d'amour qui fonde le mariage, ce dessein n'en reste pas moins la base de ce que Dieu veut, de ce qu'il a préparé pour nous, de ce qui est le but et le sens même de notre vie. Cette communion de l'homme et de la femme est une com­munion vivifiante pour eux-mêmes et d'une façon miraculeuse et mystérieuse, vivifiante en vue de la transmission de la vie. L'enfant est le fruit de l'amour, il est la réalisation concrète, personnelle de cet amour de l'homme et de la femme qui devient donateur d'existence et de vie, qui façonne un être nouveau et participe à ce dessein et à cet élan créateur de Dieu, en devenant associé à la création même de Dieu. S'il en est ainsi l'enfant est fruit de communion, et lui-même va prendre toute sa signification à l'intérieur même de cette communion. Il faut savoir que dans l'antiquité les enfants étaient considérés surtout comme un bien, une richesse, c'était un moyen pour la famille de s'imposer aux autres familles, pour la tribu de s'imposer aux autres tribus, pour la nation de s'im­poser aux autres nations, et une certaine exagération de la procréation en tant que multiplication des êtres humains est venue de là, et aussi bien la polygamie que le divorce s'expliquent de cette manière. Vous voyez comment Jésus s'éloigne de cette conception des choses, nous ne sommes pas là simplement pour nous multiplier par tous les moyens, le mariage n'est pas d'abord une institution pour peupler la terre, même si cela reste évidemment vrai pour une part, mais le mariage, l'amour, le sens de la vie humaine et très particulièrement du couple et de la famille c'est un mystère de communion. Jésus insiste exclusive­ment sur cet aspect-là. Si l'enfant est le fruit du ma­riage, le fruit de l'amour, ce n'est pas simplement pour peupler la terre, mais c'est pour qu'il soit lui-même le fruit de la communion, et qu'il entre dans ce mystère de communion.

Les enfants dans l'antiquité étaient quantité négligeable, et les disciples quand ils voient Jésus accueillent les enfants, réagissent à la manière des hommes d'autrefois en disant : Il perd son temps, ils ne méritent pas qu'on s'occupe d'eux, ce ne sont en­core que des embryons d'êtres humains, et ils n'ont qu'un intérêt limité (la pensée moderne n'a pas fait beaucoup de progrès malgré des siècles de christia­nisme par rapport à cette réaction spontanée des an­ciens), mais Jésus n'est pas du tout de cet avis, l'enfant même s'il ne sait pas encore parler, même s'il vient seulement d'éclore, est pour Lui un être de commu­nion à part entière, c'est pourquoi il perd son temps auprès de ces enfants pour les accueillir, et rabrouant ses disciples en leur disant : "Laissez venir à moi les petits enfants" (Luc 10, 14) et d'une manière extrê­mement rare dans les textes anciens, il nous est dit que Jésus les embrasse. Voilà un geste qui nous est familier et magnifique et je crois que le christianisme a permis de le déployer avec toute sa signification de communion, un geste que les anciens pratiquaient peut-être, mais dont ils ne parlaient jamais. Dire que Jésus embrasse les enfants, voilà quelque chose de tout à fait original, et l'évangile nous donne ce geste comme un repère de la spécificité du christianisme. Pour Jésus, les enfants sont des êtres à part entière avec qui Il veut, Lui le Fils de Dieu, établir un lien de communion. C'est pourquoi n les embrasse et n les bénit en imposant les mains à chacun, signe de com­munion et d'intimité et de prise en charge par le Fils de Dieu.

Ce geste, puisque nous sommes un dimanche de la famille, je vais tout à l'heure au moment de l'of­fertoire, l'accomplir sur chacun des enfants qui vien­dront participer à notre eucharistie : comme Jésus dont je suis le ministre, même si j'en suis fort indigne, j'imposerai les mains aux enfants et je les embrasserai en signe de cette communion.

Frères et sœurs, quelles que soient les diffi­cultés que nous vivons, quels que soient les problè­mes et les épreuves que peuvent traverser nos famil­les, ne perdons jamais de vue ce dessein de Dieu qui demeure la ligne directrice vers laquelle nous nous dirigeons cahin-caha à travers notre pauvreté et notre infirmité. Dieu a voulu pour chacun de nous, les uns par les autres, l'homme par la femme, les parents par les enfants et les enfants par les parents, que nous accédions au mystère de la communion, c'est-à-dire du partage avec l'autre, du don et de la découverte mutuels, de cet enrichissement extraordinaire que nous pouvons trouver en prenant connaissance et amour de l'autre comme autre, pour qu'il vienne ac­complir en nous notre propre bonheur et notre propre destinée.

 

 

AMEN

 

 
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